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Les blogueurs, nouveaux hérauts de la liberté d’expression

Les blogs passionnent, interpellent, dérangent, inquiètent. Certains les méprisent, pendant que d’autres les adulent, les considérant à tort où à raison comme émanant de prophètes d’une nouvelle révolution : celle de l’information. Une chose est sûre, les blogs ne laissent plus indifférent. Loin s’en faut ! Mais entre diabolisation et adoration, que penser de ce phénomène qui transforme le paysage médiatique de pays aussi différents que les Etats-Unis, la Chine ou l’Iran ou beaucoup plus modestement le Bénin…

(Crédit photo: RFI/Mondoblog)

Les Mondoblogueurs (Crédit photo:RFI/MONDOBLOG)

Nous ne disposons pas encore de tous les éléments pour résoudre définitivement cette équation. Tant il est vrai, que nous sommes lecteurs de presse, auditeurs et téléspectateurs depuis des décennies. Sans en être conscients pour autant. A preuve nous disposons de grilles de lecture nous permettant de faire la part des choses, de différencier, à la première vue, à la première lecture, à la première écoute, un commentaire d’une information, un journal «people» d’un magazine sérieux, un programme de divertissement d’un documentaire…Sans pour autant être des professionnels chevronnés, des spécialiste de l’information, de la communication. Seulement voilà, en matière de blog nous sommes désarmés. Ne disposant pas des mêmes facilités, n’ayant véritablement pas des outils adéquats pour une analyse, un décryptage digne de ce nom. Sommes-nous désorientés par la nouveauté du phénomène, l’avènement des blogs ne datant pas de si longtemps? C’est de l’ordre des possibles. Mais il n’en demeure pas moins que cette approche soit très réductrice quand on sait que tous, ces «blocs-notes en ligne » sont encore plus hétéroclites que la presse conventionnelle qui nous paraît si familière pourtant.

Dans ces conditions, difficile donc pour l’internaute lambda de faire le tri entre les publications d’information, les tribunes personnelles, les vraies enquêtes et les témoignages bidon rencontrés sur Internet. Difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Encore que certains blogueurs développent peu à peu leurs propres standards éthiques, pour renforcer leur crédibilité et gagner la confiance de leur lectorat. D’autres, se prenant pour des abstracteurs de quintessence en puissance, ont une logique qu’ils sont les seuls à maîtriser. Ce qui n’arrange pas l’affaire des pauvres internautes face ces « gourous du numérique ».

Crédit photos: archives Baba Mahamat

Blog

 Le blog, outil formidable pour la liberté d’expression

Comparaison n’est pas raison dit-on souvent, les fausses informations, les insultes, les injures et autres calomnies fleuriront toujours sur le Net. Le blog donnant à chacun, quelles que soient sa formation ou ses compétences techniques, la possibilité de devenir éditeur. . . Ce qui est extraordinaire au regard de l’ordre établi par les médias conventionnels. Mais le hic, c’est que cette liberté ne va pas sans risques et les blogs sans intérêt, voire nauséabonds, vont se développer au même rythme que les publications de qualité. Hélas !

Toutefois, reconnaissons que les blogs constituent un formidable outil pour la liberté d’expression. Ils ont délié les langues des citoyens ordinaires. Ceux qui jusqu’à présent n’étaient que des consommateurs d’information sont devenus les acteurs d’une nouvelle forme de journalisme, un journalisme « à la racine » selon les termes de Dan Gillmor (Grassroots journalism), c’est-à-dire fait « par le peuple et pour le peuple».

Certes, certaines communautés, certaines plateformes à l’instar de RFI/Mondoblog offrent des conseils, des outils et des astuces techniques à travers des tutoriels pour lancer et animer dans de bonnes conditions son blog à ses membres. Ce qui oblige à une certaine qualité au niveau de la plateforme et crée la saine émulation. A toutes fins utiles, Mondoblog est une plateforme qui regroupe des blogueurs francophones sélectionnés par un concours initié par l’Atelier des Médias, la web émission participative de Radio France Internationale (Rfi). A ce jour Mondoàblog compte 350 blogueurs et «combine un média avec un projet de formation international pour favoriser l’émergence d’une blogosphère internationale et dynamique. L’enjeu étant de contribuer au développement d’un contenu francophone de qualité sur Internet », comme c’est précisé sur la charte des blogueurs de cet espace convivial et professionnel. Pour émerger du lot, le blogueur, doit faire preuve d’originalité et de créativité, pour border souvent dans ses billets des angles ou des informations délaissées par les médias conventionnels.

