Serge Babylas de Souza

La vente à la sauvette ou le commerce de la course contre la faim

À défaut d‘être au centre des préoccupations lors de la journée internationale de la femme, l’activité génératrice de revenus qu’est la vente à la sauvette, mobilise de nombreuses concitoyennes, bien que source d’autonomisation pour la femme, n’est pas dénuée de risques.

Vente à la sauvette
Vente à la sauvette à un carrefour de Cotonou
Vente à la sauvette
Vente à la sauvette à un carrefour de Cotonou à la tombée de la nuit

Akpakpa, Poste kilométrique 3,5 au carrefour de la poste du Bénin. Sept heures ce mercredi du mois de mars.  La circulation commence déjà par s’intensifier. Aux abords de ce grand carrefour de Cotonou Est, sont discrètement exposés des étalages de denrées alimentaires comme du pain, des fruits mais également, divers produits pour les besoins de l’usage domestique. Point n’est besoin pour celui qui dans un véhicule voudrait acheter ces marchandises de s’arrêter pour stationner. Profitant du ralentissement des véhicules, plusieurs femmes se précipitent vers les automobilistes et leurs passagers pour proposer à l’achat divers articles.

Entre la quinzaine et la quarantaine d’années, ces revendeuses ambulantes exercent leurs activités pour joindre les deux bouts comme on le dit vulgairement ici.  Blandine, dix-sept ans, s’adonne à la vente à la sauvette depuis quatre ans. D’un ton calme et posée, elle explique que c’est grâce à cette activité qu’elle arrive à s’assumer. « Je peux gagner jusqu’à mille francs (1, 60 euros) par jour », indique-t-elle.

Élève en classe de quatrième, elle s’adonne à cette activité à ses heures creuses.  Sans fonds de commerce, elle s’approvisionne à crédit et règle sa facture le soir. « Lorsque je ne vais pas à l’école, je viens vendre ici. Je propose des marchandises comme du pain ou des fruits aux passagers des véhicules. Nous avons des  grossistes qui nous livrent les marchandises et à la fin de la journée, nous leur faisons le point de la vente de la journée. Par exemple, je prends du pain à quatre-cent cinquante et je revends à cinq-cents francs. Donc sur chaque pain vendu, je gagne cinquante francs. Le reste de la marchandise je le restitue et le lendemain je reviens à la charge » raconte-t-elle. Si non je viens quand je n’ai pas cours. L’argent que je gagne me permet d’aider mes parents à subvenir à certains de mes besoins », raconte-t-elle, visiblement fière de mener une activité économique en dehors des classes.

Elles sont nombreuses, ces femmes qui, comme Blandine,  procèdent ainsi pour subvenir à leurs besoins. Très tôt le matin, elles vont chercher des articles et prennent d‘assaut les grands carrefours de Cotonou à la recherche de leurs pitances. En prenant d’énormes risques sous le soleil voire bravant parfois la pluie pour proposer des articles à la clientèle que constituent les passagers des nombreux véhicules en circulation sur cet axe routier, Ainsi, elles courent toute la journée à la recherche des acheteurs. Inhalant les fumées des gaz d’échappement des véhicules sans se soucier des dégâts éventuels sur leur santé.

Courses poursuites aux abords des routes

Un taxi allant sans doute vers Sèmè ralenti pour prendre un passager dans les environs du carrefour « la Poste » à Akpakpa. Une horde de vendeuses à la sauvette se rue sur lui. Un passager, hésita un instant, puis d‘un geste de la main, fit appel à une vendeuse d‘oranges. Après discussions le marché est conclu. Pendant que Jeanne, la vendeuse, tend la marchandise à son client, le chauffeur du taxi relance son moteur et démarre. Elle s’élance alors à la poursuite du véhicule pour livrer sa marchandise et encaisser.

« C’est ainsi que cela se passe tout le temps », explique-t-elle heureuse d‘avoir réussi à vendre à un client. « J’ai vendu pour deux-cents francs. Je gagne presque vingt-cinq francs de bénéfice sur cette vente. Si je réussis à vendre à quarante personne dans la journée, je suis à mille francs », explique-t-elle contente de bien commencer sa journée.  Elle raconte ensuite que les chauffeurs refusent parfois de patienter pour que les passagers finissent leurs achats avant de reprendre la route. Toute chose qui fait courrir le risque de se faire ramasser par un autre véhicule où que des gens de mauvaises foi emportent l’article sans en avoir payé le prix.  Malgré ces risques Blandine explique vilubile : « je dois faire quelque chose pour soulager les dépenses de mes parents pour ma scolarité ». Cette adolescente estime également  qu’elle doit faire cela pour aider ses parents, même si cela comporte des risques. « Je sais que ce n’est pas bien de vendre ainsi mais, faire faire ? », s’interroge-t-elle avant d‘ajouter : « qu’est-ce qui est sans risque dans ce monde…».

Assiba, la trentaine, mère de trois enfants renchérie et précise que c’est la meilleure manière de vendre. « Pour assurer les besoins fondamentaux de nos enfants, nous sommes contraintes de venir ici, qui pour aider les parents, qui pour vendre espérant que le soir, nous pourrions préparer et manger à notre faim » raconte-t-elle tout en se sauvant vers une voiture qui vient de garer. « C’est un client potentiel », explique Blandine qui, à son tour court vers le même véhicule.

Pratique dangereuse

Jérôme, chauffeur de taxi condamne la vente à la sauvette. Pour lui, c’est une situation à corriger : « C’est vraiment dangereux pour ces gens de se faufiler entre les véhicules pour chercher des clients, alors qu’elles n’ont pas la garantie que ces véhicules vont s’immobiliser. Elles courent des risques d’accident. Si la police pouvait faire quelque chose on éviterait des accidents du fait de l’imprudence de ces femmes, qui parfois ont un bébé au dos ».

La présence des forces de l’ordre n’inquiète pas outre mesure ces vendeuses qui bravent le danger. Tout se déroule sous le regard discret des agents de la police urbaine, occupés plutôt à réguler la circulation où à contrôler les pièces des véhicules. Approché l’un d‘entre eux indique que l’activité serait interdite mais il n’avait pas reçu mandat pour réprimer la pratique tout en se réservant de tout autre commentaire pour ne pas s’attirer les foudres de la hiérarchie, très tatillonne sur ces questions.

La vente à la sauvette, activité informelle par excellence, mais génératrice de revenus, contribue à nourrir une frange non moins négligeable de la population béninoise. Source d‘autonomisation pour la femme, elle gagnerait à être mieux organiser pour éviter à ses acteurs, majoritairement des femmes, de nombreux désagréments..


Le droit à la scolarisation en panne d’argent

Le droit à l’éducation est désormais un dilemme pour les pouvoirs publics depuis plus de trois ans où l’école béninoise est agitée par les vagues de non paiement des subventions et de défalcations tout azimut, pour faits de grève.

des écoliers laissés pour compte
Des écoliers laissés pour compte en zone lacustre dans le sud Bénin

Les subventions plombent le fonctionnement normal des écoles béninoises depuis quelque temps. Finie la satisfaction manifestée par les responsables des établissements d’enseignement scolaire tout au début de la signature de l’accord des subventions entre le pouvoir et les écoles primaires publiques. Les difficultés de l’école publique nationale au cours de ces trois dernières années font craindre le pire à bien des observateurs avisés. Et pour cause. D’un million cinq cent à deux millions de francs Cfa, (environ 1600 à 3100 euros), les écoles sont actuellement financées à hauteur de neuf cent mille (environ 1450 euros), au cours de ce triennal. Basée sur l’effectif de chaque établissement au début du projet, les subventions aujourd’hui tiennent compte du nombre de classe par école. Cette disposition du ministère fait suite à des magouilles orchestrées dans les rangs de certains directeurs d’école qui n’ont pas hésiter à trafiquer les statistiques traficotées et à gonfler les chiffres, afin de bénéficier d’un important accord de financement au niveau de leurs écoles. Face à cette situation,  le ministère en charge de l’enseignement maternel et primaire trouve une autre stratégie pour l’octroie des subventions. Selon M. Jean-Marie Gbaguidi, directeur de l’école primaire Cs Gbessou dans la commune de Sô-Ava, chaque établissement scolaire bénéficie de subventions au prorata du nombre de classes, à raison de cent cinquante mille francs (près de 245 euros) par classe. Une disposition qui crée des grincements de dents au niveau des bénéficiaires qui n’ont pas hésité à monter au créneau pour se faire mieux par les autorités ces derniers, notamment dans les communes d’Abomey-Calavi et de Sô-Ava.

