MAEP/Enquête sur malversations financières et dysfonctionnements

Le Maep devrait servir de référence en matière de gouvernance démocratique, de transparence dans la gestion des affaires des Etats, de moralisation de la vie publique et de bonne gouvernance. Seulement voila, dans les hautes sphères de cette institution de référence, sont tapis quelques individus sans foi ni loi n’hésitant pas à commettre des détournements de fonds et autres actes répréhensibles, sûrs de leur impunité. Eclairage à travers cette investigation inédite et palpitante de Ramata Sore, journaliste engagée.

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Logo du Maep

 

Conflit entre instances du Maep

De nos jours l’efficacité du Maep est remise en cause. Un organe non prévu dans ses documents de base, le Comité  des points focaux, Cpf, met  à  rude  épreuve son indépendance. Selon les textes du Maep, le Forum des Chefs d’Etat est l’organe suprême du Mécanisme. Il en définit les politiques et les orientations générales. Actuellement, sa présidente pour  deux ans, est Ellen  Johnson Sirleaf. Puis viennent ensuite, le Panel des Personnalités  éminentes. Son indépendance est sensée assurer l’intégrité et  la crédibilité  du processus d’évaluation des pays. Quant au Secrétariat, il apporte un appui administratif au Panel et au Comité des points focaux, composé des représentants de chaque pays membres.Ces structures ont fonctionné plus ou moins en harmonie, jusqu’  à ce qu’en 2012,  Mélès Zenaoui, Président du Forum des Chefs d’Etat et son  Point focal ,  pour avoir plus de regard  sur les finances et les actions du Panel,  créent le Comité des Points focaux,  Cpf,  qui par la suite  s’est  érigé  en  organe  de gestion du Maep.  Ainsi “Depuis 2012, le  Panel  n’a  plus en charge les affaires administratives et financières  »  du Maep, affirme Akere Muna, Président du Panel des personnalités éminentes du Maep. Cette nouvelle structure, le Cpf, est constituée de ministres et hauts cadres. Dans leurs différents pays, ils sont des  affidés  du pouvoir en place, donc enclin  à  défendre les  intérêts  des présidents qu’ils représentent au sein du Maep explique cet expert du Maep. Or, ce sont ces politiciens qui supervisent le Secrétariat du Maep, sensé  les  évaluer, poursuit notre interlocuteur.
Mais pour le Mauricien, Joseph Tsang Mang Kin, membre du Panel, la création du Cpf „n’a pas été prévu dans les documents de base du Maep, donc sa création a suscité beaucoup de remous parce qu’il se présentait de part sa composition et ses fonctions comme  juge et partie  dans le processus.“  Désormais, ajoute-t-il, “Le Cpf se considère comme supérieur hiérarchique du Panel qui ne serait qu’un organe technique.” Alors que, bien avant la création du Cpf, le Panel avait la charge de superviser le Secrétariat. Pour  Joseph Tsang Mang Kin, l’imposition du Cpf a porté atteinte à la crédibilité du processus d’évaluation des pays, puisque l’autorité morale et l’intégrité du processus que garantissait le Panel directement nommé par les chefs d’Etat, se sont envolées.  Outre cela,  le Maep ne dispose toujours pas de personnalité juridique. Il fonctionne depuis 2002 sur la base d’un Accord de siège provisoire, précise Akere Muna. Cette situation retarde depuis 10 ans donc l’intégration du Maep  à  l’Union africaine en tant qu’agence. Le Maep, organisation qui voulait se faire chantre des questions de transparence, de participation  des parties prenantes de la société, pour trouver un consensus sur les priorités nationales, est lui-même, impliqué dans le tourbillon de la mauvaise gouvernance

Assefa Shifa, l’Ethiopien par qui le scandale  arriva

C’est en  2006  que le Programme des nations unies pour le développement (Pnud), organisation qui soutient le Maep, affecte Assefa Shifa au  Secrétariat du  Maep. D’abord, il est recruté  comme technicien de gestion de base de données.  Mais déjà,  la Banque de développement sud africaine(Dbsa),  effectuait  cette  tâche, affirment plusieurs sources proches du Maep.
Malgré cela, Assefa Shifa, environ 1m 90 cm, svelte, arrive  à  s’imposer, même s’il est perçu d’emblée  comme un homme inoffensif. C’est un homme doux. Je ne pensais pas qu’il puisse faire du mal  à  une mouche,” se souvient Marie-Angélique.  En fait, assure un partenaire du Maep qui connait très bien ses acteurs, la timidité de ce père de 5 enfants est manifestée  pour  dissimuler le fait qu’il parle un anglais approximatif, pas plus qu’il ne maîtrise le français, l’arabe ou le Swahili. Or, selon les textes du Maep/Ua, parler quelques unes de ces langues est l’une des conditions pour obtenir un emploi au sein de l’institution.  Si acculé, assure un membre du jury qui a assisté au recrutement de Assefa Shifa en 2006 au Maep, cet époux dont l’élégance vestimentaire le dispute  à  la timidité,  sait s’adapter à toute situation.

Votre Cv indique que vous avez occupé des fonctions de direction  à  Ibm et géré un grand nombre de personnes. Mais le poste ici au Maep est celui d’un débutant qui sera appelé  à  toute heure pour dépannage. Etes-vous prêt  à  faire cela ?”  “Je le ferai. Ce que je cherche, c’est du travail, » Assefa Shifa aurait-semble-t-il répondu selon l’ancien membre du jury.

Pour ce dernier, la réponse du candidat Shifa l’avait laissé perplexe: “Comment comprendre qu’une personne qui dit avoir occupé une fonction de Direction  à  Ibm accepte un tel poste?”  Une fois employé, le zèle, dont Assefa Shifa a fait montre lors de son entretien d’embauche tarde à se manifester. Et ses actions en tant que gestionnaire de données se font désirer. La direction du Maep dit n’avoir pas bénéficié de son expertise. D’ailleurs, elle assure que de 2006  à  2008,  et bien après, c’est la Dbsa qui s’est chargée de l’entretien du réseau informatique du Maep. Malgré cela, Assefa Shifa touchait mensuellement son salaire. Et de temps  à  autres, assurait l’intérim, en cas d’absence, du directeur du Maep.
Mais en juillet 2008, après le départ de ce directeur, le Panel des personnalités éminentes, invoque le fait qu’il était le plus âgé du personnel et le désigne, pour trois mois, comme intérimaire. A partir de là, les choses s’enchaînent. Car s’il est timide, Assefa Shifa s’avère très  rusé. En 2010, il amadoue le Panel des personnalités éminentes.  “Il promet au Panel de plaider sa cause auprès du Président du Forum, feu Mélès Zenaoui, Premier ministre éthiopien” se souvient  ce partenaire familier du Maep. Assefa Shifa fait cette offre  à  un moment où il existait un bras de fer entre le Panel et les Points focaux. Ce bras de fer visait  à  déterminer  qui des deux aurait le  contrôle  sur le Maep. Alors, le Panel pensant que l’intervention de Assefa Shifa leur sera  salutaire, l’a confirmé Directeur intérimaire.Et “C’est cet intérim qui dure jusqu’à  ce jour !” déplore ce partenaire du Maep.  Et sous la direction de Assefa Shifa, confie l’un de ses  employés,  “il fait  régner  la peur et la servitude. Il donne des contrats de deux à trois mois  aux employés et rappelle à quiconque que c’est lui qui les signe.” Ce chantage, affirme notre interlocuteur, permet de tenir aux carreaux tous contestataires.Et si c’est bien lui Assefa Shifa qui signe les contrats, il a tout l’air  de s’octroyer  également certains diplômes.  Dans son Cv,  il dit posséder  un MbaI, année universitaire  2007-2008.  Et l’Unisa, une université sud africaine, serait celle qui lui aurait délivré ce diplôme. Contactée, l’université affirme qu’elle n’a jamais délivré un tel diplôme. Ainsi, népotisme, gabegie, favoritisme, détournements de fonds sont devenus règles courantes au sein de la direction du Maep en Afrique du sud. Pire, des structures internationales sensées veiller et guider  son  bon fonctionnement, couvrent cette mauvaise donne. Et pour cause.

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Vue partielle des participants à un sommet

 

Le Pnud et l’Union européenne encourageraient-t-ils la mauvaise gouvernance?

C’est la question que l’on est en devoir de se poser. Ces deux institutions internationales, depuis plusieurs années sont au parfum des malversations qui ont  cours  au sein du Maep. Mais, leur  léthargie  face à cette situation a  nourri  un terreau propice à la décrédibilisassions du Maep, de ses dirigeants, et par extension du continent africain.Addis Abeba. Il est 5 heures 20 du matin ce 30 janvier 2014. Une grande partie de la capitale de l’Ethiopie, par ailleurs de l’Afrique sommeille toujours. Très  peu de véhicules  circulent. Sur le trottoir pour piétons, des jeunes filles  vêtues  courts rentrent, peut-être à la maison. Quelques vigiles se font visibles  à  la devanture des boutiques joliment achalandées. Vestes, robes, Jeans, jupes, de couleur rouge, bleu, noir, et jaune attirent le regard. Ces boutiques longent Bole avenue. Une avenue dont les palmiers artificiels scintillent dans le froid mordant.  C’est près du rond point de cette avenue que nous rencontrons notre interlocutrice. Elle semble aux aguets. Son regard est perçant. Ses yeux brillants.“J’espère que personne ne me reconnaîtra ”dit-t-elle. Son anglais est teinté  d’un doux accent. Un accent de l’une des langues de l’Afrique australe. Avec sa capuche sur la tête, elle nous intime l’ordre de ne pas la regarder.“Marchez droite et collée  à  moi. Ainsi, les gens nous considéreront comme des noctambules qui rentrent”. Nous nous  exécutons  donc.

