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L’apport des migrants africains à leur pays d’origine

L’assistance financière des migrants africains à leur pays d’origine à travers les transferts d’argent à destination de la famille, des amis et des partenaires a connu une augmentation considérable, ces derniers temps. Et pour cause.

« Sur la période 2004-2008, les transferts de fonds des migrants béninois se chiffrent à plus de 100 milliards de francs Cfa par an». Ce constat révélateur est de Carmela Godeau, directrice régionale de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), le 30 octobre 2012. En effet, ces dernières années, les Béninois, comme beaucoup d’Africains expatriés, ont contribué à la floraison des agences de transfert d’argent, tant la demande de ce service est grande.

En 2012, 30 millions d’émigrés africains ont envoyé pratiquement 60 milliards de dollars, soit environ 27 mille milliards de francs Cfa, à 120 millions de bénéficiaires, soit un dixième de la population du continent. L’experte déplore cependant que la quasi-totalité de ces fonds servent aux besoins primaires et sociaux des familles.

C’est le cas de Justin, qui reçoit régulièrement des sous de sa tante partie en France il y a dix ans : « c’est elle qui s’occupe de moi. Les parents n’ont pas assez de moyens. Alors tous les mois, elle nous fait un transfert. C’est dans cet argent que je prends une part pour mes études, et mes parents gèrent le reste pour les factures d’eau et d’électricité, la ration alimentaire. Leurs revenus seuls ne leur permettant pas de tout assumer à la maison. »

Comme Justin, ce sont des millions d’Africains qui bénéficient des largesses matérialisées par les transferts d’argent de leurs proches et autres connaissances vivant à l’étranger. Même si certains de ces transferts sont le fruit d’escroqueries par Internet ou autres moyens illicites, la majorité est destinée à aider la famille restée au pays ou dans une moindre mesure les amis.

Au Bénin, la croissance récente du nombre d’agences de transfert d’argent, en partenariat avec des banques, est une preuve de l’ampleur du phénomène. Western Union, Money gram et Express Union sont les principaux acteurs de ce domaine, auxquels on ajoute la poste et les coopératives d’épargne, très actives dans les sous régions africaines, notamment dans les zones enclavées.

Que ce soit pour envoyer ou recevoir de l’argent, les coûts varient selon la destination et selon l’opérateur. Pour résumer, ils se chiffrent généralement de 1500F Cfa à pour des petites sommes à l’intérieur du pays à des dizaines de milliers de francs pour des grosses sommes à destination d’autres  pays.

Des frais qui devraient bientôt être revus à la baisse d’ici à 2014, selon les conclusions du sommet du G20 à Cannes en France en octobre dernier : « Ramener le coût des transferts à 5% du montant transféré par rapport au niveau moyen actuel de 12,4% restituerait 4 milliards de dollars aux migrants africains et à leurs familles », constate les observateurs experts de la question. C’est le cas de l’Observatoire international des transferts de fonds des migrants des pays les moins avancés (Oitfm-Pma), dont le Béninois Eric Adja est le directeur général. Pour lui, l’attachement des expatriés à leur pays d’origine est le gage d’une pérennisation du phénomène de transfert d’argent. Car rappelons-le, outre l’aide à la famille et les autres raisons citées ci-dessus, les transferts servent aussi à investir localement : maisons, entreprises, etc. Ce qui amène le gouvernement béninois à se pencher sur la question pour envisager des possibilités d’une meilleure orientation de ces ressources.

La progression des transferts d’argent au Bénin est palpable. Des chiffres du ministère du Développement révèlent que l’envoi de fonds à destination de ce pays est passé de la vingtaine de millions de dollars US en 1975 à 35 millions en 1985, puis à 100 millions de dollars en 1995, environ 160 millions en 2005 et 200 millions de dollars en 2007, soit environ 100 milliards FCfa. Et pour les dernières années, les statistiques de la Banque mondiale parlent de 207 025 261 dollars reçus au Bénin via les transferts d’argent en 2008, 125 950 289 dollars reçus en 2009 (petite régression), 139 433 079 dollars en 2010, 184 595 683 dollars en 2011, soit environ 83 068 057 350 FCfa. On constate donc une augmentation sur la période 1975-2007, tandis qu’il y a eu un ralentissement au cours des cinq dernières années. Toujours est-il que les agences de transfert d’argent multiplient au Bénin et rivalisent dans la baisse des coûts de leurs prestations.

Quelques statistiques à titre d’éclairage

LAfrique subsaharienne est la destination la plus coûteuse du monde en matière de transfert d’argent : les frais moyens de transfert depuis l’étranger ont atteint 12,4 % en 2012. Le coût moyen des envois vers l’ensemble de l’Afrique avoisine 12 %, un taux supérieur à la moyenne mondiale (8,96 %) et près de deux fois plus élevé que le coût des transferts de fonds vers l’Asie du Sud, qui bénéficie des tarifs les plus faibles au monde (6,54 %).