Ecoles fermées faute de subventions

Suspension de la fourniture de l’énergie électrique et de l’eau potable, compteurs d’électricité et d’eau sous scellés, salles de classes closes, suite à un endettement excessif des écoles publiques auprès de leurs fournisseurs. C’est la situation que vivent les écoles primaires publiques dans les communes d’Abomey-Calavi et de Sô-Ava. A cause du non paiement des subventions à trois mois des vacances scolaires. Ce qui jette un discrédit sur l’éducation nationale.

D’après les enseignants des deux communes, les portes des écoles resteront fermées jusqu’à la normalisation. Cette disposition des chefs d’établissements constitue un handicap pour le système éducatif national. En réalité, les responsables d’écoles sont révoltés par le silence coupable des autorités qui manifestent peu d’enthousiasme à la recherche de solutions aux  difficultés que rencontrent les écoles depuis octobre 2012. L’école béninoise déjà confrontée à la divergence des points de vue sur les programmes en cours, risque de sortir fragilisée de cette nouvelle épreuve. Ce qui fait dire au secrétaire général du syndicat national des enseignements maternel et primaire, Philippe Houédénou que, «cette situation ne doit laisser personne indifférente puisque les directeurs d’école doivent à leurs fournisseurs depuis le début de la rentrée. Cette manière de gérer les écoles selon lui, ne favorise pas d’autres demandes en fournitures scolaires vis-à-vis des fournisseurs. C’est inconcevable qu’une école faute de subvention reste sans électricité et sans eau ». Avis partagé par Bernard Philippe Houédénou, qui soutien la décision des directeurs d’école de fermer toutes les salles de classes jusqu’à la satisfaction de leurs doléances. Et c’est en cela que se justifie l’exaspération de Jean-Marie Gbaguidi, « j’ai honte de m’approcher de mon fournisseur à qui mon école doit depuis octobre pour d’autres demandes ». Ce qui n’arrange pas les écoles, confie-t-il « c’est que les articles des fournisseurs sont frappés par la Taxe sur valeur ajoutée (Tva). Ainsi, le cahier ailleurs livré à mille cinq cent (moins d’un euro), est vendu à deux mille cinq cent francs (un peu moins de 20 euros) par ces fournisseurs. Pour le directeur départemental  de l’enseignement maternel et primaire, les directeurs d’école ont raison de crier leur ras-le-bol mais doivent faire preuve de patience. Cette situation que vivent les écoles souligne-t-il est indépendante des autorités. Il s’agit d’un retard technique dû aux incohérences entre l’année scolaire et l’année budgétaire. Des dispositions sont prises pour le rétablissement des compteurs d’eau et d’électricité. Une solution pour la lumière et l’eau mais qu’est ce qui est prévu du côté des subventions…

Embargo sur les copies 

L’embargo sur les copies des élèves du primaire jusqu’au secondaire est la nouvelle arme trouvée par les syndicalistes pour forcer la main au pouvoir. L’appel syndical pour l’embargo sur les copies des élèves bloque la seine émulation des élèves. L’école, qui par le passé constituait déjà un lourd investissement pour les parents souffre désormais du manque d’argent. La rupture des négociations entre gouvernement et syndicats pour le dialogue social, la défalcation des salaires des frais pour faits de grève et le retard des subventions plombent le droit à l’éducation pour tous au Bénin. Les pouvoirs publics gagneraient à remettre à brève échéance, les pendules à l’heure en jouant leur partition. Faute de perdre toute crédibilité en compromettant la pérennité du système éducatif national.


L’économie béninoise aux abois suite aux coupures intempestives d’électricité

Le Bénin a renoué  avec les délestages en électricité, ce qui n’est pas sans conséquence sur les activités économiques et financières.

Le personnel de « B », une entreprise privée spécialisée dans les prestations de service est oisif. D’aucuns devisant tranquillement entre eux, d’autres somnolant, tête sur le bureau. Depuis plus de trois heures, une bonne partie de la ville de Cotonou n’a pas d’électricité. Non par défaut de paiement des factures de consommation, mais à cause du délestage tout simplement. Depuis plusieurs mois, la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), coupe sans aucune forme d’explication la distribution du courant électrique. Et à défaut de l’énergie électrique, combien indispensable dans le fonctionnement des administrations, tout tourne au ralenti.

Jean François, administrateur d’une entreprise privée de la place, déplore cette situation qui «est la résultante du non-respect de ses engagements vis-à-vis de ses clients ».         « Vous constatez vous-même qu’il n’y a pas d’énergie pour traiter les dossiers. Chaque fois que la Sbee prend le courant, c’est pour au moins trois heures. On attend le rétablissement du courant pour travailler. Au départ, cela durait quelques minutes mais, depuis quelques jours, ces coupures deviennent de plus en plus fréquentes et plus longues ». À quand le retour à la normale ? « Je ne saurais le dire. Or nous avons des délais contractuels pour livrer des travaux. Comment perdre presque tous les jours, la moitié du temps de travail ? Quand allons-nous finir nos commandes et les livrer ? Depuis que cela a commencé, mes recettes baissent et plus les coupures durent, plus je cumule des manques à gagner », raconte-t-il d’un ton amer.

Calvaire du délestage

A l’instar de ce jeune chef d’entreprise, tous les patrons d’entreprises que ce soit dans le secteur privé ou dans l’administration publique déplorent les coupures d’électricité. Outre les administrations, les ménages vivent le calvaire des délestages qui en disent long sur les capacités du Bénin à accueillir des investissements privés. Dans les sociétés d’État, on accuse la Sbee d’être à l’origine de la lourdeur ou de l’impossibilité de répondre à temps aux sollicitations des usagers. À en croire certains agents, «l’absence de l’énergie électrique contraint à surseoir le travail jusqu’au rétablissement du courant ». Ainsi, depuis le retour des délestages, les rendements ont drastiquement baissé dans les services.

Une lampe tempête
La Lampe- tempête refait surface

Le délestage est omni présent sur toute l’étendue du territoire national. À Parakou la situation n’est guère enviable. Les sorties nocturnes tournent au drame. Par ces temps de forte chaleur, les abonnés de la Sbee ne savent plus où donner de la  tête. Promoteurs de cybercafés, de bar-restaurants, imprimeurs et gestionnaires de centres de photocopies, etc. n’ont plus de voix pour dénoncer une situation qui met à mal leurs affaires.

Si ici, la coupure dure quelques heures, ailleurs, c’est parfois toute une nuit et la moitié de la journée suivante qu’il dure de l’autre côté de la rue.  On peut citer le troisième arrondissement de Cotonou où après vingt-trois heures le dimanche 24 février dernier, après plusieurs coupures dans la journée, les habitants ont été définitivement privés de l’énergie électrique jusqu’au lundi après midi. Un gérant de débit de boissons confia alors : «Un dimanche nuit, je peux faire un chiffre de plus de deux-cent mille francs (un peu plus de 300 euros), mais je me suis retrouvé avec moins de quarante mille francs (60 euros)». À l’instar de ce gérant de buvette, c’est la grande désolation chez les résidents de cet arrondissement populeux de Cotonou.

Déception dans les rangs des abonnés

« Concerts de groupes électrogènes dans mon quartier cette nuit. J’en ai eu le sommeil coupé. Tu rentres chez toi après une grosse journée de travail et tu es accueilli par l’obscurité totale. La chaleur et les moustiques en prime. L’enfer sur terre ! Et je n’exagère pas, croyez-moi. C’est comme cela que je le vis ». Ainsi s’exprimait Gabin, la trentaine, le 1er mars denier pour déplorer la situation.  «C’est comme cela que nous vivons la plupart du temps depuis quelque temps. Le Bénin est devenu l’ante chambre de l’enfer », enfonce  étudiant en gestion.

Malgré la volonté affichée par le fournisseur national de l’électricité pour augmenter sa production, les abonnés continuent de subir des coupures intempestives. Jérôme, un abonné de la Sbee s’interroge sur les capacités réelles de la société à satisfaire ses clients. « Mais à ce que je sache la Ceb a accepté de nous donner quelles quantités d’électricité dès la mise en service de la turbine à gaz de Maria-Gléta ? » s’interroge-t-il. Il note que  les dirigeants ne semblent pas comprendre la souffrance du peuple. « Tout ce qui ce passe ne leur dit rien. Le mieux est que chacun s’achète un groupe électrogène de secours et un régulateur pour protéger ses appareils».