La loi du silence

J’ai peur pour mon boulot en vous parlant,” commence-t-elle. Puis silence.D’ailleurs, elle n’est pas la seule  à  avoir peur de s’exprimer sur les scandales qui minent le Maep. Un ministre du Cameroun a refusé  de s’exprimer sur le sujet. “Chaque  Etat  ayant ses propres cadavres dans son placard,” il dit donc craindre que s’exprimer  engage  la responsabilité  et des  représailles    contre son pays. Amara Konneh, Ministre des finances du Liberia et Président du Forum des points focaux, que nous avons plusieurs fois joint au téléphone s’est toujours fait passer pour quelqu’un d’autre.  Aux différents courriels et appels téléphoniques, il n’a donc jamais donné  suite. Cette  même peur  de s’exprimer taraude l’une des anciennes personnalités  éminentes du Panel. Auparavant, ayant accepté de parler, elle se désiste, puis revient à la charge avant de complètement exclure toute idée de se prononcer.  Et il en est de  même  pour ce ministre ressortissant d’un pays l’Afrique de l’Ouest.“Mais mon boulot n’est rien comparé  au devenir du continent  à  travers le Maep,” ajoute après quelques secondes de silences, notre interlocutrice  à  la capuche. En s’exprimant ainsi, elle enfonce de plus belles ses mains dans les poches de son pull, comme pour se protéger d’un vent fort venant de face.“Je vous ai vu la dernière fois parler au Directeur par intérim. J’ai vu comment lui et sa chargée de communication vous ont rabrouée,” mentionne notre compagnon. Il est 17 heures, ce 28 janvier 2014. Dans les anciens locaux de l’Union africaine (Ua), nous approchons Assefa Shifa, le Directeur par intérim du Maep. La raison? Lui demander de nous accorder une interview. Cet entretien porterait sur la mal gouvernance dont un bon nombre de ses collaborateurs  et des rapports  d’audit  qui circulent sous les manteaux l’accusent. Assefa Shifa, ce jour-là, vêtu d’un costume de couleur noire, se dit occupé. Pourtant, il  était isolé et assis tout seul.  Il nous renvoie donc  à  sa chargée de communication, Selela Liziwe. Elle se propose donc de nous aider, mais s’étant enquis de l’objet de notre demande, elle finit par affirmer,  à son tour,  être occupée:  “Prendre soins des membres du Panel des personnalités éminentes,”  nous précise-t-elle. Elle refuse aussi de nous donner rendez-vous ou ses coordonnées pour toute autre rencontre.  Alors, nous insistons  auprès  du directeur. “Pouvez-vous m’obliger à  vous les donner…?” nous lance-t-il, nerveux. Pendant ce temps, avec sa main droite, il pianote son  cellulaire. Sa gauche, elle, posée  sur la vitre du bâtiment,  fait face  à  un jardin.  Si Assefa Shifa semble ainsi préoccupé, c’est à  cause  d’une péripétie d’événements. En juillet 2013,  Abdoulaye Mar Dieye, nommé, Directeur Afrique du Pnud, lui adresse    un message électronique  le 13 décembre 2013, ensuite une lettre le 8 janvier 2014. Dans ces courriers, Assefa Shifa, à  compter du 31 décembre 2013, est déchargé de ses fonctions de Directeur par intérim du Maep qu’il assurait depuis 2010 et donc  rappelé  à ses fonctions originelles au Pnud à Addis Abeba en tant qu’agent de maintenance du parc informatique.  Copie de l’original  de la lettre du 08 janvier est faite  à  Amara Konneh. Ce dernier est le Président du Comité  des Points focaux. Par ailleurs, il est Ministre du plan et des affaires  économiques du Libéria. Akere Muna, Président du Panel des personnalités éminentes, en est également ampliataire. Dans ces courriers donc, le Directeur Afrique du Pnud explique que son institution avait accepté qu’Assefa Shifa occupe temporairement le poste de Directeur par intérim pour une seule raison: Il avait  été  prévu de recruter un directeur permanent, plus tard.

Amara Konneh viole le règlement du Maep

Mais la décision de rappeler Assefa Shifa déplaît fortement,  A la suite du message du directeur du Pnud du 13 décembre, Amara Konneh envoie une lettre aux membres du Panel pour leur rappeler qu’il n’est pas de leur ressort de demander le rappel de Assefa Shifa. Mieux, il précise qu’ à ce sujet le Pnud sera contacté au plus haut niveau. En effet, selon une source bien introduite au Pnud, Ellen  Johnson Sirleaf, Présidente du Forum des chefs d’Etat et par ailleurs Présidente du Libéria, enjoint, au téléphone, Abdoulaye Mar Dieye de revenir sur sa décision. Mais ce dernier refuse.Ainsi donc, le 13 janvier 2014, le libérien  Amara Konneh, dans un courrier officiel autorise Assefa Shifa  à  reprendre ses fonctions au Maep et promet de lui octroyer un contrat. Dans le courrier, le ministre libérien justifie sa décision par le fait que Assefa Shifa se doit de préparer les réunions du Comité des points focaux et du Panel des personnalités éminentes qui auront lieu en marge du 22e sommet des Chefs d’état à Addis Abeba. Outre cela, il affirme qu’Ellen  Johnson Sirleaf  en est informée.Pour le Mauricien,  Joseph Tsang Mang Kin, l’une des Personnalités  éminentes du Panel, la décision prise par Amara Konneh est illégale et illégitime, vue les dispositions régulant le Maep. Cette analyse, Akere Muna la partage.  Puis comme débordé par la situation, il réfléchit à haute voix.“Le Pnud a pris la décision de rappeler Assefa Shifa depuis le 13 décembre 2013. On avait donc deux mois pour préparer les réunions du  sommet. Mais pourquoi c’est  pendant  la  dernière  semaine  avant l’organisation du sommet que cette histoire est revenue?  ». Dans un soupir, il confirme qu’Assefa Shifa  a fini par démissionner du Pnud afin de pouvoir réoccuper son poste de Directeur par intérim au Maep.Au nouveau siège de l’Union africaine,  ce 30 janvier 2014, lors de son discours, la Présidente du Forum des Chefs d’état du Maep, Ellen  Johnson Sirleaf, confirme le retour  à son poste du directeur par intérim et le  renouvèlement pour 4 mois, de son contrat et de celui des membres du personnel du Secrétariat. A la fin du discours, de petits groupes se forment. Les critiques et les questionnements fusent.“L’Afrique ne va jamais décoller avec ce type de gestion des affaires,” entendons-nous par-là.“Qui nomme le Directeur par intérim et quelle est la procédure?“ percevons-nous par-ci. C’est l’ensemble des chefs d’Etat membres du Maep, constituant le Forum, qui nomme pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois, le directeur. C’est l’article 51 du manuel de procédure du Maep qui le précise. Mais quel nature revêt le contrat attribué  à  Assefa Shifa et qui viole déjà  l’une des règles du Mécanisme et par ailleurs de l’Union africaine (Ua)? Le Maep  étant une agence de l’Union africaine, il adopte les procédures de recrutement que valide cette institution affirme  Joseph Tsang Mang Kin. Or les textes sur le contrat Maep/Ua s’agissant du recrutement du directeur dit que l’âge  limite pour être  recrute    à ce poste  est de 60 ans. Or  Assefa Shifa né  le  11 septembre 1952, a plus de 60 ans.  Jusqu’  à  ce que nous publiions ce dossier,  Erastus  Mwencha, Vice-Président de la Commission de l’Union africaine, en charge des questions relatives au Maep n’a pas répondu  à notre questionnaire lié à ce sujet.
Pour  une  partenaire du Maep qui a suivi l’institution depuis sa création, cette nomination de Assefa Shifa s’avère une stratégie pour mieux dilapider les ressources de l’institution. “Johnson Sirleaf cherche    à    protéger Shifa pour empêcher l’audit du  Trust Fund  qui pourra exposer Amos Sawyer,” confie ce  même  partenaire du Maep. Amos Sawyer a  été  Président du Panel de janvier  2012  à  mai 2013. S’agissant du Trust Fund, c’est un fonds que les organisations et institutions internationales alimentent pour subventionner les activités du Maep. Il  existe depuis 2003, et ses documents de projet entre le Pnud et le Maep ont  été  signés en 2005.

Deloitte dénonce la gestion du Secrétariat

Déjà  en 2012, le Rapport que le Cabinet Deloitte a rédigé, après son audit comptable du fonds de contribution des états membres du Maep, recommande un audit concernant ce Trust Fund. Le Cabinet justifie sa recommandation par le fait qu’il a observé des anomalies graves de gestion au niveau du fond de contribution qu’abrite la Banque de développement d’Afrique du sud( Dbsa) et certaines malversations observées font références au Trust fund dont l’accès a été refusé aux auditeurs. Assefa Shifa est celui au niveau du Maep qui a  l’autorité de  gestion de ces deux fonds. Et par rapport au Trust fund, Akere Muna dit avoir  perçu  des agissements suspects.Aussi, nous il explique-t-il que lorsqu’il a  été  nommé en mai 2013 en tant que Président du Panel des personnalités éminentes, il constate qu’en avril 2013, Amos Sawyer avait écrit au Pnud pour demander la prorogation du contrat de Assefa Shifa et du Trust fund duquel est payé le salaire de Shifa.  “Tout cela est contraire aux textes du Maep et de ceux réglementant le Trust Fund,” assure Akere Muna.Concernant, Amos Sawyer qui a été également Président par intérim du Libéria de 1990  à  1994, une lettre du 21 mai 2011, émanant du département Finance du Maep lui exige le remboursement 58 837 rands, soit 5 465 dollars.  Cette somme représente le surplus que le Maep a engagé pour un achat de billet d’avion entre Monrovia – Indianapolis- Maputo. Pour le service financier,  pour prendre part  aux activités du Maep au Mozambique, le trajet direct se devait d’être: Monrovia-Maputo, avec un  coût  de 39 012 rands soit 3 623 dollars, somme que doit couvrir le Maep. Le  tronçon  Indianapolis obéissait  à  une exigence d’Amos Sawyer. Il est passé par les Etats-Unis afin de rester quelques jours avec son épouse, confie une source au fait de cette histoire. Puis, cette personne de renchérir, “vous savez, il a fait pire que ça. Même  ses notes de frais privés  de chez le dentiste, il a les fait payer par le Maep.” Dans le même élan, notre source mentionne que des  9 000 dollars  pour frais de secrétariat qu’Amos Sawyer a perçu en tant que Président du Panel, il n’a jamais présenté de justificatifs.Pour de nombreuses personnes, la mal gouvernance qui mine, actuellement, le Maep a  d’énormes ramifications et implications. Et le népotisme et le laxisme ont nourrit cela également.  “Pourquoi le Pnud a laissé son employé Assefa Shifa  être  Directeur par intérim pendant tout ce temps. Alors qu’ en tant qu’employé du Pnud, il n’avait  pas  qualité pour traiter des affaires du Maep pour le compte du Secrétariat”  dit Akere Muna. En fait, le népotisme a permis cela, nous susurre une personne bien introduite au sein du Maep. Entre 2009 et 2013, l’Éthiopien Teggen Gettu est Directeur du Pnud Afrique à New York. C’est à lui que Zemenay Lakew, personnel du Pnud, qui a géré le Trust fund jusque à sa retraite le 31 décembre 2013, rend compte. Zemenay Lakew, était donc celle qui approuvait ou non les dépenses qu’exprimait le Maep et son Secrétariat.“Les personnes qui  étaient en charge de ces institutions étaient tous des Éthiopiens. Quoi de plus normal qu’ils se couvrent”  confirme  un ancien consultant du Maep. Le scandale est loin de  s’arrêter  là. Et le Pnud est loin d’être le seul  impliqué dans cette situation de mauvaise gestion. L’Union européenne aussi, y est pour quelque chose.