Dans certains pays, la principale préoccupation des blogueurs est de rester en liberté. Pendant que dans d’autres, ils cherchent à asseoir leur crédibilité et à s’imposer comme une source fiable d’information. Encore que tous ne sont pas logés à la même enseigne et moins encore confrontés aux mêmes difficultés, même si à leur façon, ils sont aujourd’hui en première ligne du combat pour la liberté d’expression.

mondoblog dakar 2013

Mondoblog une expérience qui force l’admiration

Les blogueurs de la plateforme Mondoblog de l’Atelier des médias de Radio France Internationale (Rfi) gagneraient à se fixer de nouveaux objectifs, de nouveaux défis pour viabiliser et pérenniser une expérience qui édifie et se bonifie à chaque saison tel un bon vin. En réfléchissant par exemple sur les conditions de bloguer dans nos contrées déshéritées du Sud en dehors des avatars d’une connexion Internet, il faut intégrer la donne du blogueur manquant parfois du « minimum social commun » comme on le dit chez moi au Bénin pour recharger sa clé de connexion ou se rendre dans un cybercafé pour négocier quelques heures de connexion à crédit avec force sourire afin de pouvoir mettre son billet en ligne. Cela interpelle et nous devons réfléchir à des innovations majeures, à des valeurs ajoutées pour faciliter la tâche aux amoureux et passionnés de ces nouveaux médias. Car,en Afrique, bloguer ne nourrit pas encore son homme. Et il va falloir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de ruse pour exister en tant que blogueur dans nos pays démunis. Et pourquoi pas, prospérer.

 

(Crédit image google)
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Le Bénin peut-il reconquérir sa place d’antan au niveau du palmier à huile ?

Par le passé, le Bénin, à travers la filière palmier à huile, avait pour vision de produire suffisamment de matières premières pour les usines créées dans les blocs agro-industriels pour se maintenir dans le cercle fermé des producteurs d’huile de palme. A l’époque, il était question surtout d’assurer une croissance économique.  Mais hélas, la donne a changé…

(Crédit image google)

Un palmier à huile portant un régime de noix de palme mûr

Hisser, à partir de l’agriculture, l’économie béninoise au rang des économies prospères. Telle était la logique à laquelle répondaient les efforts de financement et de modernisation du secteur agricole dans l’ex-Dahomey l’actuelle république du Bénin, dès les années 1960, selon Barnabé Hounkanrin, auditeur et doctorant en géographie à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), « à l’époque, cette logique s’appuyait sur la coopérative agricole, modèle jugé le plus apte pour mener le pays au développement socio-économique. C’est ainsi qu’ont été créées, par l’Etat, les Coopératives d’aménagement rural (Car), autour du palmier à huile dans plusieurs localités du sud-Bénin telles que Houin-Agamè, Grand Agonvy, Hinvi… Le palmier à huile était à la base de la première filière d’exportation du pays. En s’appuyant sur cet arbre, l’Etat avait fait des coopératives, son outil de développement économique pendant plusieurs décennies, sans réussir à atteindre les objectifs de départ ». Les résultats obtenus par ces coopératives sous le contrôle de l’Etat sont en deçà des attentes. Les quantités de régimes de palme récoltées n’ont jamais permis aux usines de tourner à plein régime ni aux coopératives de prospérer. L’autonomie de gestion, obtenue en janvier 1998, n’a pas amélioré pour autant la situation financière et sociale de ces coopératives. Bien au contraire, la mauvaise gestion et les conflits entre coopérateurs ont «tué» la filière qui a du mal à retrouver ses lettres de noblesse.