Quant à Jeanne, une opératrice économique suggère pour sa part que l’entreprise qui installe l’énergie solaire fasse preuve de célérité dans ses réalisations, multiplie les zones d’intervention et révise le coût de ses prestations à la baisse ainsi que la qualité du matériel installé.  Espérant ainsi qu’une partie de la population pourrait commencer à quérir leur indépendance énergétique vis-à-vis du fournisseur national. Et comme pour dire que la nature est prête à accompagner cette politique, Jeanne souligne que « le soleil devient de plus en plus brûlant ».

Jacques plus vindicatif appelle à l’action : « à chacun son panneau solaire ou son groupe électrogène pour contourner et la Sbee serait morte et nous serons libres… ». Plus sceptique, Jean Marie s’exclame : « En tout cas, on doit subir. Il n’y a pas de solution. Sinon achetez des torches et piles ». Et il rappelle la grande publicité faite autour de quelques actions de saupoudrage. « Mais vous nous aviez dit a grand renfort médiatique en 2007 que le Nigeria nous a donné du courant et que les délestages sont un lointain souvenir non? », se moque-t-il.

Anicet  enfonce le clou. « Il faut se remettre à Dieu puisque le directeur général de la Sbee est fier des résultats de sa structure et n’en fait que des éloges à travers les médias », souligne-t-il au passage. Gérard D. plus moqueur fait allusion à la médiatisation de la société et affirme : « c’est quand même difficile à comprendre… Nous avons vu et entendu des hauts responsables dire que des pays nous ont donné des mégawatts… mais le constat reste amer… ». Tout en déplorant cette attitude il attire l’attention sur la méprise du prestataire de services. « C’est révoltant! Car au moins, on pouvait informer la population d’un calendrier des coupures… c’est dommage… » Laisse-t-il entendre d’un ton sec.

Malgré l’état fonctionnel des turbines de Maria-Gléta…

Le délestage a fait son retour au moment où le Bénin réceptionnait, la centrale électrique de Maria-Gléta (Banlieu d’Abomey-Clavi). Le profane est alors en droit de penser que le pays dispose désormais de plus de quantité d’énergie électrique que par le passé. Puisque, cette usine de production de l’énergie électrique est censée, selon les propos des responsables de la Sbee, produire quatre-vingt mégawatt. Pour les mêmes sources, les essaies auraient fournis plus de cinquante mégawatt d’électricité. Le gros souci de cette centrale électrique gérée par la Communauté électrique du Bénin, fournitrice de la Sbee, demeure le combustible.

Conçu pour fonctionner avec du gaz devant provenir du Nigeria, les essais ont été faits avec du Jet A1, carburant utilisé par les réacteurs des avions. Les techniciens ont dû recourir à ce combustible, explique-t-on, en l’absence du gaz approprié pourtant négocié à l’avance. L’espoir suscité par l’avènement de cette centrale électrique a disparu.

À la direction générale de la Sbee, on indique que, faire tourner ces turbines avec du jet A1 aurait des implications financières lourdes que la société ne saurait supporter. « Le chef de l’État ayant défendu formellement toute nouvelle augmentation du prix de l’électricité au Bénin », s’écrit un responsable de cette entreprise publique. Des réflexions seraient alors en cours pour pallier au déficit énergétique national, apprend-on de source interne à l’entreprise.

Enfin des explications…

Pendant longtemps, et malgré les récriminations des abonnés les responsables de la société distributrice de l’électricité sont restés muets sur les défaillances de leur société vis-à-vis des abonnés. À la faveur d’un débat provoqué par une télévision privée de la place, le directeur général adjoint a fini par admettre la crise énergétique et l’expliquer en ces termes. « La Société distribue l’énergie électrique disponible aux abonnés. Le Bénin ne produit pas de l’énergie électrique ». C’est ce qu’a laissé entendre Camille Kpogbémabou. En ce qui concerne  les raisons du délestage que subissent les populations, il ressort des explications du Dga Sbee que les besoins en énergie électrique des populations s’accroissent  de façon exponentielle pendant que l’énergie mise à  disposition du Bénin par la  Communauté électrique du Bénin (Ceb), qui réunit le Bénin et le Togo, stagne voire diminue.

Une déclaration confirmée par Barthélémy Kassa,  ministre de l’énergie. À la suite d’une audience avec le président de la République, il a  indiqué que le Bénin produit en ce moment seulement onze pour cent de sa consommation en électricité. Du coup, le pays dépend à quatre-vingt-neuf pour cent de l’extérieur.


Incontournables traîneurs de pousse-pousse

Ils sont estimés à plus de seize mille dans la ville de Cotonou au Bénin. Un chiffre qui témoigne de leur forte présence et par conséquence de leur importance au sein des marchés de la ville. Zoom sur un métier difficile.

 Qu’on se le tienne pour dit. C’est un métier difficile. Traîner un pousse-pousse chargé de marchandises pesant plusieurs centaines de kilogrammes, voire avoisinant parfois la tonne, sous le chaud soleil de Cotonou, pour gagner sa vie, est loin d’être une partie de plaisir. Cependant, ils sont là, bien présents, aux abords des marchés, participant par leurs activités génératrices de revenus, à l’économie du pays et se rendant chaque jour indispensables, à travers les services rendus aux usagers des marchés de la ville.

Deux cent francs Cfa (moins du tiers d’un euro), c’est le minimum à payer pour une course à effectuer par ces bourreaux du travail. Mais en fonction de la taille, de la qualité ou du poids des marchandises à transporter et en fonction du trajet à effectuer, le coût peut augmenter jusqu’à 1000 francs Cfa (moins de 2 euros), voire plus. Il s’agit là des traîneurs de pousse-pousse ambulants, à en croire Cyriaque Gbèhou, secrétaire général de l’Association des traîneurs de pousse-pousse de Cotonou (Atpc).

Dans la cité économique du Bénin, ils sont aujourd’hui 15.200 à exercer ce métier qui, il y a moins de quinze ans, était un secteur purement informel et sans organisation. La mise sur pied de l’Atpc en 1999 a permis d’organiser ce secteur d’activités. De 200 traîneurs de pousse-pousse à cette époque, le nombre a considérablement augmenté pour atteindre 13.587 en 2010 et plus de 15.000 de nos jours.

Les traîneurs de pousse-pousse, si l’on s’en tient aux témoignages recueillis à Gbogbanou (marché Tokpa), ont connu ce qu’on pourrait considérer comme l’âge d’or de leur profession, à la fin des années 2000 où le Bénin a enregistré une croissance démographique importante (de 6 millions et demi d’habitants à plus de 8 millions entre 2004 et 2010) et économique non moins négligeable (plus de 2% par an sur les dernières années).

Arouna, sexagénaire, ancien traîneur de pousse-pousse reconverti dans le commerce à la sauvette, témoigne : « L’on pouvait trouver des marchés qui nous rapportaient jusqu’à 30.000 francs Cfa (un peu moins de 50 euros) la journée. Aujourd’hui, plus rien. »

Plus rien…façon de parler certainement. Cyriaque Gbéhou donne des chiffres précis : « Un traîneur de pousse-pousse ambulant, s’il est travailleur, peut gagner par jour 8.000 francs Cfa (environ 13 euros). Pour ceux qui sont attachés à des commerces de particuliers, ils peuvent percevoir entre 10 et 15, voire 18.000 francs Cfa (20 à 30 euros), surtout les jours de grande affluence. Même les pousseurs ambulants, ces jours-là, peuvent atteindre 15.000 francs Cfa (25 euros). »

Seulement, au terme de tous ces va-et-vient, le corps de l’homme reçoit parfois plus de coups qu’il n’en faut : « Work di pass money », dit un pousseur nigérian. Littéralement, « le travail dépasse l’argent. » Outre la chaleur et le stress, l’effort physique ou les altercations avec des clients peu ou prou indélicats, le traîneur de pousse-pousse a une famille à nourrir et bien sûr sa santé à ménager. Un assemblage d’éléments qui réduisent considérablement son gain. Au terme des dépenses dues à ces différentes charges, c’est à peine 2000 francs Cfa (un peu plus de 3 euros) qu’il peut épargner quotidiennement.