L’Union européenne et le Pnud, complices de mal gouvernance

En 2010, l’Union européenne fait un don de 2 millions d’euros au Maep. Cette somme, comme toutes les autres contributions des institutions et organisations non africaines sont versées dans le Trust fund. Selon, la chargée de communication de l’Union européenne,  Maria Sanchez,  des 2 millions  déboursés; «  un total de 1,3 millions de la contribution de l’Ue avait été dépensé.» Mais  à  quelle fin?  Maria Sanchez, avec laquelle nous avions  plusieurs fois échangé, refuse de donner les détails. Toutefois, les détails, une lettre du 30 avril 2013 de Amos Sawyer le dévoile, en partie. Une part de l’argent du Trust Fund a servi  à  payer le salaire de Assefa Shifa. Or selon les dispositions de Maep et du Pnud, cela ne devrait pas  être le cas. Contacté, le Pnud, par le biais de son chargé de communication Nicolas Douillet, s’est refusé  à tout commentaire sur la gestion du Trust fund et la situation de Assefa Shifa.  Mais selon  un partenaire du  Maep, il existe un réseau opaque de transfert de fonds. Et cela consiste à “transférer de l’argent du Trust fund sur le compte  Standard  Bank abrité à la Dbsa. Puis de là, ré transférer l’argent sur un compte ouvert par Shifa à  NedBank.  Ainsi, ce dernier fond permet de payer des consultants faisant des travaux fictifs ou mal ficelés.” A ce sujet, un membre d’une des différentes commissions de l’Union africaine, qui  a  effectué une mission au Secrétariat du Maep, dit être ahuri. Ahuri, par les disparités des salaires au sein du personnel. Ces salaires allaient du simple au double.Mais dans cette vague de malversations, la palme ne revient pas seulement  à  ces institutions et aux ressortissants  éthiopiens.  L’Afrique du sud n’est pas en reste.En 2012 d’abord, l’audit juri comptable du cabinet Deloitte, énumère des nombreuses irrégularités dans la gestion des fonds détenus par la Dbsa, institution bancaire sud africaine.  “Ce rapport d’audit judiciaire n’a jamais été rendu public ni porté à la connaissance du Forum et des Points Focaux. Il a été présenté seulement au Panel en septembre 2012 en Afrique du Sud. Sans suite !“  dénonce Joseph Tsang Mang Kin.Toujours en 2012, la DBSA verse 4 millions de Rands soit  506 000  dollars  à Reneesance, un service traiteur. La raison? Frais de service pour une réunion de deux jours à Durban, en Afrique du sud. Cette rencontre a regroupé 30 Points focaux. Et les frais payés, sans que Reneesance  ait signé un contrat au préalable, exclus les perdiems des participants tout comme leurs frais de déplacement lors de la rencontre tenue du 13 au 14 avril 2012, nous confie une source, partenaire du Maep. Puis de préciser “en fait, cette somme est l’argent du contribuable sud-africain.  Le défunt ministre de la fonction publique sud africaine,  Roy Padayachie, a fait recours  à  la municipalité  de Durban pour financer le dîner et le transport des participants et à procéder au partage, avec ses collaborateurs impliqués  dans la passation de marché, du budget alloué  à son  ministère  en début d’année pour  les activités du  Maep.  ».  Le rapport préparé par une Commission anti-corruption supervisée par le Point focal de l’Afrique du sud, sur cette affaire de Durban, est resté dans les tiroirs.  Contactés, certains des anciens collaborateurs du défunt ministre ont refusé  de s’exprimer.

L’Afrique du sud et l’Ethiopie mises  à  l’index

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Vue globale des participants à un sommet du Maep

 

L’autre côté des actions qui reste en travers de la gorge de certains membres du Panel des personnalités  éminentes, c’est le Rapport annuel 2012 du Maep. «J’ai mis un embargo là-dessus car publier tel  quel, cela allait  être  la honte du Maep» dit Akere Muna. Mais pourquoi penser ainsi? “C’est un projet qui a  été  tracté  pour  l’appât  du gain, en plus d’être truffé  de fautes et d’inexactitudes,”  affirme le Président du Panel des personnalités  éminentes. Par exemple  à  la page 27 de ce rapport, dont nous avons eu copie,  il est mentionné  que le président de l’Ouganda s’appelle Denis Sassou NGuesso. Aux pages 28 et 30, le drapeau de l’Ile Maurice est attribué à la Mauritanie   et au Mozambique.
Notre dame à  la capuche de Bole avenue tout comme un Think tank qui s’intéresse  à  la gouvernance, ont confirmé  les inquiétudes qu’Akere Muna a  émis sur le Rapport 2012. Et tous ont soutenu qu’Assefa Shifa, sommé par le Panel de s’expliquer sur le règlement financier entourant la production et la reproduction de ce Rapport, a détruit, avec la complicité  de sa chargée  de communication, Selela Liziwe, toutes les preuves concernant le marché  du Rapport fait en 500 exemplaires.   En parcourant ce rapport, l’on se rend compte qu’il n’y a aucune trace des coordonnées de l’imprimerie qui a reproduit le document. Néanmoins, nous avons fini par trouver l’adresse du manageur de l’imprimerie, Jimmy Andetowa auquel nous avons adressé plusieurs demandes d’interview qui sont restées sans suite. “Tous les pays membres et les partenaires sont au courant de toutes ces malversations. Mais personnes ne dit rien. Le comble, c’est que même le pays de Mandela est dans le secret. Il protège Shifa qui en sait trop,“ fait remarquer notre interlocutrice à la capuche.Halte. Il faut observer le feu rouge. Des voitures passent. Au vert, la marche continue.  En effet, durant la réunion du 30 janvier 2014 qui a rassemblé  tous les membres et acteurs du Maep, Ellen  Johnson Sirleaf  a intimé l’ordre  à  Akere Muna de faire uniquement le bilan des actions du Maep.“Aucune mention,  assure Akere Muna,  ne devait  être  faite  de la mauvaise gestion au niveau du Secrétariat du MaepJe m’en suis tenu donc aux ordres,” se justifie-t-il, dans un sourire jaune. Mais que pense la Présidente Johnson Sirleaf de toute cette situation?  Ce 31 janvier 2014,  à la suite d’une interview sur le paludisme avec des journalistes sud africains, nous  saisissons  l’opportunité  pour lui poser une question sur ses rapports avec sa co-lauréate du prix Nobel de la paix 2011, Lemah Gbowie. Surtout que cette dernière l’a critique inlassablement sur la mauvaise gouvernance qui sévit au Libéria. Notre intention  étant  bien sûr  de glisser vers la situation que vit le Maep. A peine répond-t-elle  à notre question sur ces rapports avec Lemah Gbowie, qu’elle s’éclipse. Fin de l’interview. Le monde se disperse.  Puis, quelques minutes plus tard, une voix s’élève.
Vous n’êtes  pas une journaliste professionnelle  !!!!” nous lance l’une des collaboratrices de Johnson Sirleaf. “  Vous manquez d’éthique.” Puis comme pour justifier cette attaque, elle renchérit “Je vous le dit au nom de la liberté d’expression.”  Il est 6 heures 48 du matin. Le soleil pointe ses rayons. Dans les rues, les gens déambulent maintenant par dizaines. “Il faut que je m’en aille,  » avertit notre source à la capuche.Mais avant de nous tourner le dos, elle lance: “L’Afrique doit renaitre. Et cela doit commencer par le Maep.»Akere Muna  adhère  totalement à cette initiative. Il affirme qu’il y a  même  urgence à le faire. L’assainissement  financier  du Maep, espère-t-il, va redonner l’assurance aux Etats que leurs contributions sont bien gérées. Par ailleurs, il soutient qu’il faut équiper le Secrétariat d’un personnel compétent et motivé. Chose qu’acquiesce un Point focal d’un pays de l’Afrique de l’ouest. Pour lui, la mise en application de ses directives ferait revenir certains pays pionniers du Maep.

Le désintérêt des chefs  d’Etat gangrène  le Maep

Le Maep, initiative du  Comité des Chefs d’Etat chargé  de la mise en œuvre du Nouveau partenariat économique pour le développement de l’Afrique- Nepad, veut, pour réaliser l’épanouissement des Africains, allier démocratie, gouvernance politique, économique, et développement. Car le Mécanisme prévoit qu’au bout du compte, cette “bonne gouvernance pourrait œuvrer  à  la réduction de la pauvreté”  assure le mauricien, Joseph Tsang Mang Kin, Personnalité éminente du Panel.Mais pour  être certain de l’existence de cette bonne gouvernance, souligne un Point focal d’un pays de l’Afrique de l’ouest, le Mécanisme  évalue donc “les forces et faiblesses des pays membres  dans les divers domaines de la gouvernance. Par la suite, et selon les résultats de l’évaluation, les pays bénéficient d’un accompagnement financier et technique de la Communauté internationale.“ Et selon  Kojo Busia, Responsable en charge du Maep  à  la Commission  économique des Nations Unies pour l’Afrique  à  Addis Abeba,  à  ses débuts, le Mécanisme a fait un très bon travail. Il a pu par exemple, dit Kojo Busia, prévoir les révoltes qui allaient se dérouler  au  Kenya. Il a mis en garde les autorités sud-africaines contre la montée de la xénophobie dans le pays, et les responsables maliens, sur la crise de partition qui  adviendrait dans le Nord de leur pays.  “Mais certains de ces pays,  affirme l’expert des Nations Unies,  n’ont pas voulu des solutions  que  l’équipe d’évaluation proposait  pour contrecarrer les manquements observés. Ce qui fait que les autres pays ayant peur des  évaluations, hésitent  à adhérer  au Mécanisme.”  De ce fait, sur le 54 pays du continent, seulement  34 en sont membres.  Si les  20  autres pays  n’expriment pas  grand  intérêt  pour le Maep, il faut dire qu’il en de même pour ceux qui en sont membres. “Du 1er au 20 forum du Maep, on a jamais vu plus  18  chefs d’état présents. A l’avant-dernier sommet seulement  05  présidents sur les 34 étaient là,” déplore, ce Point focal d’un pays de l’Afrique de l’ouest.
L’absence aux réunions n’est pas le seul manquement observé. Les textes du Maep stipulent que les chefs d’état  élisent le Président et le Vice-président du Forum. Mais, en réalité, ces derniers  n’  ont élu  jusqu’ici que le premier. Et cela, pose un problème de gouvernance. Car “lorsque le président n’est pas disponible, il y a dysfonctionnement au sein de la structure,” note Marie-angelique Savané, l’une des pionnières dans la mise en place du Maep. Pour elle, “le Nepad et le Maep se devaient d’avoir le  même  président parce que le Maep a pour but d’instaurer des conditions propices  à la  mise en oeuvre  des programmes du Nepad or  la pratique actuelle ne repond plus  à  cet esprit.” Outre cela, tous les pays africains sont membres du Nepad or l’adhésion au Maep est volontaires. Cette situation a crée un imbroglio préjudiciable au Maep

.Le Maep offert sur un plateau !