C’est en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Ghana qu’ils sont les moins avantageux : ils se montent respectivement à 20,7 %, 19,7 % et 19 % en moyenne, en raison de divers facteurs, dont la faible concurrence qui prévaut sur le marché des transferts de fonds internationaux.

Selon les dernières estimations de la Banque mondiale (décembre 2011), les transferts de fonds des migrants vers les pays en développement représenteraient 351 milliards de dollars en 2011, en hausse de 11% par rapport à 2009.

En dépit de la conjoncture économique mondiale, la Banque mondiale prévoit par ailleurs une poursuite de la croissance des transferts, qui devraient atteindre 515 milliards de dollars en 2014, dont 441 milliards vers les pays en développement.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde), les sommes transférées sont essentiellement consacrés aux dépenses d’éducation, de santé, de consommation courante. Les transferts d’argent des migrants jouent un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté et sont un enjeu majeur du financement du développement, aux côtés de l’aide publique au développement mondiale (plus de 133,5 milliards de dollars en 2011.

La Banque mondiale estime à 25,9 milliards de dollars US le montant des transferts reçus par les pays les moins avancés (Pma, 48 pays, dont le Bénin fait partie) en 2010.

Les flux de fonds devraient atteindre, pour l’année calendaire en cours, 351 milliards de dollars vers les pays en développement et 406 milliards de dollars pour l’ensemble du monde, pays à revenus élevés compris, selon un rapport récemment actualisé de la Banque mondiale sur les migrations et les envois de fonds dans le monde. D’après les estimations pour l’année 2011, les principaux bénéficiaires des transferts de fonds officiellement enregistrés sont l’Inde (58 milliards de dollars), la Chine (57 milliards de dollars), le Mexique (24 milliards de dollars) et les Philippines (23 milliards de dollars).

Le Togo est devenu en quelques années le troisième pays de la zone Uemoa par l’importance des transferts de fond de ses migrants, après le Sénégal et le Mali, et devant le Bénin et la Côte d’ivoire.

 

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Un marché de nuit dans l’informel

Le marché de Gbodjo abrite une diversité de vendeuses spécialisées dans le petit commerce. Ce qui facilite la tâche aux noctambules et autres amoureux des emplettes du soir.

Il est 16 h 34 minutes à Gbodjo, un quartier de l’arrondissement d’Abomey-Calavi , situé au bord de la voie inter-état Godomey – Allada à dix kilomètres environ de l’échangeur. Déjà des vendeuses s’activent à installer leurs étalages avec diverses marchandises. Pendant que d’autres débarquent avec des cartons sur la tête pour procéder au même exercice. Certains étalages bien achalandés offrent déjà à la clientèle divers condiments et épices, exposés au soleil en attendant la tombée de la nuit. Les vendeuses de poisson arrivent de plus en plus. A 17h30, des étalages de poisson encombrent l’entrée principale du marché. A la joie des bonnes dames venues se ravitailler en poisson frais. Les plus nanties se ruent les premières sur les étalages pour faire le tri afin d’obtenir des poissons de bonne taille pour le repas du soir. Les coûts varient d’une vendeuse à l’autre, selon la grosseur et la quantité. Bien que certaines trouvent les poissons un peu chers, cela ne les empêche pas d’en acheter pour la bonne marmite du soir. Pour Francine, « il y a un peu de tout dans ce marché. La seule chose est que les poissons coûtent plus chers ici, mais je suis obligée d’en prendre puisque j’en ai besoin ».  Quelques heures plus tard, à vingt-deux heures une les vendeuses commencent par ranger leurs étalages. L’affluence diminue. L’éclairage des lampions baisse. Tour à tour, les vendeuses prennent le chemin de leur maison quitte à revenir le lendemain liquider le reste de leurs marchandises.