L’Atpc en bref

Si les traîneurs de pousse-pousse de Cotonou ont actuellement une certaine légitimité et une utilité certaine, elles sont dues – il serait difficile de le nier – à l’action de leur association de tutelle. Certes, l’adhésion est libre et le nombre de traîneurs de pousse-pousse de Cotonou est légèrement plus important que celui avancé par l’Atpc, qui ne peut fournir que les statistiques concernant ses affiliés. Toujours est-il que ceux qui exercent en « free-lance » ne bénéficient pas de la même confiance des usagers des marchés de la ville que leurs confrères de l’Atpc. Et pour cause, en cas de vol, de perte ou de disparition de marchandises, il est aisé de retrouver le coupable s’il porte sa blouse bleu ou marron ainsi que son badge, contrairement aux pousseurs indépendants, qui sont dans l’informel. Pour preuve, clame Cyriaque Gbehou, « les cas de vol ont diminué. Avant, on enregistrait des dizaines de plaintes des clients. Or en 2012, nous n’avons enregistré que 8 plaintes, et 3 depuis le début de cette année. Et les pousseurs mis en cause sont toujours retrouvés, ainsi que les marchandises. »

L’Atpc, dont le siège se trouve au sein de la mairie du 5ème arrondissement à Gbobanou, est sous la tutelle de la Société de gestion des marchés (Sogema). Les dix membres du bureau de l’Atpc avouent ne rien reverser à la mairie qu’ils voient comme un partenaire, autant que la Sogema, dans la gestion des marchés de Cotonou. Béninois, Nigériens, Maliens, Nigérians, Centrafricains, Gambiens, au moins 10 nationalités sont représentées par les traîneurs de pousse-pousse de la ville vitrine du Bénin. L’affiliation à l’Association des traîneurs de pousse-pousse de Cotonou leur coûte à chacun 10.000 francs (15 euros), contrairement à 8300 francs Cfa (13 euros) il y a trois ans. Cette somme couvre la confection des blouses, des pièces d’identité – avec l’aide des ambassades pour les étrangers – et autres papiers formels et bien sûr les frais du Bureau, assisté d’une dizaine d’agents de sécurité au marché Tokpa et d’environ 80 délégués de zone, ces responsables qui constituent les relais du Bureau auprès des divers ressortissants de chaque pays.


Bonne fête à toutes les Mondoblogeuses, à toutes les femmes de la planète

marché de nuit
Une vendeuse devant son étalage

C’est avec une joie manifeste et une fierté légitime que je m’adresse en ce jour béni du 8 mars, à toutes les Mondoblogueuses et à toutes les femmes de notre village planétaire, pour leur souhaiter une bonne et heureuse journée internationale de la femme.

Par un hasard coquin, votre serviteur, a vu le jour le 8 mars. D’où mon intérêt pour cette journée spéciale que j’ai l’honneur de partager avec les femmes du monde entier.Ce qui constitue à bien des égards, un privilège.

Le Bénin, à l’instar des autres nations de la communauté internationale, commémore ce jour vendredi 8 mars 2013, la journée internationale de la femme. En cette heureuse occasion, il me plait de présenter mes compliments et de souhaite une bonne fête, à toutes les visiteuses de la plateforme, à toutes les femmes de l’équipe d’encadrement RFI/Mondoblog, à toutes les partenaires à divers niveaux, à toutes les internautes. A celles et ceux qui n’ont qu’une idée vague des enjeux et de la portée de cet Evénement planétaire, une brève incursion dans l’histoire s’impose, pour remettre les pendules à l’heure.

La journée de la femme est célébrée le 8 mars de chaque année, d’abord dans de nombreux pays occidentaux. C’est une  célébration qui puise ses origines dans les manifestations féministes du début du 20ème siècle. Certains l’attribuent à la 2ème conférence des femmes socialistes, occasion au cours de laquelle la création d’une Journée internationale des femmes fut proposée. Sans qu’une date spécifique ne soit réellement fixée. Ce n’est qu’à la suite d’une importante grève des ouvrières de Saint Petersburg au cours de la Révolution russe, en 1917, que le 8 mars sera définitivement désigné comme journée dédiée aux femmes, en souvenir de leurs luttes et combats. Et cette date sera définitivement officialisée par les Nations Unies en 1977, puis en 1982 en France.

En dehors du caractère festif  de cette journée, les Mondoblogueuses doivent garder à l’esprit, que la journée internationale de la femme est également une occasion par excellence, pour faire le point sur la condition des femmes, l’égalité du genre, mais aussi et surtout pour regarder au-delà de nos frontières respectives et approfondir la réflexion sur les avancées de leurs diverses luttes.

Bonne fête à toutes et à bientôt,

 


L’apport des migrants africains à leur pays d’origine

L’assistance financière des migrants africains à leur pays d’origine à travers les transferts d’argent à destination de la famille, des amis et des partenaires a connu une augmentation considérable, ces derniers temps. Et pour cause.

« Sur la période 2004-2008, les transferts de fonds des migrants béninois se chiffrent à plus de 100 milliards de francs Cfa par an». Ce constat révélateur est de Carmela Godeau, directrice régionale de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), le 30 octobre 2012. En effet, ces dernières années, les Béninois, comme beaucoup d’Africains expatriés, ont contribué à la floraison des agences de transfert d’argent, tant la demande de ce service est grande.

En 2012, 30 millions d’émigrés africains ont envoyé pratiquement 60 milliards de dollars, soit environ 27 mille milliards de francs Cfa, à 120 millions de bénéficiaires, soit un dixième de la population du continent. L’experte déplore cependant que la quasi-totalité de ces fonds servent aux besoins primaires et sociaux des familles.

C’est le cas de Justin, qui reçoit régulièrement des sous de sa tante partie en France il y a dix ans : « c’est elle qui s’occupe de moi. Les parents n’ont pas assez de moyens. Alors tous les mois, elle nous fait un transfert. C’est dans cet argent que je prends une part pour mes études, et mes parents gèrent le reste pour les factures d’eau et d’électricité, la ration alimentaire. Leurs revenus seuls ne leur permettant pas de tout assumer à la maison. »

Comme Justin, ce sont des millions d’Africains qui bénéficient des largesses matérialisées par les transferts d’argent de leurs proches et autres connaissances vivant à l’étranger. Même si certains de ces transferts sont le fruit d’escroqueries par Internet ou autres moyens illicites, la majorité est destinée à aider la famille restée au pays ou dans une moindre mesure les amis.

Au Bénin, la croissance récente du nombre d’agences de transfert d’argent, en partenariat avec des banques, est une preuve de l’ampleur du phénomène. Western Union, Money gram et Express Union sont les principaux acteurs de ce domaine, auxquels on ajoute la poste et les coopératives d’épargne, très actives dans les sous régions africaines, notamment dans les zones enclavées.

Que ce soit pour envoyer ou recevoir de l’argent, les coûts varient selon la destination et selon l’opérateur. Pour résumer, ils se chiffrent généralement de 1500F Cfa à pour des petites sommes à l’intérieur du pays à des dizaines de milliers de francs pour des grosses sommes à destination d’autres  pays.

Des frais qui devraient bientôt être revus à la baisse d’ici à 2014, selon les conclusions du sommet du G20 à Cannes en France en octobre dernier : « Ramener le coût des transferts à 5% du montant transféré par rapport au niveau moyen actuel de 12,4% restituerait 4 milliards de dollars aux migrants africains et à leurs familles », constate les observateurs experts de la question. C’est le cas de l’Observatoire international des transferts de fonds des migrants des pays les moins avancés (Oitfm-Pma), dont le Béninois Eric Adja est le directeur général. Pour lui, l’attachement des expatriés à leur pays d’origine est le gage d’une pérennisation du phénomène de transfert d’argent. Car rappelons-le, outre l’aide à la famille et les autres raisons citées ci-dessus, les transferts servent aussi à investir localement : maisons, entreprises, etc. Ce qui amène le gouvernement béninois à se pencher sur la question pour envisager des possibilités d’une meilleure orientation de ces ressources.

La progression des transferts d’argent au Bénin est palpable. Des chiffres du ministère du Développement révèlent que l’envoi de fonds à destination de ce pays est passé de la vingtaine de millions de dollars US en 1975 à 35 millions en 1985, puis à 100 millions de dollars en 1995, environ 160 millions en 2005 et 200 millions de dollars en 2007, soit environ 100 milliards FCfa. Et pour les dernières années, les statistiques de la Banque mondiale parlent de 207 025 261 dollars reçus au Bénin via les transferts d’argent en 2008, 125 950 289 dollars reçus en 2009 (petite régression), 139 433 079 dollars en 2010, 184 595 683 dollars en 2011, soit environ 83 068 057 350 FCfa. On constate donc une augmentation sur la période 1975-2007, tandis qu’il y a eu un ralentissement au cours des cinq dernières années. Toujours est-il que les agences de transfert d’argent multiplient au Bénin et rivalisent dans la baisse des coûts de leurs prestations.