  En 2007, au départ de Olesegun Obasanjo du Nigéria de la présidence du Forum, le poste, selon les textes du Maep, devait revenir à  l’un des deux Vice-présidents du Forum ressortissant soit de l’Algérie soit du Sénégal. Contre toute attente, le Comité des Chefs d’état a proposé  Mélès Zenaoui, l’ancien Premier ministre de l’Ethiopie. Outre cet enfreint, son mandat qui devrait se limiter   à  une année, conformément aux décisions du Forum de Kigali de 2004, Mélès a donc dirigé  l’institution de 2007  à  2012.  Et pendant sa gouvernance, il a désigné  Gebreab  Newai, son conseiller,  comme Président  du Comité  des Points focaux,  de 2007 et 2013.  Pendant près de  six ans donc, Mélès a décidé du sort des membres du Panel et également de  l’administration du  Maep sans que personne ne dise mot affirme Akere Muna.
L’autre fait est que depuis  la création des Fonds de contributions du Maep en 2002, “Aucun chef d’Etat n’a jusqu’  à  présent, exigé  un audit  juriscomptable,”  affirme  Joseph Tsang Mang Kin.
Cette personnalité éminente  assure que depuis que le Maep a  été crée  en 2003,  à  l’exception des rapport d’audit de 2005 et 2006, aucun autre audit  juriscomptable  n’a  été  examiné. “Pire, depuis 2oo6, c’est une seule et unique  structure, le  Cabinet d’audit PWC  qui fait l’audit du Maep. Le comble, ces auditeurs ne  viennent  plus sur le terrain.  Ils appellent simplement.  C’est la routine”  déplore-cet autre partenaire du Maep.
Le fait que Mélès soit resté  longtemps est la cause de cette mal gouvernance,”  conclut Akere Muna.

Guerre intestine pour le contrôle du Maep

C’est dans cette ambiance de mal gouvernance  que s’est créée des accointances entre Etats et se font des coups fourrés. Au 21e sommet qui a vu la célébration des 50 ans de l’Union africaine, les Chefs d’état devaient voter un seul et unique président pour diriger le Maep et le Nepad. Macky Sall, Président du Sénégal et déjà  celui du Nepad devait  être candidat unique. En cette soirée  électorale donc de mai 2013, dans les coulisses de l’hôtel  Sheraton  où  nous  étions, un ministre proche du président sénégalais avait confirmé  que ce dernier serait le seul  à  postuler ce soir-là. Notre source nous avait dit que Macky Sall aurait obtenu le soutien du Libéria  à  cet effet,  être candidat unique. Mais qu’elle n’a  été  la surprise de Macky Sall, une fois dans la salle, de voir le Liberia  postuler. “Ses collaborateurs lui avaient donné  de mauvaises informations. Ils avaient omis de lui dire que c’était un coup monté  entre Libériens et Ethiopiens pour qu’il baisse la garde,” confie un diplomate familier des arcanes de la Cedeao. Puis, d’ajouter, “Macky ne voulant pas de grabuges, a jeté l’éponge et le poste est revenu au Libéria.

SCANDALES AU MAEP/Malversations sur fond de népotisme

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Logo du Maep

src= »http://babylas25.mondoblog.org/files/2014/03/LOGO3.jpg » alt= »(Crédit photo: google images) » width= »640″ height= »480″ class= »size-full wp-image-408″ /> Vue partielle des participants à un sommet[/caption]Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep) est mal en point. A l’heure actuelle, cette structure devant servir de référence en matière de gouvernance démocratique, de transparence dans la gestion des affaires des Etats, de moralisation de la vie publique et de bonne gouvernance est ébranlée par des malversations financières commises par des individus sans foi ni loi tapis dans ses rangs. Explication.
C’est une vérité de La Palice, l’Afrique dispose de ressources humaines, matérielles et technologiques, ainsi que des compétences nécessaires pour promouvoir en son sein, le développement et réduire la pauvreté. Et pourtant, en cette veille du 21 ème siècle le continent est toujours à la recherche de ses marques.

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Vue globale des participants à un sommet du Maep

Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad)a été créé par des chefs d’Etats africains dans la perspective de faire bénéficier les filles et les fils des immenses potentialités de ce continent. Mais pour ce faire, cette structure doit évoluer dans un environnement pacifique, stable, où sécurité, état de droit, et bonne gouvernance sont pérennes. Mais comment s’en assurer au regard des multiples foyers de tension et de conflits qui existent en Afrique? Les chefs d’Etat et de gouvernements membres de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) mettent sur pied le Mécanisme africain d’évaluation par le Pairs (Maep). En mars 2003, lorsque les présidents Tabo Mbeki de l’Afrique du sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria, Abdelaziz Bouteflika de l’Algérie, Abdoulaye Wade du Sénégal, posaient les jalons de cette institution, ils avaient réellement espoir de voir une Afrique dépourvue de corruption et émergente. Et pendant un moment, ils y sont parvenus. Car, à ses débuts, la crédibilité du Maep reposait sur un Panel composé de personnalités indépendantes et compétentes.
C’est ce Panel qui conduisait les évaluations des pays membres de l’institution. Et cette évaluation se faisait à l’abri de pressions et manipulations politiques. Et dans ses actions, le Panel était appuyé par un Secrétariat techniquement compétent et motivé. Ainsi, les rapports d’évaluation sur la gouvernance ont permis à de nombreux citoyens africains, comme le dit la sénégalaise Marie-Angelique Savané, l’une des anciennes tête de proue de cette structure, de participer aux débats politiques dans leurs pays respectifs. La suite on la connaît.Les scandales qui ébranlent le Maep à un échelon supérieur donnent aujourd’hui du grain à moudre à tous ceux qui pensent que les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie, la gouvernance économique et l’Etat de droit. A cause de leur incapacité à lutter contre la corruption, le népotisme et autre pratiques répréhensibles ne faisant pas bon ménage avec le processus démocratique et l’Etat de droit. C’est en cela que pour garder toute sa saveur à cette enquête menée sur terrain par notre consœur Ramata Sore, journaliste engagée, je vous la déroule en six épisodes à raison de trois par semaine. A mercredi pour la suite…

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Le Bénin peut-il reconquérir sa place d’antan au niveau du palmier à huile ?

Par le passé, le Bénin, à travers la filière palmier à huile, avait pour vision de produire suffisamment de matières premières pour les usines créées dans les blocs agro-industriels pour se maintenir dans le cercle fermé des producteurs d’huile de palme. A l’époque, il était question surtout d’assurer une croissance économique.  Mais hélas, la donne a changé…

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Un palmier à huile portant un régime de noix de palme mûr

Hisser, à partir de l’agriculture, l’économie béninoise au rang des économies prospères. Telle était la logique à laquelle répondaient les efforts de financement et de modernisation du secteur agricole dans l’ex-Dahomey l’actuelle république du Bénin, dès les années 1960, selon Barnabé Hounkanrin, auditeur et doctorant en géographie à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), « à l’époque, cette logique s’appuyait sur la coopérative agricole, modèle jugé le plus apte pour mener le pays au développement socio-économique. C’est ainsi qu’ont été créées, par l’Etat, les Coopératives d’aménagement rural (Car), autour du palmier à huile dans plusieurs localités du sud-Bénin telles que Houin-Agamè, Grand Agonvy, Hinvi… Le palmier à huile était à la base de la première filière d’exportation du pays. En s’appuyant sur cet arbre, l’Etat avait fait des coopératives, son outil de développement économique pendant plusieurs décennies, sans réussir à atteindre les objectifs de départ ». Les résultats obtenus par ces coopératives sous le contrôle de l’Etat sont en deçà des attentes. Les quantités de régimes de palme récoltées n’ont jamais permis aux usines de tourner à plein régime ni aux coopératives de prospérer. L’autonomie de gestion, obtenue en janvier 1998, n’a pas amélioré pour autant la situation financière et sociale de ces coopératives. Bien au contraire, la mauvaise gestion et les conflits entre coopérateurs ont «tué» la filière qui a du mal à retrouver ses lettres de noblesse.

(Crédit image: Wikipédia)

Des noix de palme mûrs

Histoire d’une intervention inachevée

A l’indépendance, les Etats africains francophones ont manifesté le souci de se créer des instruments modernes de développement économique. Au Bénin, le secteur rural et principalement le palmier à huile a été celui qui bénéficia le plus des attentions de l’Etat. Les dérivés du palmier à huile contribuaient à plus de 70% aux recettes commerciales du pays. C’est  donc dans le but d’en faire une culture économiquement rentable pour le pays que le sous-secteur du palmier à huile, déjà organisée en filière sous la colonisation, a connu de grands investissements, avec la création des coopératives d’aménagement rural. La politique de développement agricole par les coopératives agricoles a amené à la création d’un ministère de l’agriculture chargé, par arrêtés, de mettre à exécution les différentes décisions prises par le gouvernement dans le secteur agricole. Mais la pertinence d’une telle politique de développement tarde à s’imposer. Les années de fonctionnement des coopératives agricoles sous le contrôle de l’Etat n’ont pas empêché la croissance du niveau de pauvreté monétaire des communautés rurales agricoles et la détérioration de leurs conditions sociales. Dans sa marche vers la rentabilité économique et sociale, le milieu rural béninois a connu des transformations structurelles et socio-économiques qui ont largement modifié les rapports de production, faisant du Sud-Bénin une zone économiquement tournée vers l’extérieur. La production, presque stable de 1960 à 1966 autour de 100 000 tonnes de régimes de palme, croît de façon spectaculaire entre 1966 et 1968 avant d’amorcer de 1970 à 1972 une descente en escalier jusqu’en 1973 où on observe une nouvelle remontée de la production. La filière du palmier à huile entama sa descente aux enfers avec les contre-performances de la Société nationale des industries de corps gras (Sonicog). Le déficit en matières premières était donc énorme quant à l’approvisionnement des huileries de Houin-Agamé, Hinvi et Grand Agonvy. De 31 957 tonnes en 1970, la production commercialisée de l’huile de palme n’était que de 15000 tonnes en 1980. Les coopératives d’aménagement rural étaient dans l’impasse économique et sociale, avec la résurgence de conflits et d’actes d’incivisme. Le Bénin a disparu de la liste des pays exportateurs d’huile de palme la décennie qui a suivi. C’est dans cette situation chaotique que le Bénin, au regard des exigences du Programme d’ajustement structurel(Pas), s’est désengagé en 1997 de la filière palmier à huile, laissant la gestion aux coopératives.

La récolte du vin de palme

Récolte de vin de palme

Les organisations paysannes autour du palmier à huile

Le désengagement de l’Etat a laissé le champ à d’autres acteurs locaux qui ont pris le contrôle des coopératives. Plusieurs organisations paysannes se partagent le secteur du palmier à huile. Mais les plus connues sont celles qui sont issues des coopératives jadis contrôlées par l’Etat. Les coopérateurs, avec l’assistance des partenaires au développement, ont créé les Unions régionales des coopératives d’aménagement rural (Urcar) qui sont des organisations faîtières de premier niveau. Ce désengagement de l’Etat a permis de rénover une partie des palmeraies et a remis en selle la production sur toutes les coopératives. Mais cette réhabilitation s’est effectuée sur des prêts avec intérêts accordés aux coopératives par la Banque mondiale, la Coopération suisse et les Japonais. Le désengagement en 1997 est intervenu sur cette relance de la production certes, mais aussi avec le démembrement de la structure de production : alors que les palmeraies reviennent aux coopérateurs, les unités industrielles sont cédées aux repreneurs privés qui ne partagent pas les mêmes intérêts qu’eux. Les milliers de paysans sont désormais livrés à leur capacité de production, aux textes et aux hommes chargés de les appliquer. S’adapter au nouveau contexte national, s’insérer dans le nouvel ordre mondial qu’impose la globalisation et, en retour, assurer le bien-être social et économique des sociétaires, sont les défis que devraient relever les organes de gestion des Car. Surtout que le retrait de l’Etat a favorisé l’émergence de groupes de pression qui contrôlent l’essentiel des activités des coopératives.