Un marché de bouffe

A en croire dame Ahmdath, « le marché commence à partir de 14 h. On y trouve du poisson frais d’excellente qualité, des fruits et légumes, des épices, en tout cas tout ce qu’il faut pour faire de la cuisine. Ce marché existe il y dix sept ans déjà ». Un marché informel ancré dans les habitudes des riverains qui en ont fait leur source d’approvisionnements. L’absence d’infrastructures en matériaux définitifs à l’intérieur du marché en dit long sur le manque de volonté politique des autorités locales, pour conférer à ce centre, tous ses attributs. Ainsi, l’exposition aux aléas climatiques de l’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit est révélatrice de la souffrance des bonnes dames qui tirent leur sources de revenus dudit marché. « Les autorités sont conscientes de l’existence de ce marché pourtant nous avons des difficultés », déplore dame Ahmdath. La diversité de la clientèle de ce marché fait que les vendeuses trouvent leur compte en dépit son statut informel. L’idée de sa formalisation se précise de plus en plus.  « C’est ici que plusieurs personnes viennent faire les emplettes à la fin de la journée. L’endroit n’est pas définitif, nous l’occupons à défaut du mieux. Depuis que le marché existe nous faisons notre possible pour rencontrer les autorités, mais les problèmes persistent. Le manque de hangar et l’exiguïté de l’emplacement constituent les difficultés de l’heure que nous subissons » confie une vendeuse au cœur meurtrie. L’ouverture d’esprit du maire donne un peu plus d’espoir à cette couche de la population désireuse de faire du marché, un patrimoine de la commune. « Nous avons discuté plusieurs fois avec le Maire qui a promis faire quelque chose. Mais il nous demande un peu plus de patience », ajoute une vendeuse de condiments. Pour maman Dosso, « je suis ici, il y a longtemps et je vends les condiments. Ce marché est un marché ancien et plusieurs personnes viennent y faire leurs emplettes. On y trouve un peu de tout pour le garde à manger. Nous  avons des difficultés pour la construction des abris, certes. Nous sommes exposées au soleil et à la pluie. Mais nous ne désespérons pas que les autorités locales nous aident à mieux installer, un jour ».Surtout que nous avons mis en place un syndicat pour la défense de nos intérêts. La naissance du syndicalisme est la base des démarches avec les autorités locales. La mise à disposition des agents collecteurs des impôts et taxes donne un sens au marché. « Avec la création de notre syndicat,  les rencontres avec le maire se multiplient dans l’optique de trouver des solutions adéquates à nos problèmes. C’est au vue de cela que nous avons bénéficié de la présence des collecteurs de taxes. Ils ont commencé le travail, il y a deux mois environ. Par jour ils sont à plus de quatre mille francs  Cfa, environ 8 euros».

Une installation à polémique

marché de nuit

Une vendeuse devant son étalage

Marché de nuit

Marché de nuit de Gbodjo à Abomey-Calavi

Le marché de nuit de Gbodjo que d’aucuns qualifient ‘’d’un regroupement de femmes faisant leur commerce au bord d’une route principale’’, est loin de faire l’unanimité au sein de l’arrondissement de Calavi. Pour ceux et celles qui y trouvent les revenus pour la  subsistance de leurs familles, la mairie devrait régulariser cette occupation anarchique du domaine public. Tandis que d’autres espèrent qu’il s’agit d’une violation des lois de la république qu’il faudra sanctionner. A en croire l’un des tenants de cette thèse, « il ne s’agit pas d’un marché mais d’une installation anarchique puisque dans un marché, il faut des hangars. Cette situation n’honore guère les riverains ». Pour ce dernier, le marché de Gbodjo est localisé dans un bas fond et les femmes ne pouvant s’installer sur ce lieu insalubre et impropre à l’occupation, se sont refugiées à cet endroit au vu et au su de tous. Selon Razak Kaffo, le responsable du marché, « les femmes trouvent beaucoup plus de clientèle à cet endroit à cause de son accessibilité. Alors que si elles étaient restées au niveau du bas fond, difficile d’accès et insalubre, elles verraient de rares acheteurs ».

« Le marché de nuit de Gbodjo existe il y a dix sept ans déjà. Entre temps les vendeuses ont été transférées dans le bas fond successivement à trois reprises et cela n’a pas marché. C’est parce que, « rien ne marche dans le bas-fond que les gens se sont refugiées ici et à chaque fois qu’elles s’installent en ce lieu, l’affluence est remarquée ». Le marché de Gbodjo s’anime dans la soirée et c’est ce qui fait sa spécificité. « C’est le marché même qui se crée », lance le responsable du marché. Pour celui-ci, « il y a des marchés à Calavi qui ne s’animent pas parce que l’emplacement choisi n’est pas adéquat. Il faut donc revoir la stratégie de mise en place des marchés locaux ». Conscient de l’exiguïté du lieu les riverains ne pensent pas accepter d’autres vendeuses pour ne pas encombrer la voie et le trottoir. « Les femmes viennent demander des places mais compte tenu du caractère restreint et du manque d’emplacement, elles ne peuvent être installées. Nous avons souhaité que le maire achète une parcelle au bord de la route pour nous installer. Ce qui nous  permettrait de garder leur clientèle », se lamente Razak.  Qui déplore « la cherté des parcelles à Calavi et surtout aux abords de l’axe de la route inter-état ». Ce qui ne facilite pas la tache aux autorités communales dans leur volonté manifeste de trouver une solution aux problèmes des femmes du marché de Gbodjo.

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Les « occasions venues d’Europe’ ont le vent en poupe au Bénin

Après l’essor de la vente des véhicules d’occasion dits « venus de France » et autres accessoires, c’est le tour des objets usagés pompeusement baptisés « occasions venues d’Europe » de bénéficier de l’engouement d’un public friand des occasions. 