(Crédit image: Wikipédia)

Des noix de palme mûrs

Histoire d’une intervention inachevée

A l’indépendance, les Etats africains francophones ont manifesté le souci de se créer des instruments modernes de développement économique. Au Bénin, le secteur rural et principalement le palmier à huile a été celui qui bénéficia le plus des attentions de l’Etat. Les dérivés du palmier à huile contribuaient à plus de 70% aux recettes commerciales du pays. C’est  donc dans le but d’en faire une culture économiquement rentable pour le pays que le sous-secteur du palmier à huile, déjà organisée en filière sous la colonisation, a connu de grands investissements, avec la création des coopératives d’aménagement rural. La politique de développement agricole par les coopératives agricoles a amené à la création d’un ministère de l’agriculture chargé, par arrêtés, de mettre à exécution les différentes décisions prises par le gouvernement dans le secteur agricole. Mais la pertinence d’une telle politique de développement tarde à s’imposer. Les années de fonctionnement des coopératives agricoles sous le contrôle de l’Etat n’ont pas empêché la croissance du niveau de pauvreté monétaire des communautés rurales agricoles et la détérioration de leurs conditions sociales. Dans sa marche vers la rentabilité économique et sociale, le milieu rural béninois a connu des transformations structurelles et socio-économiques qui ont largement modifié les rapports de production, faisant du Sud-Bénin une zone économiquement tournée vers l’extérieur. La production, presque stable de 1960 à 1966 autour de 100 000 tonnes de régimes de palme, croît de façon spectaculaire entre 1966 et 1968 avant d’amorcer de 1970 à 1972 une descente en escalier jusqu’en 1973 où on observe une nouvelle remontée de la production. La filière du palmier à huile entama sa descente aux enfers avec les contre-performances de la Société nationale des industries de corps gras (Sonicog). Le déficit en matières premières était donc énorme quant à l’approvisionnement des huileries de Houin-Agamé, Hinvi et Grand Agonvy. De 31 957 tonnes en 1970, la production commercialisée de l’huile de palme n’était que de 15000 tonnes en 1980. Les coopératives d’aménagement rural étaient dans l’impasse économique et sociale, avec la résurgence de conflits et d’actes d’incivisme. Le Bénin a disparu de la liste des pays exportateurs d’huile de palme la décennie qui a suivi. C’est dans cette situation chaotique que le Bénin, au regard des exigences du Programme d’ajustement structurel(Pas), s’est désengagé en 1997 de la filière palmier à huile, laissant la gestion aux coopératives.

La récolte du vin de palme

Récolte de vin de palme

Les organisations paysannes autour du palmier à huile

Le désengagement de l’Etat a laissé le champ à d’autres acteurs locaux qui ont pris le contrôle des coopératives. Plusieurs organisations paysannes se partagent le secteur du palmier à huile. Mais les plus connues sont celles qui sont issues des coopératives jadis contrôlées par l’Etat. Les coopérateurs, avec l’assistance des partenaires au développement, ont créé les Unions régionales des coopératives d’aménagement rural (Urcar) qui sont des organisations faîtières de premier niveau. Ce désengagement de l’Etat a permis de rénover une partie des palmeraies et a remis en selle la production sur toutes les coopératives. Mais cette réhabilitation s’est effectuée sur des prêts avec intérêts accordés aux coopératives par la Banque mondiale, la Coopération suisse et les Japonais. Le désengagement en 1997 est intervenu sur cette relance de la production certes, mais aussi avec le démembrement de la structure de production : alors que les palmeraies reviennent aux coopérateurs, les unités industrielles sont cédées aux repreneurs privés qui ne partagent pas les mêmes intérêts qu’eux. Les milliers de paysans sont désormais livrés à leur capacité de production, aux textes et aux hommes chargés de les appliquer. S’adapter au nouveau contexte national, s’insérer dans le nouvel ordre mondial qu’impose la globalisation et, en retour, assurer le bien-être social et économique des sociétaires, sont les défis que devraient relever les organes de gestion des Car. Surtout que le retrait de l’Etat a favorisé l’émergence de groupes de pression qui contrôlent l’essentiel des activités des coopératives.