Car, ayant une histoire particulière parce qu’issues des entrailles de l’Etat avec des conflits originels, elles ne veulent accepter en leur sein d’autres membres.  Ces difficultés congénitales sont d’ailleurs doublées de situations socio-économiques complexes. Le secteur du palmier à huile s’est alors enrichi d’autres organisations paysannes, qui sont nées de la multiplication des plantations familiales. En effet, deux ans avant le désengagement de l’Etat, la filière du palmier à huile se trouvait dans une situation critique. Les coopératives accumulaient des arriérés de salaire, les palmeraies étaient envahies par des jachères, les récoltes volées par les sociétaires, une partie du patrimoine foncier vendue illégalement et certains palmiers abattus pour l’extraction du vin de palme. Le premier programme de réhabilitation est venu éviter, en 1995, la détérioration complète de la situation des Car.

Récolte d'un régime mûr sur un palmier à huile

Récolte d’un régime mûr sur un palmier à huile

L’économie du palmier à huile

La gestion de la production des palmeraies et sa commercialisation avaient conduit l’Etat à la création de la Société nationale des huileries du Dahomey (Snahda). Société d’économie mixte, dotée de la personnalité civile et de l’autonomie financière, elle a été créée en décembre 1961 pour la gestion des anciennes huileries. A partir de 1965, elle a assuré la commercialisation des produits du palmier à huile, à l’exception des palmistes non concernés par l’industrialisation. Il faut noter que les produits industriels que l’on tire du palmier sont multiples. Mais de tous les produits tirés du palmier à huile, l’huile de palme est la plus demandée. Le volume d’huile de palme destinée à l’exportation passa de 2 519 tonnes en 1946 à 16 015 tonnes en 1960, soit une augmentation de 486,04%. Le palmier à huile est devenu le pilier d’une économie de traite qui perdure encore. Il a révolutionné le système économique de tout le golfe de Guinée et a marqué de son empreinte les échanges commerciaux entre les souverains de la côte et les premiers comptoirs. Sa production et sa commercialisation ont enrichi des groupes de paysans qui en tirent encore des revenus substantiels. Selon une enquête de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) sur la consommation en huile au Bénin, il est noté une consommation nationale progressive passant d’environ 72 960 tonnes en 1992, à 80 200 tonnes en 1995 puis à 110 000 tonnes en 2005. Cette consommation est dominée par l’huile de palme qui représente au moins 44% des huiles alimentaires.

Les perspectives 

Les défis de développement auxquels était confronté le jeune Etat dahoméen étaient nombreux et il fallait des mesures hardies pour impulser, très vite, un développement agricole capable de soutenir durablement l’économie du pays. Les coopératives agricoles répondaient bien à cette ambition de bâtir un pays économiquement sûre et stable. Mais les résultats, trois décennies plus tard, ont été décevants. Il paraît alors évident que la logique d’Etat, au lieu de protéger les paysans et de favoriser leur bien-être à travers les coopératives agricoles, les a plutôt livrés aux contraintes de l’économie de marché, faites d’expropriation des terres et d’exploitation des forces de travail. Ces confits sont exacerbés par la mauvaise gouvernance économique et sociale, surtout après le retrait de l’Etat de la gestion directe des coopératives.

Une issue de sortie peut être un retour momentané à la gestion directe par l’Etat, le temps de mettre tous les acteurs sur le même pied d’égalité et de créer une nouvelle synergie autour des coopératives. Il n’y a peut-être pas de doute que les coopératives sont encore capables d’apporter le développement socio économique dans les zones rurales où elles sont implantées. Il faudra les aider à réorganiser la filière et leur faciliter l’accès aux services financiers pour leur permettre de replanter les milliers d’hectares qui sont présentement laissés à la jachère.

En 2006, à son arrivée au pouvoir le président Boni Yayi avait  déclaré que le palmier à huile ferait l’objet d’une grande attention autant que le coton. Il l’a annoncé au moment où le tout nouveau régime du changement investissait 14 milliards dans la filière coton pour son relèvement. Comme action pour matérialiser cette volonté du président Yayi, l’implication d’un expert malaisien. Cet expert qui aurait une bonne connaissance du palmier à huile. Quelques mois après son arrivée, il est reparti du Bénin sans que la filière ne décolle. A l’époque, on avait appris dans les coulisses que le Malaisien avait affirmé avant son départ que «le sol béninois n’est pas propice à la culture du palmier à huile». Argument à prendre avec des pincettes. Pour cause, dans les années 60, le Bénin était premier pays producteur de palmier à huile dans la sous-région.  Avec le palmier à huile, le rêve est toujours permis.

Réformes portuaires
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BENIN / L’économie maritime tourne au ralenti

Au moment où le port de Cotonou, appendice de l’économie maritime béninoise cherche à sortir la tête de l’eau à travers moult actions, le département ministériel chargé de son sauvetage quant à lui, prend abondamment de l’eau, empêtré dans des contradictions à n’en plus finir.

Comme dirait l’autre, plus rien ne va au Ministère béninois de l’économie maritime, des transports maritimes et des infrastructures portuaires. Selon des observateurs avertis, «on n’est plus loin de toucher le fond si des décisions hardies ne sont pas prises à temps ». Surtout que, ce département ministériel, pourtant stratégique dans la politique de relance de l’économie nationale, depuis quelque temps, tourne au ralenti, faute de ressources humaines adéquates.

Le Port de Cotonou

Travaux de bitumage de route au Port de Cotonou au titre des réformes

Déjà cité parmi les ministères les moins lotis, avec un modeste budget annuel d’environ trois milliards de francs Cfa (4.615.385 Euros), il se contente aujourd’hui d’offrir un service minimum. Et il n’est pas exclu que la quasi-totalité des postes de responsabilités soient vacants d’ici à là. Si rien n’est fait pour freiner l’hémorragie.

N’y a-t-il plus de cadres compétents dans ce sous-secteur névralgique de l’économie nationale pour pourvoir aux postes vacants depuis des lustres, serait- on tenté de se demander en toute légitimité. Même si pour l’heure, la question reste sans réponse.

Une chose est sûre, le ministre Valentin Djènontin, devenu titulaire de ce strapontin à la suite d’un jeu de chaises musicales en 2012, avait de réels soucis à se faire, dans le temps. Privé de son directeur de cabinet, Ishola Bio Sawé, emporté dans les eaux troubles de la sulfureuse affaire du port sec de Tori. In fine, il était contraint de s’appuyer sur son directeur adjoint de cabinet, pour donner le change. Seulement voilà, entre les deux hommes, les relations n’étaient toujours pas au beau fixe, à en croire des travailleurs en service dans ledit ministère. Sans oublier que, d’autres cadres en poste dans ce département étaient partis pour diverses raisons sur lesquelles il serait vain d’épiloguer.

L’obligation de faire valoir leurs droits à la retraite, avait conduit le secrétaire général du ministère et son adjoint à quitter leurs fonctions respectives. Laissant du coup, sans titulaires, des services sensibles ayant à charge la gestion de la mémoire et l’administration du ministère. Aux dernières nouvelles, le ministre Valentin Djènontin, face à la délicatesse de la situation, aurait confié provisoirement cette fonction à l’assistant de l’ancien secrétaire général du ministère, Hugues Hounkponou.

Réformes portuaires au Bénin

Réformes au Port de Cotonou à travers de grands travaux

La saignée

Selon un cadre du ministère, entre temps, le ministre Jean-Michel Abimbola, actuel patron du département de la culture et de l’artisanat et ex-titulaire du portefeuille de l’économie maritime, avait repris dans son cabinet la quasi-totalité de ses anciens collaborateurs. Créant une situation dont on appréhende difficilement les contours.. Car, cette volonté affichée de Jean-Michel Abimbola de reconstituer son cabinet « perdu » avait fini par créer un vide autour de son successeur à l’économie maritime et prédécesseur à la culture. Et c’est en cela que se justifie le départ du directeur des ressources financières et du matériel(Drfm), de la directrice des ressources humaines(Drh), du chargé de mission et de quelques conseillers techniques vers de nouvelles destinations

« Récemment, sur les cinq conseillers techniques, seuls deux étaient en place au cabinet du ministre de l’économie maritime », déplore un responsable syndical, visiblement dépité. « En ce sens que, précise-t-il, dans la foulée celui qui occupait les fonctions de directeur de la prospective et de la programmation est aussi parti sans crier gare ». Résultat, tous les postes sensibles sont dépourvus de responsables. «Dans ce genre de situation, avertit le syndicaliste, on ne saurait attendre de notre ministère un travail sérieux à la hauteur de la mission qui lui est assignée ».

Pour éviter le naufrage annoncé de sa barque, explique une source proche du cabinet, le ministre de l’économie maritime a dû recourir aux services de Joseph Chaffa, un ancien cadre du département et précédemment directeur général du Port autonome de Cotonou. En attendant de pourvoir aux postes vacants, et remettre le navire à flots. Ce qui est loin d’être une gageure. Et pour cause.

Contre performance

Les experts maritimes s’accordent à le dire : le port de Cotonou reprend vie. De l’avis même du directeur général par intérim, Kassim Traoré, le trafic commence à être au rendez-vous. Mais cette reprise des activités, certes timide, ne saurait prospérer sans une bonne mise en exécution des réformes voulues et engagées par le gouvernement. Et c’est justement le ministère en charge de l’économie maritime qui est sensé conduire la conception et l’opérationnalisation de ces réformes tant attendues. Seulement voila, le ministère handicapé, éclopé, et dépourvu de ressources humaines suffisantes, a peu de chance de s’en tirer à bon compte, dans un environnement difficile et contre performant.

Une lueur d’espoir

Ministre de l'économie maritime

C’est dans cette ambiance délétère  que débarque, à la faveur du remaniement ministériel d’août 2013, un nouveau ministre en la personne de Martine-Françoise Dossa pour présider dorénavant aux destinées du Ministère de l’économie maritime, des transports maritimes et des infrastructures portuaires.  Espérons qu’elle prenne à temps la mesure de sa nouvelle mission pour apporter des solutions idoines et crédibles à des dysfonctionnements avérés déplorés depuis des lustres sans qu’une quelconque amélioration n’intervienne.

 Quand on sait que lors de sa prise de fonction, la nouvelle responsable du département de l’économie maritime n’a pas manqué de  fixer les orientations de sa nouvelle mission. Et se donner surtout comme priorités, «de veiller en permanence, avec méthode et rigueur, au maintien  et à l’amélioration des ratios de productivité portuaire, tant en termes de diversité de flux de trafic que de coûts et de délais de prestations portuaires ». Il y a de quoi espérer des lendemains meilleurs. Surtout que l’objectif principal de la ministre, « est d’assurer et de renforcer l’image de marque de la plate-forme portuaire de Cotonou, d’accentuer sa compétitivité et sa productivité, ainsi que le recouvrement du reliquat des trafics déviés vers les ports concurrents voisins ».Ce qui ne saurait se faire sans le déploiement d’un personnel qualifié et compétent, partageant la même vision. Mais comme le dit si bien l’adage, c’est à l’oeuvre que l’on connait l’artisan. Wait and see!

marché de nuit
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Bénin : des microcrédits pour lutter contre la pauvreté

du pain aux peuples

Du pain aux peuples

Le Bénin mise sur la microfinance pour lutter contre la pauvreté et développer le pays. Par le truchement d’un programme de microcrédits aux plus pauvres qui fait couler beaucoup d’encre et de salive à cause de ses performances remarquables. Explications.