Le marché de l’occase a pignon sur rue dans les villes et campagnes du Bénin. Le brocanteur européen le plus avisé, se perdrait facilement dans le bric à bac du vendeur d’objets d’occasion sous nos cieux. Et pourtant, c’est de ce fourre tout d’articles usagés, hors d’âges, que d’importantes ressources sont dégagées après des transactions avec des clients, satisfaits de leurs acquisitions. C’est à y perdre son latin. Mais à  l’instar de ce jeune entrepreneur adepte des occasions, Yves-Lambert., qui«avoue ne s’habiller qu’avec de la friperie, de premier choix. Sa voiture est venue de France, tout comme sa télé, son réfrigérateur et son four à micro onde… ». Il faut savoir raison garder. Car, tout comme lui, ils sont des milliers à ne jurer que par les occasions, la friperie, morosité économique oblige.

Bousculade autour du « premier choix »

Dans une maison située non loin du stade de l’Amitié de Cotonou, aux abords du Ceg Zogbo, est ouvert un grand magasin qui occupe une place de choix dans la vente de l’électroménager, du matériel informatique, des vélos et autres objets d’occasion. Le maître des lieux, un  Tchadien d’une quarantaine d’années a lancé ce commerce avec de petits moyens il y a quelque temps. Mais aujourd’hui, il paraît satisfait et affiche la sérénité de l’homme d’affaires prospère. Aujourd’hui, le magasin s’étend à toute la maison, des centaines de vélos tout terrain sans roue avant ainsi que d’autres objets, sont exposés à sa devanture. . A l’intérieur, le magasin tout aussi bien achalandés d’articles d’occasion divers, estampillés de l’inscription « prix abordable », atteste de la santé financière du propriétaire.

A l’arrivé de chaque conteneur d’articles, ce magasin est pris d’assaut par d’autres vendeurs de moindre importance. Le spectacle est étonnant, chacun veut avoir le meilleur article « premier choix » sorti du conteneur. Ce qui donne lieu à des bousculades, empêchant parfois les manœuvres de décharge des articles impatiemment attendue par la foule nombreuse qui s’est déplacée.

C’est dans les années 2000 que le marché de l’occasion a connu un boom prodigieux et le nombre des acteurs intervenant dans ce secteur d’activités jusque-là peu connu du grand public, a pratiquement doublé du jour au lendemain. Ainsi, à tous les coins de rue, on rencontre désormais un vendeur de des articles d’occasion à des « prix imbattables », comme ils se plaisent tous à le dire.. « Le   problème avec ce commerce, affirme un employé travaillant dans l’équipement immobilier, c’est que dès que les gens sentent un bon créneau, ils s’y jettent tous. Créant l’embouteillage ».  Surtout qu’il faut peu de choses pour s’établir dans ce secteur : un capital de départ, un magasin ou une boutique en location, un petit personnel, une dénomination pour l’entreprise – le plus souvent quelques initiales – et bien évidemment un registre de commerce et des fournisseurs en Europe…

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L’espoir des spoliés de l’affaire de placement illégal d’argent vire au cauchemar

Affaire Icc services et consorts

Affaire Icc services et consorts

Le grand espoir suscité, il y a quatre ans, par la décision du gouvernement béninois de récupérer les avoirs des victimes de l’affaire dite Icc services et consorts, tourne visiblement au cauchemar.

« Les responsables de Icc services, de par leur mauvaise foi manifeste, ne veulent pas sortir la liste de leurs déposants en même temps qu’ils contestent la liste issue du recensement et le montant. Cela nous mène à une impasse ». Le cri de détresse de Sévérine Lawson, présidente du comité de suivi sonne du moins comme un aveu d’échec retentissant du gouvernement dans sa tentative de sauver les avoirs des Béninois spoliés par les agences illégales de placement d’argent. A la démarche de règlement amiable entreprise par l’Etat, les dirigeants de Icc services opposent une bataille juridique qui consume les derniers espoirs des épargnants de recouvrer leurs dépôts, quatre ans après les promesses gouvernementales. Gérard Accrombessi, l’une des victimes, dit avoir eu le ventre mou à l’écoute des jérémiades de l’Agent judicaire du Trésor devant les caméras des télévisions locales. « Ces gens-là nous prennent pour des cons. Plus les jours passent, plus je me rends que l’espoir de retrouver mes sous est vain », confie-t-il affligé. Tout comme les 750 000 francs Cfa qu’espère Gérard, son copain Christophe Dégbé semble ne plus entretenir aucune illusion sur les 350 000 francs Cfa que lui doit l’agence Icc services. «J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait d’une promesse électoraliste. Le KO est déjà arrivé, Yayi est passé à autre chose. Tout ce qu’on vient nous dire à la télé n’est que de la comédie », se désole-t-il.