Car, ayant une histoire particulière parce qu’issues des entrailles de l’Etat avec des conflits originels, elles ne veulent accepter en leur sein d’autres membres.  Ces difficultés congénitales sont d’ailleurs doublées de situations socio-économiques complexes. Le secteur du palmier à huile s’est alors enrichi d’autres organisations paysannes, qui sont nées de la multiplication des plantations familiales. En effet, deux ans avant le désengagement de l’Etat, la filière du palmier à huile se trouvait dans une situation critique. Les coopératives accumulaient des arriérés de salaire, les palmeraies étaient envahies par des jachères, les récoltes volées par les sociétaires, une partie du patrimoine foncier vendue illégalement et certains palmiers abattus pour l’extraction du vin de palme. Le premier programme de réhabilitation est venu éviter, en 1995, la détérioration complète de la situation des Car.

Récolte d'un régime mûr sur un palmier à huile

Récolte d’un régime mûr sur un palmier à huile

L’économie du palmier à huile

La gestion de la production des palmeraies et sa commercialisation avaient conduit l’Etat à la création de la Société nationale des huileries du Dahomey (Snahda). Société d’économie mixte, dotée de la personnalité civile et de l’autonomie financière, elle a été créée en décembre 1961 pour la gestion des anciennes huileries. A partir de 1965, elle a assuré la commercialisation des produits du palmier à huile, à l’exception des palmistes non concernés par l’industrialisation. Il faut noter que les produits industriels que l’on tire du palmier sont multiples. Mais de tous les produits tirés du palmier à huile, l’huile de palme est la plus demandée. Le volume d’huile de palme destinée à l’exportation passa de 2 519 tonnes en 1946 à 16 015 tonnes en 1960, soit une augmentation de 486,04%. Le palmier à huile est devenu le pilier d’une économie de traite qui perdure encore. Il a révolutionné le système économique de tout le golfe de Guinée et a marqué de son empreinte les échanges commerciaux entre les souverains de la côte et les premiers comptoirs. Sa production et sa commercialisation ont enrichi des groupes de paysans qui en tirent encore des revenus substantiels. Selon une enquête de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) sur la consommation en huile au Bénin, il est noté une consommation nationale progressive passant d’environ 72 960 tonnes en 1992, à 80 200 tonnes en 1995 puis à 110 000 tonnes en 2005. Cette consommation est dominée par l’huile de palme qui représente au moins 44% des huiles alimentaires.

Les perspectives 

Les défis de développement auxquels était confronté le jeune Etat dahoméen étaient nombreux et il fallait des mesures hardies pour impulser, très vite, un développement agricole capable de soutenir durablement l’économie du pays. Les coopératives agricoles répondaient bien à cette ambition de bâtir un pays économiquement sûre et stable. Mais les résultats, trois décennies plus tard, ont été décevants. Il paraît alors évident que la logique d’Etat, au lieu de protéger les paysans et de favoriser leur bien-être à travers les coopératives agricoles, les a plutôt livrés aux contraintes de l’économie de marché, faites d’expropriation des terres et d’exploitation des forces de travail. Ces confits sont exacerbés par la mauvaise gouvernance économique et sociale, surtout après le retrait de l’Etat de la gestion directe des coopératives.

Une issue de sortie peut être un retour momentané à la gestion directe par l’Etat, le temps de mettre tous les acteurs sur le même pied d’égalité et de créer une nouvelle synergie autour des coopératives. Il n’y a peut-être pas de doute que les coopératives sont encore capables d’apporter le développement socio économique dans les zones rurales où elles sont implantées. Il faudra les aider à réorganiser la filière et leur faciliter l’accès aux services financiers pour leur permettre de replanter les milliers d’hectares qui sont présentement laissés à la jachère.

En 2006, à son arrivée au pouvoir le président Boni Yayi avait  déclaré que le palmier à huile ferait l’objet d’une grande attention autant que le coton. Il l’a annoncé au moment où le tout nouveau régime du changement investissait 14 milliards dans la filière coton pour son relèvement. Comme action pour matérialiser cette volonté du président Yayi, l’implication d’un expert malaisien. Cet expert qui aurait une bonne connaissance du palmier à huile. Quelques mois après son arrivée, il est reparti du Bénin sans que la filière ne décolle. A l’époque, on avait appris dans les coulisses que le Malaisien avait affirmé avant son départ que «le sol béninois n’est pas propice à la culture du palmier à huile». Argument à prendre avec des pincettes. Pour cause, dans les années 60, le Bénin était premier pays producteur de palmier à huile dans la sous-région.  Avec le palmier à huile, le rêve est toujours permis.