Quelques statistiques à titre d’éclairage

LAfrique subsaharienne est la destination la plus coûteuse du monde en matière de transfert d’argent : les frais moyens de transfert depuis l’étranger ont atteint 12,4 % en 2012. Le coût moyen des envois vers l’ensemble de l’Afrique avoisine 12 %, un taux supérieur à la moyenne mondiale (8,96 %) et près de deux fois plus élevé que le coût des transferts de fonds vers l’Asie du Sud, qui bénéficie des tarifs les plus faibles au monde (6,54 %).

C’est en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Ghana qu’ils sont les moins avantageux : ils se montent respectivement à 20,7 %, 19,7 % et 19 % en moyenne, en raison de divers facteurs, dont la faible concurrence qui prévaut sur le marché des transferts de fonds internationaux.

Selon les dernières estimations de la Banque mondiale (décembre 2011), les transferts de fonds des migrants vers les pays en développement représenteraient 351 milliards de dollars en 2011, en hausse de 11% par rapport à 2009.

En dépit de la conjoncture économique mondiale, la Banque mondiale prévoit par ailleurs une poursuite de la croissance des transferts, qui devraient atteindre 515 milliards de dollars en 2014, dont 441 milliards vers les pays en développement.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde), les sommes transférées sont essentiellement consacrés aux dépenses d’éducation, de santé, de consommation courante. Les transferts d’argent des migrants jouent un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté et sont un enjeu majeur du financement du développement, aux côtés de l’aide publique au développement mondiale (plus de 133,5 milliards de dollars en 2011.

La Banque mondiale estime à 25,9 milliards de dollars US le montant des transferts reçus par les pays les moins avancés (Pma, 48 pays, dont le Bénin fait partie) en 2010.

Les flux de fonds devraient atteindre, pour l’année calendaire en cours, 351 milliards de dollars vers les pays en développement et 406 milliards de dollars pour l’ensemble du monde, pays à revenus élevés compris, selon un rapport récemment actualisé de la Banque mondiale sur les migrations et les envois de fonds dans le monde. D’après les estimations pour l’année 2011, les principaux bénéficiaires des transferts de fonds officiellement enregistrés sont l’Inde (58 milliards de dollars), la Chine (57 milliards de dollars), le Mexique (24 milliards de dollars) et les Philippines (23 milliards de dollars).

Le Togo est devenu en quelques années le troisième pays de la zone Uemoa par l’importance des transferts de fond de ses migrants, après le Sénégal et le Mali, et devant le Bénin et la Côte d’ivoire.

 


Un marché de nuit dans l’informel

Le marché de Gbodjo abrite une diversité de vendeuses spécialisées dans le petit commerce. Ce qui facilite la tâche aux noctambules et autres amoureux des emplettes du soir.

Il est 16 h 34 minutes à Gbodjo, un quartier de l’arrondissement d’Abomey-Calavi , situé au bord de la voie inter-état Godomey – Allada à dix kilomètres environ de l’échangeur. Déjà des vendeuses s’activent à installer leurs étalages avec diverses marchandises. Pendant que d’autres débarquent avec des cartons sur la tête pour procéder au même exercice. Certains étalages bien achalandés offrent déjà à la clientèle divers condiments et épices, exposés au soleil en attendant la tombée de la nuit. Les vendeuses de poisson arrivent de plus en plus. A 17h30, des étalages de poisson encombrent l’entrée principale du marché. A la joie des bonnes dames venues se ravitailler en poisson frais. Les plus nanties se ruent les premières sur les étalages pour faire le tri afin d’obtenir des poissons de bonne taille pour le repas du soir. Les coûts varient d’une vendeuse à l’autre, selon la grosseur et la quantité. Bien que certaines trouvent les poissons un peu chers, cela ne les empêche pas d’en acheter pour la bonne marmite du soir. Pour Francine, « il y a un peu de tout dans ce marché. La seule chose est que les poissons coûtent plus chers ici, mais je suis obligée d’en prendre puisque j’en ai besoin ».  Quelques heures plus tard, à vingt-deux heures une les vendeuses commencent par ranger leurs étalages. L’affluence diminue. L’éclairage des lampions baisse. Tour à tour, les vendeuses prennent le chemin de leur maison quitte à revenir le lendemain liquider le reste de leurs marchandises.

Un marché de bouffe

A en croire dame Ahmdath, « le marché commence à partir de 14 h. On y trouve du poisson frais d’excellente qualité, des fruits et légumes, des épices, en tout cas tout ce qu’il faut pour faire de la cuisine. Ce marché existe il y dix sept ans déjà ». Un marché informel ancré dans les habitudes des riverains qui en ont fait leur source d’approvisionnements. L’absence d’infrastructures en matériaux définitifs à l’intérieur du marché en dit long sur le manque de volonté politique des autorités locales, pour conférer à ce centre, tous ses attributs. Ainsi, l’exposition aux aléas climatiques de l’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit est révélatrice de la souffrance des bonnes dames qui tirent leur sources de revenus dudit marché. « Les autorités sont conscientes de l’existence de ce marché pourtant nous avons des difficultés », déplore dame Ahmdath. La diversité de la clientèle de ce marché fait que les vendeuses trouvent leur compte en dépit son statut informel. L’idée de sa formalisation se précise de plus en plus.  « C’est ici que plusieurs personnes viennent faire les emplettes à la fin de la journée. L’endroit n’est pas définitif, nous l’occupons à défaut du mieux. Depuis que le marché existe nous faisons notre possible pour rencontrer les autorités, mais les problèmes persistent. Le manque de hangar et l’exiguïté de l’emplacement constituent les difficultés de l’heure que nous subissons » confie une vendeuse au cœur meurtrie. L’ouverture d’esprit du maire donne un peu plus d’espoir à cette couche de la population désireuse de faire du marché, un patrimoine de la commune. « Nous avons discuté plusieurs fois avec le Maire qui a promis faire quelque chose. Mais il nous demande un peu plus de patience », ajoute une vendeuse de condiments. Pour maman Dosso, « je suis ici, il y a longtemps et je vends les condiments. Ce marché est un marché ancien et plusieurs personnes viennent y faire leurs emplettes. On y trouve un peu de tout pour le garde à manger. Nous  avons des difficultés pour la construction des abris, certes. Nous sommes exposées au soleil et à la pluie. Mais nous ne désespérons pas que les autorités locales nous aident à mieux installer, un jour ».Surtout que nous avons mis en place un syndicat pour la défense de nos intérêts. La naissance du syndicalisme est la base des démarches avec les autorités locales. La mise à disposition des agents collecteurs des impôts et taxes donne un sens au marché. « Avec la création de notre syndicat,  les rencontres avec le maire se multiplient dans l’optique de trouver des solutions adéquates à nos problèmes. C’est au vue de cela que nous avons bénéficié de la présence des collecteurs de taxes. Ils ont commencé le travail, il y a deux mois environ. Par jour ils sont à plus de quatre mille francs  Cfa, environ 8 euros».

Une installation à polémique

marché de nuit
Une vendeuse devant son étalage
Marché de nuit
Marché de nuit de Gbodjo à Abomey-Calavi

Le marché de nuit de Gbodjo que d’aucuns qualifient ‘’d’un regroupement de femmes faisant leur commerce au bord d’une route principale’’, est loin de faire l’unanimité au sein de l’arrondissement de Calavi. Pour ceux et celles qui y trouvent les revenus pour la  subsistance de leurs familles, la mairie devrait régulariser cette occupation anarchique du domaine public. Tandis que d’autres espèrent qu’il s’agit d’une violation des lois de la république qu’il faudra sanctionner. A en croire l’un des tenants de cette thèse, « il ne s’agit pas d’un marché mais d’une installation anarchique puisque dans un marché, il faut des hangars. Cette situation n’honore guère les riverains ». Pour ce dernier, le marché de Gbodjo est localisé dans un bas fond et les femmes ne pouvant s’installer sur ce lieu insalubre et impropre à l’occupation, se sont refugiées à cet endroit au vu et au su de tous. Selon Razak Kaffo, le responsable du marché, « les femmes trouvent beaucoup plus de clientèle à cet endroit à cause de son accessibilité. Alors que si elles étaient restées au niveau du bas fond, difficile d’accès et insalubre, elles verraient de rares acheteurs ».