5Crédit photo: FNM)

Des bénéficiaires avec le président Boni Yayi du Bénin

Le Programme de microcrédits aux plus pauvres (Pmcpp) relève d’un engagement du candidat Boni Yayi lors de la présidentielle de mars 2006 au Bénin, pour faire de la microfinance, un outil stratégique de développement et de lutte contre la pauvreté. La suite on la connaît. L’idée a fait boule de neige et six ans après sa mise en œuvre, partisans et adversaires sont unanimes sur la pertinence de cette intervention sociale inédite au Bénin. De partout, on vient apprendre des Béninois qui ont su trouver la formule pour «favoriser l’accès à des services financiers fiables et viables, à une majorité de ménages pauvres ou à faibles revenus ainsi qu’à des micro entrepreneurs traditionnellement exclus des circuits financiers classiques à cause de la faiblesse de leurs moyens. Et ce, sur l’ensemble du territoire national. Grâce à des institutions de microfinance (Imf) pérennes et pleinement intégrées au système financier».

Lors du démarrage du programme en 2007, le président de la République avait expliqué les tenants et les aboutissants de fort belle manière. « Lors de mes visites dans le Bénin profond, j’ai pu me rendre compte des conditions réelles de vie des populations. J’ai pu noter l’existence d’un fort taux de chômage des jeunes et un faible niveau du pouvoir d’achat tant en milieu rural qu’urbain. J’ai également pu constater que le manque de revenus a fait perdre espoir à bon nombre de nos compatriotes, particulièrement les jeunes et les femmes. Face à ce constat, vous comprenez dès lors mon engagement à développer les grands travaux à haute intensité de main-d’œuvre, à valoriser nos vallées, à diversifier notre agriculture, à promouvoir les logements sociaux et à créer les conditions d’un environnement favorable aux affaires, afin d’impulser les investissements privés, créateurs d’emplois », dixit Boni Yayi.

Pour le président béninois, « le développement de la microfinance, véritable outil de lutte contre la pauvreté, permet de toucher directement et à moindre coût ceux-là mêmes qui de par la précarité de leur situation économique et sociale, se sentent exclus de la vie nationale ». Pour rendre ces idées opérationnelles, un Fonds national de microfinance (Fnm), est créé pour piloter cet ambitieux projet et renforcer les capacités financières et opérationnelles des institutions de microfinance (Imf) afin de les rendre accessibles aux populations les plus démunies des villes et campagnes du Bénin. Lesquelles pourront dorénavant entreprendre des activités génératrices de revenus porteuses de croissance, d’espoir en des lendemains meilleurs.

Depuis son lancement en février 2007, le Programme de microcrédit aux plus pauvres (Pmcpp) bénéficie d’un engouement remarquable de la part des populations cibles. En août 2010, il représente 80 % des activités du Fnm, soit 40 milliards de francs Cfa (environ 62 millions d’euros) sur les 50 milliards de ressources placées au profit des bénéficiaires tous produits confondus. Avec près d’un million de bénéficiaires au 30 juin 2013, ce programme est sans doute l’une des concrétisations des ambitions du gouvernement pour l’amélioration des conditions de vie des populations cibles. Et pour cause. Six ans après son lancement,  l’évaluation globale du programme est positive au vu des changements réels observés au niveau des bénéficiaires toutes tendances confondues.

Une expérience qui fait école

En partant du constat que, près d’un million de nos compatriotes des deux sexes n’ont juste besoin que du minimum, trente à cinquante mille francs Cfa (45 à 90 euros) pour entreprendre une activité génératrice de revenus, le Fonds a développé une stratégie qui est payante aujourd’hui. Et pour cause. De la sous-région et d’ailleurs, on vient partout s’instruire de l’expérience béninoise pour en faire autant chez soi. Idem pour les partenaires techniques et financiers qui manquent des mots pour louer le génie béninois en matière dans cette innovation majeure en matière de microfinance et de lutte contre la pauvreté. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette expérience novatrice  fait école dans la sous-région et à l’étranger eu égard à la longue liste de ceux et celles qui sont venus de partout s’instruire.

Pour la petite histoire, 675 000 personnes ont déjà bénéficié de ce programme pour un cumul d’activités de trente-cinq milliards de francs Cfa (environ 539 millions d’euros). Cet encours de crédits constitue, selon le ministre béninois de la Microfinance et de l’Emploi des jeunes et des femmes, le volume d’activités menées par le Fonds national de la microfinance (Fnm) depuis sa création à ce jour. Quand on sait que la dotation de base du Fnm est de quatorze milliards de nos francs (environ 22 millions d’euros), force est de louer le dynamisme et la performance du Fnm  qui a pu grâce au système de réinvestissement des crédits remboursés, atteindre cet encours de crédits.

Ainsi, les 675 000 personnes impactées ont toutes reçu au moins une fois, le premier crédit de 30 000 francs (45 euros) pour un montant total de plus de vingt milliards de francs (plus de 30 millions d’euros). Parmi elles, 254.693 personnes ont reçu le premier renouvellement de 30 000 francs pour un montant total de de plus de huit milliards de francs (près de 13 millions d’euros) et 154 000 personnes ont déjà passé le cap des deux dernières fois 50 000 francs pour un montant de huit milliards de nos francs.Tous ces montants cumulés dépassent un encours de crédit estimé à plus de 35 milliards de francs (près de 54 millions d’euros).

Success stories

Selon un bénéficiaire au quartier Zongo à Parakou, avant il s’approvisionnait à crédit pour son petit commerce. Mais depuis qu’il est au programme, il achète désormais au comptant. Ce qui fait prospérer ses activités.

La main sur le cœur, une autre bénéficiaire dans la commune de Gogounou, dans l’arrondissement de Sori, observe, « avec les revenus issus des microcrédits, j’ai  pu constituer un capital personnel de plus de 65 000 francs Cfa (environ 100 euros) dans un intervalle de trois mois. Ce qui m’a permis de diversifier mes activités de vente de produits laitiers (Fromage et lait) ».

Pour une autre bénéficiaire dans la commune d’Abomey, « grâce aux microcrédits aux plus pauvres, j’ai pu renforcer mes étalages de marchandises ; ce qui m’a permis de faire beaucoup de bénéfices et par conséquent de meubler mon salon de coiffure ».

« Je suis vendeuse de poisson fumé. J’avais l’habitude de m’approvisionner auprès d’une autre dame et ceci me revenait très cher. Mais aujourd’hui, grâce au programme, j’ai pu avoir suffisamment de ressource pour m’approvisionner directement au bord de la lagune et  fumer moi-même le poisson. Je participe également à l’éducation de ma fille qui était à la maison. Ma vie au foyer s’est améliorée et je me sens épanouie », déclare Jeanne, bénéficiaire à Cotonou.

Pour le directeur du Fonds national de la microfinance Jean Comlan Panti, « la pauvreté et le chômage sont deux menaces permanentes majeures pour la paix durable et la stabilité de l’humanité…Personne ne doit ignorer cette réalité et chaque acteur, en fonction de son positionnement stratégique, de ses avantages comparatifs et de ses moyens, se doit à sa manière de contribuer à les combattre dans un élan de conviction, de détermination et d’innovation. Ainsi, les acteurs du système financier ne doivent pas se faire prier pour jouer leur partition, car sans paix, point d’affaires et sans affaires, point de profit ».

La vision ici étant notamment de construire dans le pays, un secteur financier solide répondant aux normes internationales et respectant les standards de l’espace de l‘Union économique et monétaire ouest-africain (Uemoa), aux dires du directeur général du Fnm.

Très satisfaite du travail abattu jusque-là, Mme Françoise Assogba, ministre de la Micro finance, de l’Emploi des jeunes et des femmes, a récemment exhorté les travailleurs du Fnm au cours d’une descente sur le terrain, « à porter le Fnm à un niveau plus élevé. En finançant par exemple l’agriculture pour garantir de l’emploi à la jeunesse ».

Grâce aux effets économiques du programme, on assiste à une augmentation des revenus du ménage, sous la direction de la femme, ce qui contribue à l’amélioration du bien-être familial.

Les femmes arrivent à contribuer aux charges familiales telles que, la scolarisation des enfants (55 % des cas) ; la prise en  charge des besoins de santé (42 %) ; l’amélioration de l’état nutritionnel (52 %) ; l’amélioration de l’état de logement (le revêtement du sol de l’habitat (37 %)) et l’accès à l’eau potable (32 % des cas).

Même si le secteur de la microfinance au Bénin a connu par le passé des performances remarquables pendant plus d’une décennie, il brille aujourd’hui par un dynamisme qui ne saurait occulter tout de même quelques manquements, quelques entorses à l’orthodoxie financière, à l’éthique et à la déontologie. Vivement des mesures pour assainir un secteur qui constitue tout de même, un créneau porteur voire une niche par ces temps de grisaille. Afin que ce beau ne soit pas galvaudé et dévoyé pour devenir un vulgaire outil aux mains des politiques.

Un menuisier à l'oeuvre
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Crise économique au Bénin : Le ras le bol des artisans

De l’entrepreneur au diplômé sans emploi en passant par la femme de ménage et le citoyen lambda,  la crise économique n’épargne personne au Bénin. L’argent ne circule plus comme par le passé, si bien que les artisans et autres champions de la débrouille et des petits boulots, beaucoup plus chanceux en d’autres temps, ont fini par jeter l’éponge et se résigner, après avoir essayer moult stratagèmes sans succès. 

Contrairement à ses habitudes, Joseph Dékoungboto, chef maçon de son état, spécialisé dans la réalisation de briques préfabriquées et autres lucarnes entrant dans la construction des bâtiments, avait la mine renfrognée cet après-midi. Le sourire familier habituel avait disparu pour céder la place à un air grave pour une raison toute simple : «ça ne va pas dans le pays, les affaires ne marchent pas», d’après le chef maçon.

Un menuisier à l'oeuvre

Maison des artisans du Bénin

Le chef maçon a du mal à écouler sa production de pré fabriqués...

Le chef maçon a du mal à écouler sa production de pré fabriqués…

Assis à l’ombre d’une paillote dans l’angle droit du rectangle que formait l’exposition de ses briques, sur le banc qui lui sert quotidiennement de siège, après les échanges de politesse, l’homme dévoile son amertume. « Ce matin, je suis arrivé au travail aux environ de 8 heures,  il est maintenant plus de 16 heures. En tout et pour tout, je n’ai vendu que deux lucarnes à raison de 450 francs l’unité soit 900 francs Cfa (1,30 Euros). Mes deux apprentis ont dépensé 400 francs pour leur déjeuner et moi-même je suis obligé de rester à jeun pour que mes enfants puissent dîner le soir », explique-t-il découragé. Jérémie est pourtant propriétaire de sa maison. Il reconnait n’avoir jamais exercé deux métiers dans sa vie : « Je ne vais quand même pas abandonner le métier qui m’a permis de vivre et de réaliser tout ce que j’ai à mon actif », après plus de vingt ans d’activités.