Réformes portuaires
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BENIN / L’économie maritime tourne au ralenti

Au moment où le port de Cotonou, appendice de l’économie maritime béninoise cherche à sortir la tête de l’eau à travers moult actions, le département ministériel chargé de son sauvetage quant à lui, prend abondamment de l’eau, empêtré dans des contradictions à n’en plus finir.

Comme dirait l’autre, plus rien ne va au Ministère béninois de l’économie maritime, des transports maritimes et des infrastructures portuaires. Selon des observateurs avertis, «on n’est plus loin de toucher le fond si des décisions hardies ne sont pas prises à temps ». Surtout que, ce département ministériel, pourtant stratégique dans la politique de relance de l’économie nationale, depuis quelque temps, tourne au ralenti, faute de ressources humaines adéquates.

Le Port de Cotonou

Travaux de bitumage de route au Port de Cotonou au titre des réformes

Déjà cité parmi les ministères les moins lotis, avec un modeste budget annuel d’environ trois milliards de francs Cfa (4.615.385 Euros), il se contente aujourd’hui d’offrir un service minimum. Et il n’est pas exclu que la quasi-totalité des postes de responsabilités soient vacants d’ici à là. Si rien n’est fait pour freiner l’hémorragie.

N’y a-t-il plus de cadres compétents dans ce sous-secteur névralgique de l’économie nationale pour pourvoir aux postes vacants depuis des lustres, serait- on tenté de se demander en toute légitimité. Même si pour l’heure, la question reste sans réponse.

Une chose est sûre, le ministre Valentin Djènontin, devenu titulaire de ce strapontin à la suite d’un jeu de chaises musicales en 2012, avait de réels soucis à se faire, dans le temps. Privé de son directeur de cabinet, Ishola Bio Sawé, emporté dans les eaux troubles de la sulfureuse affaire du port sec de Tori. In fine, il était contraint de s’appuyer sur son directeur adjoint de cabinet, pour donner le change. Seulement voilà, entre les deux hommes, les relations n’étaient toujours pas au beau fixe, à en croire des travailleurs en service dans ledit ministère. Sans oublier que, d’autres cadres en poste dans ce département étaient partis pour diverses raisons sur lesquelles il serait vain d’épiloguer.

L’obligation de faire valoir leurs droits à la retraite, avait conduit le secrétaire général du ministère et son adjoint à quitter leurs fonctions respectives. Laissant du coup, sans titulaires, des services sensibles ayant à charge la gestion de la mémoire et l’administration du ministère. Aux dernières nouvelles, le ministre Valentin Djènontin, face à la délicatesse de la situation, aurait confié provisoirement cette fonction à l’assistant de l’ancien secrétaire général du ministère, Hugues Hounkponou.

Réformes portuaires au Bénin

Réformes au Port de Cotonou à travers de grands travaux

La saignée

Selon un cadre du ministère, entre temps, le ministre Jean-Michel Abimbola, actuel patron du département de la culture et de l’artisanat et ex-titulaire du portefeuille de l’économie maritime, avait repris dans son cabinet la quasi-totalité de ses anciens collaborateurs. Créant une situation dont on appréhende difficilement les contours.. Car, cette volonté affichée de Jean-Michel Abimbola de reconstituer son cabinet « perdu » avait fini par créer un vide autour de son successeur à l’économie maritime et prédécesseur à la culture. Et c’est en cela que se justifie le départ du directeur des ressources financières et du matériel(Drfm), de la directrice des ressources humaines(Drh), du chargé de mission et de quelques conseillers techniques vers de nouvelles destinations

« Récemment, sur les cinq conseillers techniques, seuls deux étaient en place au cabinet du ministre de l’économie maritime », déplore un responsable syndical, visiblement dépité. « En ce sens que, précise-t-il, dans la foulée celui qui occupait les fonctions de directeur de la prospective et de la programmation est aussi parti sans crier gare ». Résultat, tous les postes sensibles sont dépourvus de responsables. «Dans ce genre de situation, avertit le syndicaliste, on ne saurait attendre de notre ministère un travail sérieux à la hauteur de la mission qui lui est assignée ».