« Le marché de nuit de Gbodjo existe il y a dix sept ans déjà. Entre temps les vendeuses ont été transférées dans le bas fond successivement à trois reprises et cela n’a pas marché. C’est parce que, « rien ne marche dans le bas-fond que les gens se sont refugiées ici et à chaque fois qu’elles s’installent en ce lieu, l’affluence est remarquée ». Le marché de Gbodjo s’anime dans la soirée et c’est ce qui fait sa spécificité. « C’est le marché même qui se crée », lance le responsable du marché. Pour celui-ci, « il y a des marchés à Calavi qui ne s’animent pas parce que l’emplacement choisi n’est pas adéquat. Il faut donc revoir la stratégie de mise en place des marchés locaux ». Conscient de l’exiguïté du lieu les riverains ne pensent pas accepter d’autres vendeuses pour ne pas encombrer la voie et le trottoir. « Les femmes viennent demander des places mais compte tenu du caractère restreint et du manque d’emplacement, elles ne peuvent être installées. Nous avons souhaité que le maire achète une parcelle au bord de la route pour nous installer. Ce qui nous  permettrait de garder leur clientèle », se lamente Razak.  Qui déplore « la cherté des parcelles à Calavi et surtout aux abords de l’axe de la route inter-état ». Ce qui ne facilite pas la tache aux autorités communales dans leur volonté manifeste de trouver une solution aux problèmes des femmes du marché de Gbodjo.


L’arnaque en ligne : un crime transfrontalier bien installé au Bénin

‟ Gaïman » : l’appellation est bien connue du commun des Béninois. Elle désigne les arnaqueurs du Net, des escrocs utilisant des moyens virtuels pour appâter leurs proies. De la première arnaque en ligne en 1997 à nos jours, la pratique a fait du chemin. Pour s’installer et se manifester à travers des actes répréhensibles jetant le discrédit sur l’éthique et la morale nationales. Nonobstant des préjudices financiers à l’endroit des victimes et des finances du pays. Incursion dans un milieu de haut vol.

Lundi soir. Godson[1] se prépare fébrilement. « Je ne dois pas être en retard », pense-t-il. Près de un million huit cent mille nouveaux francs CFA (un peu moins de trois mille euros) agrémentent son compte bancaire : le reste des dépenses en boîte le week-end, après un « coup » qui lui a rapporté la bagatelle de deux millions de francs, près de 3080 euros, le mercredi dernier. Le jeune homme, 21 ans à peine, connu comme le meilleur client d’un night club huppé de la ville, a rendez-vous. Il ne s’agit pas d’une quelconque galanterie inspirée par une St Valentin « maladroite », mais quelque chose de plus sérieux. Godson va rencontrer un de ses complices pour préparer un autre coup. Cette fois-ci, ils veulent « frapper fort. » Ils prévoient des annonces qui proposeront à la vente des villas sur la côte française et à Milan en Italie. « Pour nous, dit-il, pas question de sang humain, juste de la technique. » En comparaison à certains de ceux qu’il appelle « ses collègues ». Il s’agit, à l’en croire, de ‟ gaïmen » qui invoquent des vodous pour réussir leurs arnaques, vodous avides de sang…

De quoi vous donner froid dans le dos… Godson explique : « La preuve c’est que depuis que mon pote a commencé, ses affaires marchent fort ! Il s’est tapé 5 gros pigeons en moins de trois mois. Avec un minimum de 8000 euros à chaque coup. Il n’y a pas meilleure business…Mais moi je n’ai pas besoin de tous ces artifices, je procède autrement,  je suis un véritable stratège. » A l’évocation des 3000 euros récoltés récemment par Godson, il se rétracte, avant de résumer : « Une affaire d’importation…sacré rêveur, je l’ai eu».

Pour qui jette l’opprobre sur Godson, il n’en a cure. Le « gaï », ça rapporte. « Et puis ça évite à plusieurs jeunes de devenir des braqueurs courant le risque de se faire trouer la peau un jour par les forces de l’ordre.  En devenant des « gaïmen », ils gagnent bien leur vie, et sont peinards en rendant aux Blancs ce qu’ils nous ont fait pendant l’esclavage et la colonisation». Godson ne laisse rien transparaître de ses sentiments en menant cette réflexion. Il a le visage impassible. D’ailleurs, il ajoute, l’air serein, « je ne suis pas le seul à le faire, et il y a plus grand que moi dans ce business». Q on lui demande si cela ne lui pose pas des problèmes de conscience, il hésite puis glisse, les dents serrées : « Nous péchons tous».

Avant de démarrer en trombe au volant d’une 4X4 Acura,  il lâche : « On devrait nous décorer. Nous faisons entrer l’argent dans le pays. Beaucoup d’entre nous créent des emplois. Et nous n’arnaquons pas des Béninois».

Le cas de Godson n’est pas isolé. Ils sont aujourd’hui « des dizaines, sinon des centaines », d’après des statistiques officielles confirmées par ces escrocs de l’Internet.

A ce rythme, si l’on multiplie la somme perçue par Godson par le nombre d’arnaques à succès par mois, multiplié par le nombre de « gaïmen » au Bénin, on peut se faire une idée vague des sommes considérables que ces gens, des jeunes pour la plupart, font entrer au Bénin mensuellement. Au nez et à  la barbe de tous. Avec parfois la complicité de personnes indélicates en service dans les milieux financiers.

Effroyable évolution

Si aujourd’hui le sujet émeut moins qu’il y a deux ou trois ans, c’est du au fait que la population s’est quelque peu résignée à cette cohabitation malaisée avec les acteurs de cette activité illégale. Pierre Dovonou Lokossou, gestionnaire de projets technologiques, dévoile la genèse du phénomène au Bénin : « La première arnaque via le net a eu lieu en 1997, deux ans après l’implantation du web au Bénin. Il s’agissait d’un Nigérian qui avait escroqué un pasteur américain, en se faisant livrer des ordinateurs, des imprimantes et des bibles, en échange d’un chèque délivré par une banque qui n’existait pas, une banque fictive donc».  De 1997 à aujourd’hui, ce qui était alors un cas isolé à l’époque est devenu un cas d’école. Dans la période de 2005 à 2010 notamment, le nombre de jeunes vidant les classes au profit des cybercafés a considérablement crû. Aujourd’hui encore, le phénomène est palpable. Les multiples descentes de la police n’ont pas découragé les malfaiteurs. A la sous-direction des crimes économiques et financiers (ex-Brigade économique et financière(Bef)), la cellule de lutte contre la cybercriminalité a déjà eu à effectuer plusieurs arrestations. De source proche de ce service de police, quelques-uns des auteurs de ces forfaits via le web croupissent en prison. En effet, la loi portant lutte contre la corruption, en ses articles 121 et 124 du chapitre XV dispose : « Des infractions cybernétiques, informatiques et de leur répression », condamne fermement ces pratiques.

Cependant, comme dans plusieurs pays du monde, les victimes ont parfois honte de porter plainte, se jugeant naïves. En outre, au Bénin, les proies se trouvent toutes ou presque…à l’extérieur du Bénin, notamment en Europe, ce qui rend les poursuites encore plus difficiles. L’appui en 2011 de l’ambassade de France à Cotonou pour un séminaire qui réunissait les policiers et gendarmes de pays africains autour de la question, suivie de formations sur le terrain en France pour certains d’entre eux, est une initiative isolée dans l’univers de cette lutte.

Au Bénin, outre l’arnaque sur Internet, les attaques de comptes bancaires sont un aspect récent des financiers. Plusieurs clients des banques de la place se découvrent parfois leur compte vide, en voulant effectuer une opération bancaire. Des informations qui sont confirmées de source policière reconnaissant néanmoins des avancées dans le domaine technologique au niveau de la cellule de lutte contre la cybercriminalité. Cependant, il est à noter que si les policiers s’activent, les arnaqueurs en font autant. Les cybercafés se vident des « experts » et des « parrains » pour laisser la place à de nouvelles pousses. Les plus aguerris eux, ayant engrangé plusieurs millions de francs au cours de leur parcours, se paient tranquillement des connexions à domicile pour travailler en toute tranquillité, à l’abri des regards indiscrets.