La bataille judiciaire en question
Quid de la procédure judiciaire en cours ! Plus grand-chose à attendre d’un procès improbable, à leurs yeux, la volonté des responsables de Icc services d’amener le comité de suivi à l’usure étant manifeste. « Ils veulent miser sur les délais, les règles de procédures. On peut dire, le maximum de la peine est de 10 ans, quand ils vont passer dix ans en prison, sur le plan droit, on ne peut plus les maintenir en prison », avait confié à la presse Sévérine Lawson en personne. Mais là où la procédure judiciaire laisse perplexes de nombreux spoliés, c’est la libération sous caution de certains responsables de Icc services. Même si on estime que ces derniers ont joué un rôle secondaire dans le scandale, leur sortie de prison ne leur donne guère l’assurance que la justice va accélérer la procédure pour ouvrir un procès dans les meilleurs délais.
Dans certains milieux de droit, des indiscrétions soulèvent la possibilité pour le juge de remettre en cause une série d’initiatives prises à l’encontre des agences de placement illégales, jugées sans aucun fondement juridique. Il s’agit notamment de la saisie et la vente des biens des responsables des agences de placements et de leurs agents sans aucune décision judiciaire. Aujourd’hui, bien qu’il ait pu mobiliser 1,3 milliards de francs Cfa à partir des biens et ressources saisies, le comité de suivi se retrouve dans l’impossibilité de payer les spoliés sans l’accord des responsables de Icc services. Ce que la présidente du Comité considère comme une mauvaise foi n’est visiblement que la manifestation de la primauté de la procédure judiciaire sur toutes les scénarii pensés par l’Etat pour voler au secours des spoliés. L’impuissance de Sévérine Lawson se justifie d’ailleurs par l’appel pressant qu’elle-même lance afin que la justice appuie sur l’accélérateur afin qu’on oppose à Guy Akplogan et compagnies un règlement forcé. En attendant, les spoliés continuent de souffrir le martyr tout en redoutant que l’espoir suscité par les bons offices du gouvernement, il y a quelques années, ne tourne définitivement en une désillusion épouvantable.

Au Bénin, l’Etat part en guerre contre les trafiquants d’essence

Kpayo

un convoyeur d’essence de contrebande ou « Kpayo’

Au Bénin, le pouvoir vient de déclencher une guerre contre les acteurs de l’essence de contrebande, ou « Kpayo ». Le but du gouvernement est de contraindre le trafiquants à tourner le dos à des activités hautement préjudiciables pour l’économie nationale, l’environnement et la santé.  D’ici le 12 décembre, plus aucun vendeur d’essence « Kpayo » ne doit arpenter nos rues. Un ultimatum qui fait réfléchir quand on sait que durant des années, ce même pouvoir a pudiquement fermé les yeux sur ce trafic, pour des considérations diverses.

Et pourtant, les effets néfastes de la vente illicite du « Kpayo » sont bien connus. Le trafic alimente, de sources concordantes, plus de 85% du réseau de distribution de l’essence, avec un chiffre d’affaires annuel compris entre 600 et 700 milliards de francs Cfa échappant complément au fisc. Par ailleurs, plus de 120 millions de litres d’essence de contrebande sont vendus chaque jour au Bénin au bord des rues contre seulement 1,5 millions de litres par jour dans les stations services.

Si des milliers de Béninois en profitent puisque ce trafic leur permet d’obtenir de l’essence à bas prix, le commerce illicite de l’essence crée d’énormes manques à gagner pour l’Etat, en raison des pertes d’exploitation des compagnies agréées et des précédents environnementaux et sécuritaires graves, du fait des mauvaises conditions de transport et de vente du produit. Les pertes fiscales de l’Etat sont ainsi évaluées à plus de 175 milliards de francs Cfa par an.

Au regard de ces statistiques, on pourrait s’interroger en toute légitimité sur les motivations qui sous-tendent cette longue léthargie des gouvernants. Surtout qu’en 2007, la Commission de lutte contre le marché informel de l’essence avait tiré la sonnette d’alarme et les autorités politiques nationales au plus haut niveau avaient promis une reconversion d’activités aux acteurs de la filière, dans l’optique de sa suppression. Dans  la foulée, des plans de reconversion furent même  élaborés. Sans suite, hélas ! Face au poids du puissant lobby de l’essence frelatée sur l’échiquier politique national, le pouvoir a préféré battre précipitamment en retraite. La suite, on la connait.

La vente de l’essence de contrebande aux abords des rues, réponse sociale au marasme économique des années 1980, à l’instar du phénomène des zémidjan, n’a plus droit de cité dans notre pays. Le pouvoir n’en veut plus. Il a déjà du renflouer les caisses de la  Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) à hauteur de trois milliards de francs Cfa, histoire de lui éviter de mettre la clé sous le paillasson.  Comme le gouvernement entend rentrer dans ses fonds, l’assainissement du marché devient dorénavant incontournable. Le pouvoir intègre cette réalité à ses priorités, et déclenche les hostilités, sans tenir compte des effets collatéraux inévitables dans ce genre de conflit. Encore qu’en dehors de Cotonou, Porto-Novo et environs, dans le Mono, le Couffo, le Zou et ailleurs, rien n’a véritablement bougé : le Kpayo a encore droit de cité et circule librement comme si de rien n’était.