Pour éviter le naufrage annoncé de sa barque, explique une source proche du cabinet, le ministre de l’économie maritime a dû recourir aux services de Joseph Chaffa, un ancien cadre du département et précédemment directeur général du Port autonome de Cotonou. En attendant de pourvoir aux postes vacants, et remettre le navire à flots. Ce qui est loin d’être une gageure. Et pour cause.

Contre performance

Les experts maritimes s’accordent à le dire : le port de Cotonou reprend vie. De l’avis même du directeur général par intérim, Kassim Traoré, le trafic commence à être au rendez-vous. Mais cette reprise des activités, certes timide, ne saurait prospérer sans une bonne mise en exécution des réformes voulues et engagées par le gouvernement. Et c’est justement le ministère en charge de l’économie maritime qui est sensé conduire la conception et l’opérationnalisation de ces réformes tant attendues. Seulement voila, le ministère handicapé, éclopé, et dépourvu de ressources humaines suffisantes, a peu de chance de s’en tirer à bon compte, dans un environnement difficile et contre performant.

Une lueur d’espoir

Ministre de l'économie maritime

C’est dans cette ambiance délétère  que débarque, à la faveur du remaniement ministériel d’août 2013, un nouveau ministre en la personne de Martine-Françoise Dossa pour présider dorénavant aux destinées du Ministère de l’économie maritime, des transports maritimes et des infrastructures portuaires.  Espérons qu’elle prenne à temps la mesure de sa nouvelle mission pour apporter des solutions idoines et crédibles à des dysfonctionnements avérés déplorés depuis des lustres sans qu’une quelconque amélioration n’intervienne.

 Quand on sait que lors de sa prise de fonction, la nouvelle responsable du département de l’économie maritime n’a pas manqué de  fixer les orientations de sa nouvelle mission. Et se donner surtout comme priorités, «de veiller en permanence, avec méthode et rigueur, au maintien  et à l’amélioration des ratios de productivité portuaire, tant en termes de diversité de flux de trafic que de coûts et de délais de prestations portuaires ». Il y a de quoi espérer des lendemains meilleurs. Surtout que l’objectif principal de la ministre, « est d’assurer et de renforcer l’image de marque de la plate-forme portuaire de Cotonou, d’accentuer sa compétitivité et sa productivité, ainsi que le recouvrement du reliquat des trafics déviés vers les ports concurrents voisins ».Ce qui ne saurait se faire sans le déploiement d’un personnel qualifié et compétent, partageant la même vision. Mais comme le dit si bien l’adage, c’est à l’oeuvre que l’on connait l’artisan. Wait and see!

marché de nuit
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Bénin : des microcrédits pour lutter contre la pauvreté

du pain aux peuples

Du pain aux peuples

Le Bénin mise sur la microfinance pour lutter contre la pauvreté et développer le pays. Par le truchement d’un programme de microcrédits aux plus pauvres qui fait couler beaucoup d’encre et de salive à cause de ses performances remarquables. Explications.

5Crédit photo: FNM)

Des bénéficiaires avec le président Boni Yayi du Bénin

Le Programme de microcrédits aux plus pauvres (Pmcpp) relève d’un engagement du candidat Boni Yayi lors de la présidentielle de mars 2006 au Bénin, pour faire de la microfinance, un outil stratégique de développement et de lutte contre la pauvreté. La suite on la connaît. L’idée a fait boule de neige et six ans après sa mise en œuvre, partisans et adversaires sont unanimes sur la pertinence de cette intervention sociale inédite au Bénin. De partout, on vient apprendre des Béninois qui ont su trouver la formule pour «favoriser l’accès à des services financiers fiables et viables, à une majorité de ménages pauvres ou à faibles revenus ainsi qu’à des micro entrepreneurs traditionnellement exclus des circuits financiers classiques à cause de la faiblesse de leurs moyens. Et ce, sur l’ensemble du territoire national. Grâce à des institutions de microfinance (Imf) pérennes et pleinement intégrées au système financier».