Des falsifications de documents aux relations haut placées, les‟ gaïmen »  assurent avoir les moyens techniques qu’il faut et des entrées partout où besoin est, pour mener à bien leur sale besogne. L’on serait tenté de les croire, quand on voit certains hommes à peine sortis de la puberté venir avec des véhicules de luxe et gardes du corps chercher des « partenaires » venus de pays lointains. De source,  bien informée, il s’agit là bien souvent de futures victimes.

L’arnaque en ligne est donc une réalité. Un ancien cadre du ministère des Finances français parlant sous l’anonymat a fait état de plus de 10.000 tentatives d’intrusion par jour dans les fichiers dudit ministère. Des tentatives de hacking, d’hameçonnage dit-il, en provenance pour la majorité du Nigeria et d’autres pays d’Afrique de l’ouest.

Pour l’heure, il est difficile d’avoir des chiffres exacts sur les conséquences économiques de ce fléau, même au niveau de la cellule de répression mentionnée supra, tant le réseau des arnaqueurs agit dans une nébuleuse.


[1] Nom d’emprunt.


Entretien avec un fermier atypique: ‟La Maison du paysan travaille à restaurer l’économie villageoise …”

A travers  le concept révolutionnaire de ‟la maison du paysan”, Michel Babadjidé, fermier vétérinaire atypique est en train de provoquer une véritable révolution dans le secteur agricole national. En bouleversant des habitudes séculières, des règles immuables et des tabous pour proposer un modèle singulier qui pourrait assurer l’autosuffisance alimentaire à chaque ménage et à la nation toute entière, grâce à la généralisation de l’agriculture familiale.

 

Le vétérinaire fermier
Le vétérinaire fermier dans sa basse-cour

vétérinaire fermier2 vétérinaire fermier 3Monsieur Michel Babadjidé, en tant que fermier vétérinaire, quel regard portez-vous sur la politique agricole nationale ?

Dr Michel Babadjidé :

Un regard d’observateur. La politique nationale en matière d’agriculture a été initiée par des cadres béninois. La dernière en date, est le plan stratégique pour la relance du secteur agricole. Avant d’en arriver là, il fallait disposer d’une politique agricole nationale qui fixe des objectifs qualitatifs et quantitatifs. Par rapport à la taille de notre population et des performances existantes. Par exemple, on pouvait dire le taux d’exploitation du cheptel est de tel ordre. Puisque que nos vaches, ne donnent que 3 litres de lait par jour. D’ici à l’horizon 2015, il faut qu’elles en produisent 15 litres quotidiennement. Au regard de cela, quelles stratégies mettre en place ? On pouvait aussi dire par rapport à la taille de la population, nous avons tels indicateurs dans tels domaines, il faut qu’ils soient améliorés pour attendre tel niveau à telle période. Idem pour l’exploitation agricole et les acteurs. En disant par exemple il y a actuellement 100 exploitants de niveau moyen, à l’horizon 2015 ou 2020, il faut passer à 10.000 acteurs. C’est autour de pareils objectifs qu’on pouvait asseoir une stratégie au plan national et l’affiner pour booster le secteur agricole. Mais, hélas, on a procédé autrement. Pourvu que cela marche.

D’après vous, que faut-il faire pour rendre l’agriculture performante et compétitive afin qu’elle devienne véritablement le moteur de la croissance économique, et partant, du développement durable ?

Dans un pays comme le nôtre, nous avons un potentiel inexploré : une climatologie complice, des terres, des bras valides et une volonté manifeste d’une certaine frange de la population qui veut encore aller à la terre. Tous ces éléments réunis, devraient constituer une force pour l’agriculture. Mais nous ne sommes pas organisés et n’arrivons pas à tirer  le meilleur profit de cette situation.

Dans un pays comme le nôtre, l’agriculture devrait être de type familial comme c’est le cas ici à la maison du paysan.

Nous n’avons pas les machines, les outils, la technologie européenne n’est pas adaptée. Donc, il faudrait centrer l’agriculture sur la famille. Surtout que nous avons cette chance que les 80% de notre population sont des analphabètes travaillant la terre, deux heures à peine par jour. Si on pouvait les amener à travailler cette terre quatre à six heures au quotidien, comme dans le cadre de la maison du paysan. Nous aurions atteint l’autosuffisance alimentaire. En produisant abondamment pour chaque ménage, pour toute la nation. Grâce à des ‟maisons du paysan” qui se regrouperont en ‟village des paysans”. La production excédentaire pourra être ainsi exportée.

Sinon une petite minorité va continuer à s’échiner sur la production industrielle, sans pour autant réussir à assurer la survie de la masse. Or nous devons atteindre l’autosuffisance alimentaire pour réduire le chômage des jeunes et réduire la misère, la pauvreté en milieu rural.

Justement, depuis quelque temps, vous développez un concept : celui ‟la maison du paysan”. Qu’est-ce à dire concrètement ?

‟La maison du paysan” n’est rien d’autre que ce que devrait être la maison d’un vrai paysan.

Tout est parti d’une inspiration. Pendant mes études universitaires, le mélange des espèces animales en élevage, m’a été interdit. Alors que de son vivant, mon grand père maternel avait une maison dans laquelle, il élevait plusieurs espèces animales ensemble, avec succès. Suite à des difficultés financières personnelles dans le temps, je me suis mis à m’interroger sur ce qu’il fallait faire pour relever le défi et aider les paysans à sortir de leur pauvreté. C’est ainsi que l’idée de procéder autrement m’a inspiré.

La maison du paysan a été créée dans les années 2000 à Lokossa et a fait et continue de  faire son petit bonhomme de chemin. La maison du paysan a une superficie de 700 mètres carrés sur laquelle sont élevés ensemble, des lapins, des poulets, des pintades, des dindons, des cabris, des porcs, des canards, des aulacodes, des pigeons. Et ce, dans une synergie parfaite. D’autant que cette maison produit chaque année 230 à 300 lapins à partir de 56 lapines mères ; 65 à 70 porcelets à partir de 3 truies locales qui n’ont rien à envier aux truies importées de race améliorée telle que la large white et le land race ; 200 à 210 aulacodes à partir de 20 femelles ; 2200 à 2300 poulets, pintades et dindons à partir de 20 poules locales, 50 pintades et 6 dindes. Sans oublier de nombreux pigeons qui par leur envol, jouent le rôle de ventilateurs naturels de la lapinière, de l’aulacoderie et de toute la maison du paysan.

Quels sont les tenants et les aboutissants de ce nouveau concept ?

La maison du paysan se positionne aujourd’hui comme l’épicentre de l’économie villageoise. Aussi, ambitionne –telle de devenir l’institution de formation par excellence qui forme le paysan à la valorisation des valeurs traditionnelles.

Le principe de base repose sur les synergies, les équilibres biologique et microbiologique créés au sein de tout un ensemble pour générer de la valeur ajoutée dans le monde rural. Contrairement aux idées reçues dans les écoles et facultés d’agriculture à travers le monde. Les poules locales et les dindes sont utilisées comme incubateur biologique pour couver des œufs de pintades. Les porcs consomment les intestins des lapins abattus et les peaux des lapins sont utilisées pour produire des asticots. Lesquels sont utilisés pour renforcer l’alimentation des volailles. Ces dernières bénéficient aussi du gaspillage occasionné par les lapins et les aulacodes. Nous faisons appel à des techniques d’élevage simples basées sur les lois universelles, le comportement et la physiologie animale pour produire 3000 poulets vivants en 6 mois à partir de 10 poules. Ce qui tient aujourd’hui du rêve de tout paysan. Et c’est un savoir que nous devons promouvoir.

A ‟la maison du paysan”, nous avons développé des savoirs adaptés, des savoirs améliorés qui amènent le traditionnel à un niveau de rentabilité. Ce que l’université n’a pas réussi à faire.

Une véritable révolution au niveau de l’agriculture familiale?

Avec la mise en œuvre de ce nouveau concept, c’est une véritable révolution qui a commencé au niveau de l’agriculture familiale et les spéculations agro pastorales. Et cela pourrait assurer à terme l’autosuffisance alimentaire des ménages et sortir les producteurs de la misère et de la pauvreté.

‟La maison du paysan” reçoit par ailleurs des stagiaires, des universitaires, des élèves des lycées techniques agricoles, des formateurs, des encadreurs pour le secteur rural et des éleveurs de toutes catégories. En effet, depuis 17 ans, le promoteur de la maison du paysan a opéré des remises en cause pour adapter les connaissances académiques à la réalité villageoise. En découlent, un savoir et un savoir-faire utilisant les synergies et exploitant l’équilibre d’un microbisme auto-entretenu entre les différentes espèces animales d’élevage. Ce qui permet de maximiser les produits de l’élevage tout en garantissant la rentabilité des spéculations agro pastorales pour faire de ces dernières, des activités génératrices de bénéfices qui doivent renforcer les revenus des populations rurales et non des activités génératrices de revenus tout court.