A 500 mètres environ de l’infortuné, se trouve l’atelier de Benjamin, un électricien motos. Même air de désolation, le regard fuyant, l’homme faisait semblant d’être occupé à faire une réparation pour donner le change. Fil électrique et porte clé en main, des bribes de paroles lui échappèrent à la question de savoir comment il se portait.  En langue locale fon il répondit par un proverbe: « Un chien affamé ne s’aurait guère s’amuser avec ses semblables rassasiés ». Je n’ai pas envie de parler », affirma-t-il. Avec l’intervention de Jérémie, il a fini par lâcher deux phrases sans en rajouter un seul mot. «  Je n’ai rien fait depuis le matin. Aller dire au chef de l’Etat que le peuple a faim », conclut-il.

Chez son voisin Ernest S., réparateur d’engins à deux roues, la situation semble moins alarmante. Ce qui ne l’empêche pas de nous confier la main sur le cœur que ses affaires évoluent en dents de scie. Certains jours, il fait de bons chiffres, mais d’autres, c’est la grisaille, et il a moins d’une dizaine de clients qui passent pour de petites réparations… En bon croyant, il prie beaucoup pour conjurer la crise financière et économique.

Un marché en chute libre

Accroupis  jusqu’au niveau du moteur d’une moto “Mate“, il n’a eu de temps pour nous parler que les quelques détournements de regard qu’il fait vers l’arrière pour nous répondre. « Ça chauffe partout. Seulement notre cas est particulier. Les gens sont obligés de sortir de chez eux. Dans leur va et vient, il arrive que leur moto tombe en panne. C’est dans cela que nous autres mécaniciens nous mangeons », déclare-t-il avec modestie.

La situation de dame Assiba n’est guère reluisante. Loin s’en faut ! Rencontrée sur les lieux, dans son atelier de couture, elle affirme se débrouiller avec le peu de travail qu’elle trouve. Car les gens ne vont pas sortir nu dans la rue. Seulement, avec la crise, la clientèle se raréfie. Les femmes préfèrent les friperies à moindre coût et ne viennent coudre chez elle que pour des cérémonies, communion, baptême, mariage, enterrement où elles doivent porter des tissus de circonstance sous forme d’uniforme. Ce qui nous laisse la portion congrue d’un marché en chute libre à cause de la friperie et de la morosité de la vie économique. Comme dirait l’autre, plus rien ne va, faites vos jeux !

marché dantokpa au Bénin
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BENIN/ECONOMIE : Vers la gestion rationnelle du marché Dantokpa

La Société de gestion des marchés (Sogema) du Bénin, dans la perspective d’offrir de nouveaux services de qualité aux usagers, est résolument engagée depuis quelque temps, dans une dynamique d’harmonisation des places au marché international de Dantokpa. Ce qui ne va pas sans grincements de dents. Explication.

traîneur de pousse-pousse

un traîneur de pousse-pousse au travail

Dantokpa véritable pôle économique du Bénin n’offre guère un spectacle reluisant. Et pour cause. En dépit de l’état de décrépitude avancée des infrastructures qui ne datent pas d’hier, malgré les critiques récurrentes des usagers, la mise en place d’une politique harmonieuse de gestion de ce pôle économique se fait toujours attendre. Au point de décourager bon nombre d’acteurs, d’usagers ainsi que des personnes de bonne volonté qui voient les choses autrement.

Progressivement les choses commencent par s’améliorer. Les initiatives récemment prises par les responsables de la société de gestion du marché Dantokpa tombent à pic pour rassurer redonner espoir à des acteurs et usagers désabusés face au double language des hommes politique. La cause est entendue surtout que les nouvelles réformes sonnent le glas à une situation décriée depuis des lustres. Fini l’immobilisme, dorénavant il est question de valoriser les atouts de ce marché par le truchement d’une gestion saine, adéquate et optimisée de ses revenus, par l’équipe dirigeante de la Sogema avec le soutien des acteurs dudit marché. Ce qui permettra d’entrer dans une nouvelle dynamique. A la satisfaction générale.

L’état des lieux est désormais incontournable pour régulariser les situations d’injustice et harmoniser un tant soit peu, les nouvelles mesures mises en place en place pour le fonctionnement dudit marché. Bien que la conception soit diversement appréciée, la Sogema opte en premier lieu pour un recensement systématique des places.

Un constat, une réaction

Des anciens et vétustes hangars, des places en nombre insuffisant. Des installations hors normes. Des taxes et redevances à la tête du client…Telles sont les principaux griefs des usagers à l’encontre de l’administration du marché Dantokpa. Certes, la plupart des hangars situés au cœur du marché sont des aménagements spécifiques faits par les vendeurs en vue de l’écoulement de leurs produits, en son temps. Ces constructions de fortune ne répondant pas aux normes et aux contraintes d’espace, la Sogema cherche aujourd’hui à revoir la copie pour mieux réfléchir sur le système d’attribution de places dans le marché. Ainsi, un nouveau schéma d’attribution des places est mis en place dans l’optique d’une gestion efficace. Certaines installations anciennes n’étant pas conformes aux normes et à la vision de la Sogema. Surtout que, dans de nombreux cas, sous la pression de la demande, les vendeurs ont progressivement transformées les places occupés par l’installation d’autres étagères pour élargir leur commerce. Les taxes perçues étant fixes chez bon nombre de vendeurs malgré les emplacements hors normes, un recensement systématique est lancé en vue d’une harmonisation des places. Pour permettre à la société d’adapter la demande aux besoins d’exposition, de stockage et, par conséquent, de sécurité des vendeurs et des biens. L’installation anarchique de certains vendeurs dans ce marché ne facilite donc pas un accompagnement aisé et une bonne gestion. La mise en place d’une meilleure politique de  gestion conduit alors la société de gestion à revoir la stratégie d’attribution des places. Depuis quelques années la Sogema mène des discussions avec les acteurs du marché en vue d’offrir de plus amples services. Dans l’optique d’une gestion beaucoup plus rationnelle dudit marché. Cette vision des responsables, favorisera à coup sûr une augmentation des revenues, et débouchera sur une amélioration des conditions d’usage des riverains. Comme le dit si bien l’adage, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Les nécessaires réajustements, les incontournables réaménagements attendus dans le cadre de la nouvelle manière des autorités de la Sogema de voir les choses, sont diversement appréciés par les bénéficiaires. Quand bien même elle est faite pour une harmonisation judicieuse des places dans le marché et pour régler quelques problèmes d’injustice observés depuis plusieurs années à Dantokpa, selon les autorités en charge de la gestion du marché. La cause est entendue. Wait and see.

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BENIN/ECONOMIE ET TIC Téléphonie mobile : les forfaits de la galère

Quête du bonheur des abonnés ou manifestation de la morosité économique ambiante… Les opérateurs de téléphonie mobile rivalisent d’ardeur pour proposer des forfaits et autres services à valeur ajoutées avec comme corollaire l’adhésion de clients qui finissent parfois déçus.

(Crédit photo:babylas serge de souza)

L’engouement de la jeunesse pour le Gsm

 Le carillon habituel du téléphone de Carine la tire péniblement de sa sieste. Elle s’extirpe difficilement du lit pour lire le message qui, croyait-elle, venait de Linda et lui apporterait des précisions pour les travaux dirigés au collège. Au lieu de cela, le contenu est tout autre : « Exclusif : encore 5 jours pour gagner 25% de bonus. Pour en bénéficier communiquez pour au moins 2500 francs Cfa du lundi 22 au dimanche 28 avril 2013. Info au 3334. » Une annonce de l’un des opérateurs de téléphonie mobile auquel elle est abonnée. A peine une heure plus tard, pendant une discussion avec sa mère, de nouveau le carillon de sa « double-sim » de marque chinoise : « Exclusif : encore 5 jours pour gagner 25% de bonus. Pour en bénéficier, communiquez pour au moins 2500 francs du lundi 22 au dimanche 28 avril 2013. Info au 3334. » Le même message, du même opérateur.

Deux minutes plus tard, le téléphone, déjà en mode silencieux, vibre dans sa poche. Cette fois, la teneur du message venant du deuxième opérateur de Carine : « Bonus 300 francs (environ un demi euro) Wabaa 1 fois par semaine dès que tu consommes 300 F. 0,75 F/s vers … (le nom de l’opérateur a été masqué, ndlr) et 1,2 franc/s vers autres réseaux. Activation gratuite en composant *139*1# »

« Pff ! Mais ça devient du harcèlement ! », pensa alors l’adolescente.

Le cas de Carine est vécu aujourd’hui par la quasi-totalité des Béninois, abonnés aux opérateurs Gsm. Loin de la fin du siècle dernier où il relevait du luxe voire de l’aisance sociale, le téléphone portable est aujourd’hui un outil de travail, un accessoire pour garder le contact entre les enfants et leurs parents, des amis, des employés et leur employeur. L’Autorité transitoire de régulation des postes et télécommunications (Atrpt), dans ses rapports les plus récents, présente le chiffre de « 7.906.362 abonnés » au Bénin en juin 2012. Il s’agirait plus précisément du nombre de cartes Sim vendues ; car, comme beaucoup le savent, nombre de Béninois sont abonnés à plus d’un réseau à la fois.

« Un marché juteux », estime un opérateur économique. « Les réseaux Gsm font d’énormes profits, car le téléphone portable est devenu indispensable dans notre société, sauf pour quelques irréductibles qui se limitent encore au téléphone fixe…ils ne sont pas nombreux, j’en suis sûr. » Et d’ajouter : « Remarquez, ce sont ces sociétés qui parrainent, sponsorisent ou financent plein d’événements dans les grandes villes du pays ! Ce sont les « grosses boîtes » comme on le dit ici. »

« Un marché juteux », estime un opérateur économique. « Les réseaux Gsm font d’énormes profits, car le téléphone portable est devenu indispensable dans notre société, sauf pour quelques irréductibles qui se limitent encore au téléphone fixe…ils ne sont pas nombreux, j’en suis sûr. » Et d’ajouter : « Remarquez, ce sont ces sociétés qui parrainent, sponsorisent ou financent plein d’événements dans les grandes villes du pays ! Ce sont les « grosses boîtes » comme on le dit ici. »

Toujours en ce qui concerne la période de juin 2012, l’Atrpt donne un classement des cinq opérateurs de téléphonie mobile du Bénin en termes d’abonnés.

 RÉPARTITION DU PARC D’ABONNES PAR OPÉRATEUR GSM

OPÉRATEURS Janv 2012 Févr 2012 Mars 12 Avril 12 Mai 12 Juin 12
MTN 2 458 613 2 510 025 2 556 285 2 538 193 2 602 624 2 573 976
MOOV 2 394 706 2 392 769 2 403 445 2 571 776 2 578 626 2 671 982
GLO 1 635 197 1 660 249 1 661 645 1 613 111 1 590 194 1 569 688
BBCOM 921 492 897 216 869 193 847 206 830 074 813 507
LIBERCOM 267 102 267 126 269 133 270 163 274 188 277 209
Parc 7 677 110 7 727 385 7 759 701 7 840 440 7 875 706 7 906 362

Source : Atrpt, 2012.