Toute la question autour de cette problématique est d’évaluer le degré de détermination de l’Etat à en finir avec ce phénomène. Au-delà des élémentaires questions de sécurité et de manque à gagner que pose un tel commerce, c’est la crédibilité même de l’Etat qui est mis en permanence à épreuve. Aucun gouvernement depuis l’éclosion de ce commerce honteux n’a pu conduire à bout l’offensive, acceptant ipso facto la fatalité d’une pratique qui serait plus forte qu’une telle crédibilité.

Si l’engagement du chef de l’Etat est encore du registre de ces poudres circonstancielles dont l’on affuble  le visage de l’opinion et que l’on a eu tôt fait de faire essuyer par le temps et ses contraintes, alors point n’eût été nécessaire de commencer. C’est au baromètre de l’engagement anti-Kpayo que l’on mesurera la capacité du pouvoir à amorcer d’autres réformes nécessaires et à les achever.

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Le dialogue de sourds reprend dans le dossier du placement illégal d’argent au Bénin

La présidente du Comité de suivi chargé du remboursement des spoliés, Sévérine Lawson, est véritablement en courroux contre les responsables d’Icc Services qui visiblement, lui donne du fil à retordre, en donnant dans du dilatoire.

Dire que les déposants d’Icc. Services attendent impatiemment d’être remboursés relève d’un secret de polichinelle. Mais les derniers développements du dossier risquent de faire durer davantage leur attente. Sévérine Lawson, présidente du Comité de suivi missionné par le gouvernement pour organiser le remboursement des spoliés a fait part le 3 décembre 2012, de la mauvaise dont fait preuve les responsables d’Icc Services qui détient la part importante des épargnants spoliés. «Tout allait très bien avec une collaboration franche et nous étions persuadés qu’au bout de quelques mois, le dénouement allait être amorcé jusqu’au jour où un nouvel avocat a surgi pour s’opposer à tout ce qui se faisait au niveau du Comité de suivi. Aujourd’hui, nous avons pu mobiliser par les diverses ventes sur saisis, pour le compte d’Icc Services, environ 1,3 milliards de francs Cfa. Si cela ne tenait qu’au Comité de suivi, cette somme devrait être répartie aux déposants qui ont des montants inférieur ou égal à cent mille. Mais les responsables d’Icc, de par leur mauvaise foi manifeste, ne veulent pas sortir la liste de leurs déposants alors qu’ils contestent au même moment la liste issue du recensement et le montant des épargnants. Cela nous mène à une impasse », tempête-t-elle. Sévérine Lawson, que les responsables de Icc tentent visiblement d’amener à l’usure, dénonce surtout le black-out qu’oppose cette agence à la démarche de règlement à l’amiable préconisé par l’Etat afin que les épargnants des structures illégales de placement d’argent puissent rentrer rapidement dans leurs fonds. D’autant qu’au niveau de la justice, le dossier ne connaît pas une avancée réelle. Mieux, certains responsables d’Icc écroués depuis le début de l’affaire ont été libérés au grand dam des épargnants. «Nous devons repenser la gestion de ce dossier sur le plan administratif tout en espérant que la justice va accélérer la procédure.  Car face à des gens qui s’opposent à un règlement amiable, il faut leur opposer un règlement forcé et ce règlement forcé, c’est la décision de justice qui sera exécutée contre eux. Nous sommes dans l’espoir que la procédure judiciaire va s’accélérer pour qu’enfin, il y ait un procès », martèle l’Agent judiciaire du Trésor qui ne sait plus aujourd’hui à quel saint de vouer.

 

Panneau indicateur de Zone franche industrielle
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Triste destin pour la Zone franche industrielle du Bénin

Dix ans d’aménagement pour une seule société opérationnelle ! Bilan catastrophique pour la Zone franche industrielle (Zfi) dont la création avait suscité beaucoup d’enthousiasme, en son temps. Comme le dirait l’autre, en matière de promotion industrielle, circulez, il n’y a rien à voir !

Lorsqu’on dépasse le carrefour de Porto-Novo en direction de la frontière de Sèmè-Kraké, on est souvent consterné face au triste spectacle qu’offre le site de la Zone franche industrielle (Zfi). Hormis la grande clôture érigée pour protéger le domaine de 40 hectares aménagés par le gouvernement béninois, l’intérieur donne l’image d’un champ en friche qui attend impatiemment l’hivernage. Quelques rares bâtisses dispersées dans la broussaille témoignent sans doute de la présence de quelques entreprises signalées au début qui se sont rebiffées par la suite, faute d’un environnement propice et attrayant. Pourtant, il y a dix ans, la décision de l’Etat de faire de ce périmètre, la nouvelle cité industrielle du pays avait suscité beaucoup d’enthousiasme.