Lors du démarrage du programme en 2007, le président de la République avait expliqué les tenants et les aboutissants de fort belle manière. « Lors de mes visites dans le Bénin profond, j’ai pu me rendre compte des conditions réelles de vie des populations. J’ai pu noter l’existence d’un fort taux de chômage des jeunes et un faible niveau du pouvoir d’achat tant en milieu rural qu’urbain. J’ai également pu constater que le manque de revenus a fait perdre espoir à bon nombre de nos compatriotes, particulièrement les jeunes et les femmes. Face à ce constat, vous comprenez dès lors mon engagement à développer les grands travaux à haute intensité de main-d’œuvre, à valoriser nos vallées, à diversifier notre agriculture, à promouvoir les logements sociaux et à créer les conditions d’un environnement favorable aux affaires, afin d’impulser les investissements privés, créateurs d’emplois », dixit Boni Yayi.

Pour le président béninois, « le développement de la microfinance, véritable outil de lutte contre la pauvreté, permet de toucher directement et à moindre coût ceux-là mêmes qui de par la précarité de leur situation économique et sociale, se sentent exclus de la vie nationale ». Pour rendre ces idées opérationnelles, un Fonds national de microfinance (Fnm), est créé pour piloter cet ambitieux projet et renforcer les capacités financières et opérationnelles des institutions de microfinance (Imf) afin de les rendre accessibles aux populations les plus démunies des villes et campagnes du Bénin. Lesquelles pourront dorénavant entreprendre des activités génératrices de revenus porteuses de croissance, d’espoir en des lendemains meilleurs.

Depuis son lancement en février 2007, le Programme de microcrédit aux plus pauvres (Pmcpp) bénéficie d’un engouement remarquable de la part des populations cibles. En août 2010, il représente 80 % des activités du Fnm, soit 40 milliards de francs Cfa (environ 62 millions d’euros) sur les 50 milliards de ressources placées au profit des bénéficiaires tous produits confondus. Avec près d’un million de bénéficiaires au 30 juin 2013, ce programme est sans doute l’une des concrétisations des ambitions du gouvernement pour l’amélioration des conditions de vie des populations cibles. Et pour cause. Six ans après son lancement,  l’évaluation globale du programme est positive au vu des changements réels observés au niveau des bénéficiaires toutes tendances confondues.

Une expérience qui fait école

En partant du constat que, près d’un million de nos compatriotes des deux sexes n’ont juste besoin que du minimum, trente à cinquante mille francs Cfa (45 à 90 euros) pour entreprendre une activité génératrice de revenus, le Fonds a développé une stratégie qui est payante aujourd’hui. Et pour cause. De la sous-région et d’ailleurs, on vient partout s’instruire de l’expérience béninoise pour en faire autant chez soi. Idem pour les partenaires techniques et financiers qui manquent des mots pour louer le génie béninois en matière dans cette innovation majeure en matière de microfinance et de lutte contre la pauvreté. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette expérience novatrice  fait école dans la sous-région et à l’étranger eu égard à la longue liste de ceux et celles qui sont venus de partout s’instruire.

Pour la petite histoire, 675 000 personnes ont déjà bénéficié de ce programme pour un cumul d’activités de trente-cinq milliards de francs Cfa (environ 539 millions d’euros). Cet encours de crédits constitue, selon le ministre béninois de la Microfinance et de l’Emploi des jeunes et des femmes, le volume d’activités menées par le Fonds national de la microfinance (Fnm) depuis sa création à ce jour. Quand on sait que la dotation de base du Fnm est de quatorze milliards de nos francs (environ 22 millions d’euros), force est de louer le dynamisme et la performance du Fnm  qui a pu grâce au système de réinvestissement des crédits remboursés, atteindre cet encours de crédits.