Du temps de nos grands parents, les poules locales pondaient jusqu’à 20 œufs et les couvaient bien. Alors qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, ces mêmes poules arrivent difficilement à pondre 10 œufs. D’où la proposition d’une nouvelle alternative pour la lutte contre la pauvreté monétaire et organisationnelle en milieu rural dénommée purement et simplement la maison du paysan.

Depuis la validation du concept en février 2012, le cap est mis sur le village des paysans qui s’établirait sur deux ou trois hectares et regrouperait des maisons du paysan avec des variantes. Dans ce village, on rencontrerait des paysans heureux vivant mieux que des ingénieurs agronomes, à la faveur de leurs activités génératrices de bénéfices. Car, nous restons persuadé que le village est à la

Quelle crédibilité accorder au concept de ‟la maison du paysan”?

Une mission de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab) a validé le concept le 16 février 2012. Suite à la requête des directeurs généraux du Cerpa Mono-Couffo et de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra). Sur la base de l’analyse de la situation, cette mission a proposé à l’Inrab de valider le concept afin de permettre aux autorités chargées du développement agricole du Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche (Maep) de procéder à sa vulgarisation. Toutefois, aucune œuvre humaine n’étant parfaite, la mission recommande que l’Inrab entreprenne des recherches d’accompagnement du système de production de la maison du paysan par des recherches complémentaires d’action et de développement appropriées. Ainsi, l’évaluation des paramètres socio-économiques et de la compétitivité de la maison du paysan doit être entreprise par l’équipe du Programme analyse de la politique agricole (Papa).

Que diriez-vous pour mettre un terme à cet entretien?

A l’étape actuelle, nous n’avons utilisé que nos propres moyens. Il faut que la maison du paysan cesse d’être la chose de Babadjidé pour devenir une réalité nationale et pourquoi pas, africaine.


Profession garde-vélos

Le garde-vélos
Un garde-vélos au travail

Au Bénin, le garde-vélos, un des métiers de la débrouillardise, est né à la faveur de l’essor des centres urbains. De nos jours, il constitue de nos jours une source de revenus pour les personnes qui s’y adonnent, eu égard aux multiples services rendus par cette corporation aux usagers de la route.

Pour 50, 100 ou parfois même 200 francs Cfa (soit moins de un, deux ou trois euros), les propriétaires d’engins à deux roues peuvent laisser leur moto en toute sécurité chez les gardes-vélos pour vaquer à leurs occupations. Le garde-vélos, une activité née de la débrouille, est très rependue dans la ville de Cotonou, notamment aux abords des services publics et autres endroits fréquentés par des usagers.

Très tôt le matin, les agents faisant office de gardes-vélos se rendent sur leurs lieux de travail. « Nous sommes là à partir de sept heures du matin, et dès que les clients viennent, ils déposent leur moto contre un reçu, quitte à revenir à la fin de leurs activités retirer leur moto avec le ticket », explique Daniel.

Cette organisation est spécifique pour chaque service selon l’heure d’ouverture. Au niveau des centres de santé ou hôpitaux, il s’agit d’une rotation selon un planning. « Nous sommes au nombre de quatre et on fait la supervision deux par deux soit le matin, soit le soir », dira Pascal.  « Je suis dans ce métier il y a une dizaine d’années. Je suis mécanicien de formation et puisque le travail ne marche pas je me suis reconverti dans le métier de gardes-vélos. A notre niveau nous sommes là à sept heures du matin au plus tard pour rentrer après dix neuf heures trente », confie de son côté Mathieu. Julien Dansou dira qu’il est entré dans le métier à cause du chômage, mais ne se plaint pas avec sa petite famille :

« J’ai cherché du travail et je n’en ai pas trouvé. C’est comme cela que je suis venu négocier ici avec la structure qui n’a pas trouvé d’objection à cela. J’ai commencé il y environ cinq ans ».

Selon Luc, chacun organise son activité à sa manière et selon parfois les consignes des structures. En ce qui concerne une organisation faîtière, tous n’ont pas cette vision. « Je ne pense pas qu’on puisse s’organiser en syndicat puisque nous ne faisons que payer les frais de l’emplacement. Souvent c’est des frais d’entretien » explique Franc. « En ce qui concerne la structuration, c’est un contrat avec la structure. Nous avons un quota à payer à la fin de chaque mois. Chez nous par exemple c’est la structure qui nous aide à travers ce qu’on donne pour nous fournir les tickets. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres structures », avoue Lucien. L’organisation n’est pas partout la même selon Benoît : « Nous nous chargeons nous même des tickets. C’est seulement le contrat qui nous lie avec les responsables ».

Le rendement journalier

« Le tarif de la garde d’un engin à deux roues était à 25 francs avant de  passer à 50 francs aujourd’hui. Maintenant, on ne sait pas s’ils se sont entendus pour mettre cela à 100 f. Voilà que tu es obligé de laisser ta moto. Sois tu l’exposes aux voleurs pour souffrir après en cas de vol, soit tu paies les 100 francs pour être en paix. Malgré les difficultés financières, tu dois te conformer à cela», dira un client d’un ton indigné.

Mais en ce qui concerne le rendement journalier les gardes-vélos ne se plaignent pas. A en croire Pascal, « il faut avouer que depuis que je suis dedans, je m’en sors mieux. J’arrive à joindre les deux bouts. A la fin d’une journée je rentre parfois avec dix mille francs (près de 16 euros) ». «  Je suis à environ quatre à cinq mille francs par jour », confie Lucien, qui ajoute que les recettes peuvent parfois aller « jusqu’à sept ou quinze mille francs », ajoute celui-ci.

Sur le campus d’Abomey-calavi, le garde-vélos se retrouve devant chaque faculté. Parfois, ils sont même deux par faculté. Selon Benoît, le rendement est élevé, surtout lorsqu’il y a session au niveau des facultés ou lorsqu’il y a des travaux de soutenance de mémoires ou de thèses. Dans ces cas, on fait parfois des recettes jusqu’à dix mille francs alors que sur le campus le gardes-vélos est à 50 francs : le métier n’est pas mauvais. La gestion sur le campus se fait avec les bureaux d’union d’entité de chaque faculté.

Risques du métier

« Certains laissent leur moto pour revenir après dix neuf heures trente. D’autre par contre disent qu’ils n’ont pas de sous pour payer. Chez nous sur le campus, nous avons plus les motos des membres de l’administration, les gens du Bureau d’union d’entité (Bue). Pour les cas de vol de motos, nous n’avions jamais eu un tel cas », dira Benoît. Cette difficulté n’entrave pas les activités des agents puisque selon celui-ci, « nous essayons de ranger les motos à un endroit en attendant qu’ils reviennent ». Parfois ajoute-t-il « certains laissent leurs engins aux alentours. C’est peut-être ceux là qui font état de vol, mais on décline notre responsabilité puisque ces motos n’ont pas été confiées aux gardes-vélos ».

Dans certains cas, c’est par manque de visibilité que les motos se perdent. « Il m’est arrivé une fois de perdre une moto, et j’ai payé. Ce qui a été une lourde charge pour moi. J’ai failli laisser mais puisque c’est ma seule source de revenus, je m’arrange autrement », explique Lucien. Chez Mathieu par contre, les cas de vol ne sont jamais enregistrés mais certains perdent leur ticket. Dans ce cas, ils sont obligés d’aller chercher les papiers de la moto et vont chercher leur moto au commissariat. « C’est des cas qu’on enregistre souvent ».

Julien Dansou pense « qu’il faut être éveillé avant de se lancer dans le métier. Nous sommes parfois informés des cas de vol de moto au niveau des gardes-vélos ». Les stratégies de vol de moto varient parfois. Certains font des échanges de moto avec celle appartenant à d’autres personnes. « Ils viennent avec une autre moto et quand tu n’es pas habile, ils font semblant de prendre d’autres motos avec lesquelles ils partent. Dans ces situations il faut bien vérifier les tickets. Puisque celui qui prend la moto d’une autre personne peut revenir dire qu’il a perdu son ticket et facilement amener les papiers de sa vraie moto qu’il retire », explique Julien.