Pour concrétiser son ambition, le président Mathieu Kérékou, en son temps, avait créé une agence de gestion de la Zone franche industrielle, sous le sceau du partenariat public-privé. Un capital social de deux milliards de francs Cfa porté par l’Etat, la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib) et un pool d’opérateurs privés séduits par le projet a été constitué. Mais le caractère mixte de l’agence n’a pas pu échapper à la bureaucratie légendaire de l’administration béninoise aux antipodes du credo de l’investisseur pour qui « le temps, c’est de l’argent ». In fine, les nombreuses entreprises annoncées tambours battants n’ont pas été au rendez-vous. Marché de dupe conclu ou simple repli stratégique ? Aujourd’hui, une seule unité de production opère vaille que vaille, sur le site, dans un contexte d’exploitation n’offrant pas une garantie de développement à long terme.

Des avantages malgré tout

Pourtant, les avantages douaniers et fiscaux qu’offre, a priori, la Zfi a de quoi fouetter le chéquier de l’investisseur potentiel. Les entreprises agréées au régime de la Zfi bénéficient à l’importation, et à compter de la date de l’agrément, de l’exonération des droits et taxes (à l’exception de la taxe de voirie) sur tous le matériel devant intervenir dans la mise en place et le fonctionnement des unités de production. Une réduction de 60% de ces mêmes droits et taxes est accordée sur les véhicules utilitaires acquis par l’opérateur. S’agissant des avantages fiscaux, les entreprises disposeront entre autres d’une exonération de l’impôt sur le Bic (Bénéfice industriel et commercial) pendant les 10, 12 et 15 premières années à compter de l’agrément ainsi que l’exonération de la Tva (Taxe sur la valeur ajoutée) pendant la durée de l’agrément sur les livraisons de produits semi-ouvrés, les emballages, les livraisons faites à soi-même dans la mesure où elles s’intègrent au processus de production, les travaux et services fournis. Mieux, les promoteurs de la zone évoquent une réduction du coût des facteurs de production à travers une autonomie dans la production de l’énergie, l’adduction d’eau ainsi que le réseau de télécommunications.

 

La Zfi du Bénin

La zone franche industrielle (Zfi) du Bénin

Lacunes structurelles

Mais le peu d’intérêt que les investisseurs accordent à ces avantages se trouvent en réalité dans l’incapacité du Bénin à résoudre les problèmes structurels de facteurs de production qui annihilent ses avantages comparatifs. Le plus criard reste son déficit énergétique légendaire. « L’énergie du Bénin et son coût ne permettent pas au pays de disposer d’industries capables d’affronter la compétitivité au niveau international », commente un expert spécialiste des questions d’investissement. Du coup, en dépit de la proximité du pays avec le géant nigérian, riche d’un marché de près de 200 millions de consommateurs, le coût élevé des facteurs de production (énergie, eau, télécommunication) continuent de plomber l’investissement direct étranger. A cela s’ajoute l’environnement juridique, constitué d’un code des investissements totalement désuet par rapport à la vision d’émergence à laquelle s’accrochent les nouvelles autorités du pays. La preuve en est le 175è rang décerné au Bénin, dans le classement Doing Business 2013 de la Banque mondiale. « Pour régler le problème de la Zfi, il faut revoir de fond en comble l’ensemble des goulots d’étranglement à l’investissement au Bénin », poursuit l’expert qui gage sur les bonnes résolutions de la table-ronde secteur public- secteur privé pour aider le Bénin à changer de paradigme.

 

véhicules d'occasion au Bénin
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Le commerce déclinant des véhicules d’occasion au Bénin

Gros contributeur aux recettes douanières béninoises, le secteur des véhicules d’occasion connaît ces dernières années des difficultés liées notamment à la chute de la demande en provenance du Nigeria. Un souci réel pour le trésor public béninois foncièrement affecté par la chute du trafic de ces véhicules communément appelés « Venus de France ».

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essence de contrebande
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Le micmac de l’essence de contrebande ‘‘kpayo’’

L’essence de contrebande communément appelé « kpayo » au Bénin fait toujours parler d’elle. En dépit des efforts du gouvernement  d’éradiquer la commercialisation de ce produit préjudiciable à l’économie nationale, l’essence frelatée a toujours pignon sur rue, requinquée par l’impuissance des autorités politico-administratives et la complicité de ses consommateurs.

Le visiteur qui débarque pour la première fois à Cotonou est tout d’abord frappé par deux choses : les motocyclistes en uniformes jaunes, communément appelés Zémidjan ou taxi-motos, et la vente de l’essence frelatée au bord des trottoirs. Si les deux phénomènes trouvent leur essence dans la réponse sociale au marasme économique des années 1980, les effets néfastes de la vente illicite de l’essence frelatée sur l’économie et la sécurité des populations ont souvent dicté aux gouvernements successifs l’obligation de lui livrer une guerre sans merci. Mais le lobbying politique qui encadre l’activité et son poids dans l’économie informelle du pays ont souvent obstruée les initiatives gouvernementales. Profitant du prix relativement bas de l’essence au Nigeria, pays producteur du pétrole qui subventionne le carburant, les trafiquants importent souvent ce produit par la voie de la contrebande, créant ainsi de la concurrence déloyale au marché formel. Une récente étude de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) l’atteste à merveille. Le ‘‘kpayo’’ qui emploie environ 50 000 personnes, alimente plus de 85% du réseau de distribution de l’essence, avec un chiffre d’affaires annuelle compris entre 600 et 700 milliards de francs CFA qui échappent complément au fisc. Plus de 120 millions de litres d’essence frelatée sont vendus chaque jour au Bénin au bord des voies contre seulement 1,5 millions de litres par jour dans les stations services, confie Donald Eme­ran, directeur général de la Société pétrolière Mrs. Si des milliers de Béninois en profitent dans la mesure où l’activité permet au consommateur national d’avoir de l’essence à bas prix, le commerce illicite de l’essence crée d’énormes manques à gagner à l’Etat, des pertes d’exploitation aux compagnies agréées et des précédents environnementaux et sécuritaires graves du fait des mauvaises conditions de transport et de vente du produit. Les pertes fiscales de l’Etat sont évaluées à plus de 175 milliards de francs CFA par an.