Ainsi, les 675 000 personnes impactées ont toutes reçu au moins une fois, le premier crédit de 30 000 francs (45 euros) pour un montant total de plus de vingt milliards de francs (plus de 30 millions d’euros). Parmi elles, 254.693 personnes ont reçu le premier renouvellement de 30 000 francs pour un montant total de de plus de huit milliards de francs (près de 13 millions d’euros) et 154 000 personnes ont déjà passé le cap des deux dernières fois 50 000 francs pour un montant de huit milliards de nos francs.Tous ces montants cumulés dépassent un encours de crédit estimé à plus de 35 milliards de francs (près de 54 millions d’euros).

Success stories

Selon un bénéficiaire au quartier Zongo à Parakou, avant il s’approvisionnait à crédit pour son petit commerce. Mais depuis qu’il est au programme, il achète désormais au comptant. Ce qui fait prospérer ses activités.

La main sur le cœur, une autre bénéficiaire dans la commune de Gogounou, dans l’arrondissement de Sori, observe, « avec les revenus issus des microcrédits, j’ai  pu constituer un capital personnel de plus de 65 000 francs Cfa (environ 100 euros) dans un intervalle de trois mois. Ce qui m’a permis de diversifier mes activités de vente de produits laitiers (Fromage et lait) ».

Pour une autre bénéficiaire dans la commune d’Abomey, « grâce aux microcrédits aux plus pauvres, j’ai pu renforcer mes étalages de marchandises ; ce qui m’a permis de faire beaucoup de bénéfices et par conséquent de meubler mon salon de coiffure ».

« Je suis vendeuse de poisson fumé. J’avais l’habitude de m’approvisionner auprès d’une autre dame et ceci me revenait très cher. Mais aujourd’hui, grâce au programme, j’ai pu avoir suffisamment de ressource pour m’approvisionner directement au bord de la lagune et  fumer moi-même le poisson. Je participe également à l’éducation de ma fille qui était à la maison. Ma vie au foyer s’est améliorée et je me sens épanouie », déclare Jeanne, bénéficiaire à Cotonou.

Pour le directeur du Fonds national de la microfinance Jean Comlan Panti, « la pauvreté et le chômage sont deux menaces permanentes majeures pour la paix durable et la stabilité de l’humanité…Personne ne doit ignorer cette réalité et chaque acteur, en fonction de son positionnement stratégique, de ses avantages comparatifs et de ses moyens, se doit à sa manière de contribuer à les combattre dans un élan de conviction, de détermination et d’innovation. Ainsi, les acteurs du système financier ne doivent pas se faire prier pour jouer leur partition, car sans paix, point d’affaires et sans affaires, point de profit ».

La vision ici étant notamment de construire dans le pays, un secteur financier solide répondant aux normes internationales et respectant les standards de l’espace de l‘Union économique et monétaire ouest-africain (Uemoa), aux dires du directeur général du Fnm.

Très satisfaite du travail abattu jusque-là, Mme Françoise Assogba, ministre de la Micro finance, de l’Emploi des jeunes et des femmes, a récemment exhorté les travailleurs du Fnm au cours d’une descente sur le terrain, « à porter le Fnm à un niveau plus élevé. En finançant par exemple l’agriculture pour garantir de l’emploi à la jeunesse ».

Grâce aux effets économiques du programme, on assiste à une augmentation des revenus du ménage, sous la direction de la femme, ce qui contribue à l’amélioration du bien-être familial.

Les femmes arrivent à contribuer aux charges familiales telles que, la scolarisation des enfants (55 % des cas) ; la prise en  charge des besoins de santé (42 %) ; l’amélioration de l’état nutritionnel (52 %) ; l’amélioration de l’état de logement (le revêtement du sol de l’habitat (37 %)) et l’accès à l’eau potable (32 % des cas).

Même si le secteur de la microfinance au Bénin a connu par le passé des performances remarquables pendant plus d’une décennie, il brille aujourd’hui par un dynamisme qui ne saurait occulter tout de même quelques manquements, quelques entorses à l’orthodoxie financière, à l’éthique et à la déontologie. Vivement des mesures pour assainir un secteur qui constitue tout de même, un créneau porteur voire une niche par ces temps de grisaille. Afin que ce beau ne soit pas galvaudé et dévoyé pour devenir un vulgaire outil aux mains des politiques.