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Des efforts pour combattre en vain un trafic illicite

Février 2009. Une série d’incendies occasionnés coup sur coup par des transporteurs en vrac de l’essence frelatée ou ‘‘kpayo’’ fait beaucoup de morts à Cotonou. Pour un Etat qui se respecte, on ne saurait tolérer cette activité informelle, qui plus est, constitue une menace constante d’insécurité pour la population.

Le gouvernement profite alors de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. Mais de l’autre côté, les revendeurs du ‘‘kpayo’’ font passer également le litre à la table à 325 francs CFA, voire 300, le marché nigérian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimé à la tendance baissière du marché international. Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer les ‘‘Koweït ci­ties’’ (dépôts clandestins d’essence).

Pour montrer leur force de frappe, les acteurs du ‘‘kpayo’’ déclenchent une grève générale d’une semaine. Les conséquences sont apparues tout de suite : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du ‘‘kpayo’’, la situation est encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un verre d’eau. Mais, en lançant son opération coup de poing, le gouvernement savait pertinemment qu’il n’avait pas les moyens de sa politique. Car, il n’est pas à son premier coup. En 2006, la même opération s’est soldée par un fiasco. L’Etat avait été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour créer des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quand aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station. La suite, on la connaît.

Le salut viendra-t-il du Nigeria ?

Les spécialistes du secteur sont unanimes à reconnaître que la solution au problème du ‘‘kpayo’’ viendra sans aucun doute du Nigeria. La thèse s’est confirmée, il y a seulement quelques mois. Le 1er janvier dernier, le gouvernement fédéral nigérian a annoncé la fin des subventions sur le carburant. «Les fournisseurs du secteur pétrolier devront désormais fournir des produits et les vendre en accord avec le prix de référence qui sera publié dans les deux semaines sur le site Internet de l’Agence de régulation des prix des produits pétroliers du Nigeria (PPPRA) », indique dans un communiqué de cette agence gouvernementale. Le souci de l’Etat fédéral de mettre fin à ces subventions qui existent depuis des décennies est de dégager des fonds sur les revenus pour améliorer les infrastructures du pays. En 2011, la mesure de subvention lui a coûté plus de 8 milliards de dollars, soit environ 400 milliards de francs CFA. Du coup, le litre d’essence à la pompe a été livré à 140 naïra (environ 500 francs CFA), contre 65 naïra (environ 230 francs CFA), le prix subventionné.

La nouvelle qui a déclenché déjà la fronde sociale du côté de Lagos n’a pas épargné le marché illicite de l’essence au Bénin. Une inflation galopante s’est emparée du prix du ‘‘kpayo’’ qui est passé de 300 à 800 voire 900 francs le litre à Cotonou. Mais après une semaine de grève générale ponctuée de manifestations de rue d’une violence inouïe dans les principales villes du pays, l’Etat fédéral nigé­rian annonce sa décision de réduire de 30% le prix de l’essence à la pompe. Au Bénin, le ‘‘kpayo’’ reprend un léger souffle avec un niveau de prix un peu plus proche de la livraison à la pompe. Mais ce sursis du ‘‘kpayo’’, aux dires des spécialistes ne saurait perdurer d’autant que le Nigeria tient à préserver sa côte auprès des agences de notation qui lui ont relevé sa perspective, au travers des réformes hardies engagées par le président Goodluck Jonathan. Le processus d’assainissement du secteur pétrolier nigérian va donc induire deux conséquences sociales graves au niveau du Bénin. Au-delà de la pression qui va s’exercer sur le prix de l’essence, il s’agira d’abord de compenser, à court terme, le vide que laisserait le commerce du ‘‘kpayo’’ au cas où l’importation frauduleuse à partir du géant de l’Est ne serait pas rentable. Aujourd’hui, le taux de pénétration des stations services dans le pays reste encore faible. L’autre défi, c’est la reconversion des milliers de personnes qui s’adonnent à la vente de l’essence frelatée. Pour l’instant, on n’en est pas encore là. Mais la réflexion mérite d’être engagée.