Cependant, même si ces sociétés semblent avoir du succès ou tout au moins réussissent à survivre à l’usure du temps, elles font face actuellement, à l’instar de tous les secteurs d’activités, à la fameuse morosité tant décriée au sein de la population, crise économique oblige ! Si le phénomène des forfaits téléphoniques date de plusieurs années déjà, il a, ces derniers mois, connu une croissance remarquable. Les services de communication et de marketing des cinq entreprises leaders de la téléphonie mobile au Bénin, se livrent une lutte sans merci pour attirer, et surtout conserver le maximum de clients dans leurs portefeuilles. Les offres qui passaient il n’y a pas si longtemps pour une innovation au plan national et que certains voyaient comme destinées « à ces jeunes élèves et étudiants sans grands moyens » ont pris le pas sur l’usage classique du téléphone au niveau de toutes les tranches d’âge et couches sociales du pays. Les forfaits sms et appels, s’ils ont sous d’autres cieux une histoire plus vieille qu’au Bénin – probablement parce que la téléphonie mobile y est aussi plus ancienne –, semblent cependant connaître dans ce pays leur âge d’or.

Tarifs réduits intra ou inter réseaux, bonus sur appels, tarifs spéciaux la nuit ou les week-ends, messages gratuits, chats, conférences, la liste des forfaits proposés par les cinq opérateurs, est longue. A ces forfaits, viennent s’ajouter les services musicaux, les abonnements avec des partenaires commerciaux, la connexion Internet ou encore les transferts d’argent. Même l’opérateur téléphonique Gsm dérivé de la compagnie publique de téléphonie fixe est dans la tendance des forfaits, avec des réductions des tarifs des appels nationaux et internationaux.

Conséquence de ce marché, l’abonné à l’affût du moindre moyen de faire des économies, se lance dans des activations d’options qu’il ne maîtrise pas toujours. Au finish, certains trouvent leur compte dans ces forfaits, tandis que d’autres estiment qu’ils se sont faits gruger. Selon Robin Accrombessi, président de l’Association des consommateurs des technologies de l’information et de la communication (ACTic), « on finit parfois par dépenser plus qu’on ne croit. L’effet psychologique qui fait croire que l’on bénéficie de réductions peut pousser l’abonné à acheter toujours plus de crédits téléphoniques, sachant que cela « lui est bénéfique. »

Une enquête menée au sein d’un échantillon d’abonnés de la ville de Cotonou nous a donné des résultats révélateurs. 41,50% des enquêtés ne sont pas inscrits aux forfaits, tandis que 58,47% les utilisent, selon la répartition suivante : 30,18% des enquêtés trouvent que les forfaits sont avantageux et leur font faire des économies, même si certains déplorent des perturbations sur les réseaux. 15,09% d’entre eux trouvent que c’est avantageux mais avouent que leurs dépenses d’avant les forfaits et leurs dépenses depuis qu’ils les ont activés restent les mêmes. Enfin, 13,20% des enquêtés estiment que les forfaits sont désavantageux : ils constatent qu’ils dépensent maintenant, plus qu’avant, quand ils ne les avaient pas activés. Pour la plupart, ils déplorent en outre la qualité du réseau, « le crédit qui s’en va sans qu’on l’utilise » et envisagent de se désinscrire.

Il est à relever que la majorité des abonnés inscrits aux forfaits est constituée d’élèves, d’étudiants et de chercheurs d’emplois, tandis que la grande partie des non-inscrits est composée de salariés.

Ces fameuses ratées…

Les perturbations dont se plaignent les clients existent bien avant l’introduction de forfaits sur les réseaux. Les défenseurs des consommateurs émettent des hypothèses toutes simples. « Si pour un appel de 45 secondes, le message reçu après, signale que vous avez consommé 46 secondes, ça fait une seconde que vous avez perdu, soit un franc Cfa par exemple pour les appels intra réseaux. Alors, multipliez un franc par le nombre d’appels que vous faites par jour et par le nombre d’abonnés que possède un opérateur. Vous pourrez vous faire une idée des « bénéfices » supplémentaires qu’ils se font sur le dos des clients. » D’autres exemples de dysfonctionnements sont notés par les usagers. « Le client est roi », dit Carine. « Mais vous-même, vous pouvez voir comment ils vous bombardent d’annonces. Et puis, il m’est arrivé une fois de découvrir que j’avais perdu 50 francs parce que je me serais inscrite à des ringtones (les musiques d’attente, Ndlr) alors que je n’ai rien activé et je ne laisse mon téléphone à personne. » « C’est une stratégie, suggère Expédit. Après ils vous envoient des messages pour s’excuser mais sans jamais vous rendre vos unités. »

(Crédit photo: archives SONACOP
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BENIN / ECONOMIE / VIE DES ENTREPRISES: Un sauvetage à controverse

La dernière session du Conseil des ministres a fait la part belle aux réformes gouvernementales pour sortir la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) de l’impasse.

(Crédit photo: archives SONACOP

Direction générale de la Sonancop au Bénin

( Crédit photo: archives mairie de Cotonou)

Centre ville de Cotonou abritant la Direction générale de la Sonacop

Cette nouvelle tentative, par ces temps de marasme économique et de morosité nationale où la majorité des Béninois souffrent cruellement dans leur quotidien, alimente la polémique légitime de l’indignation et de la révolte. Plus de 600 milliards de francs Cfa (un peu moins d’un milliard d’euros) devront encore être décaissés pour tenter l’ultime sauvetage d’une société d’Etat en goguette chronique.
Pourquoi continuer à dilapider les maigres ressources nationales au profit d’une structure qui brille par la mal gouvernance ? Quand on sait que le Syntra-Sonacop est récemment monté au créneau pour dénoncer des cas avérés de malversation financière, on comprend mal l’empressement du pouvoir, nullement préoccupé par le passif d’une entreprise dont l’image a été suffisamment écornée par de nombreux scandales politico financiers par le passé, à lui redonner une nouvelle vie.
A bien y réfléchir, sauver coûte que coûte cette « brebis galeuse» et la ramener « au bercail » en dépensant à hue et à dia, est fort inopportune. Faut-il sauver l’entreprise Sonacop ? Oui, mais non sans indécence car la conjoncture nationale actuelle se prête peu à une générosité qui prend des airs de prodigalité. Le pays n’a pas les moyens d’un tel vice, loin s’en faut !
Evidemment on me demandera que faut-il faire ? Je répondrai : délester l’Etat d’une charge qui le plombe ; regarder du côté de certains repreneurs privés qui ne demandent qu’à récupérer une société à potentiel certain mais qui souffre d’une culture de gestion désastreuse dont tout laisse à penser qu’elle est héréditaire.
Car l’Etat, par les temps qui courent à bien d’autres chats à fouetter : la sécurité qui demande des moyens de plus en plus puissants ; la pauvreté des populations qui appelle une intervention d’urgence non sans une certaine approche providentielle ; l’énergie dont le déficit condamne irrémédiablement notre économie au surplace…
Ce n’est pas dans la résurrection artificielle d’une entreprise déjà mille fois morte et mille fois ressuscitée qu’on trouvera la panacée à des penchants fondamentalement mortifères.

Forte consommation des bougies
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L’économie béninoise aux abois suite aux coupures intempestives d’électricité

Le Bénin a renoué  avec les délestages en électricité, ce qui n’est pas sans conséquence sur les activités économiques et financières.

Le personnel de « B », une entreprise privée spécialisée dans les prestations de service est oisif. D’aucuns devisant tranquillement entre eux, d’autres somnolant, tête sur le bureau. Depuis plus de trois heures, une bonne partie de la ville de Cotonou n’a pas d’électricité. Non par défaut de paiement des factures de consommation, mais à cause du délestage tout simplement. Depuis plusieurs mois, la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), coupe sans aucune forme d’explication la distribution du courant électrique. Et à défaut de l’énergie électrique, combien indispensable dans le fonctionnement des administrations, tout tourne au ralenti.

Jean François, administrateur d’une entreprise privée de la place, déplore cette situation qui «est la résultante du non-respect de ses engagements vis-à-vis de ses clients ».         « Vous constatez vous-même qu’il n’y a pas d’énergie pour traiter les dossiers. Chaque fois que la Sbee prend le courant, c’est pour au moins trois heures. On attend le rétablissement du courant pour travailler. Au départ, cela durait quelques minutes mais, depuis quelques jours, ces coupures deviennent de plus en plus fréquentes et plus longues ». À quand le retour à la normale ? « Je ne saurais le dire. Or nous avons des délais contractuels pour livrer des travaux. Comment perdre presque tous les jours, la moitié du temps de travail ? Quand allons-nous finir nos commandes et les livrer ? Depuis que cela a commencé, mes recettes baissent et plus les coupures durent, plus je cumule des manques à gagner », raconte-t-il d’un ton amer.

Calvaire du délestage

A l’instar de ce jeune chef d’entreprise, tous les patrons d’entreprises que ce soit dans le secteur privé ou dans l’administration publique déplorent les coupures d’électricité. Outre les administrations, les ménages vivent le calvaire des délestages qui en disent long sur les capacités du Bénin à accueillir des investissements privés. Dans les sociétés d’État, on accuse la Sbee d’être à l’origine de la lourdeur ou de l’impossibilité de répondre à temps aux sollicitations des usagers. À en croire certains agents, «l’absence de l’énergie électrique contraint à surseoir le travail jusqu’au rétablissement du courant ». Ainsi, depuis le retour des délestages, les rendements ont drastiquement baissé dans les services.

Une lampe tempête

La Lampe- tempête refait surface

Le délestage est omni présent sur toute l’étendue du territoire national. À Parakou la situation n’est guère enviable. Les sorties nocturnes tournent au drame. Par ces temps de forte chaleur, les abonnés de la Sbee ne savent plus où donner de la  tête. Promoteurs de cybercafés, de bar-restaurants, imprimeurs et gestionnaires de centres de photocopies, etc. n’ont plus de voix pour dénoncer une situation qui met à mal leurs affaires.

Si ici, la coupure dure quelques heures, ailleurs, c’est parfois toute une nuit et la moitié de la journée suivante qu’il dure de l’autre côté de la rue.  On peut citer le troisième arrondissement de Cotonou où après vingt-trois heures le dimanche 24 février dernier, après plusieurs coupures dans la journée, les habitants ont été définitivement privés de l’énergie électrique jusqu’au lundi après midi. Un gérant de débit de boissons confia alors : «Un dimanche nuit, je peux faire un chiffre de plus de deux-cent mille francs (un peu plus de 300 euros), mais je me suis retrouvé avec moins de quarante mille francs (60 euros)». À l’instar de ce gérant de buvette, c’est la grande désolation chez les résidents de cet arrondissement populeux de Cotonou.

Déception dans les rangs des abonnés

« Concerts de groupes électrogènes dans mon quartier cette nuit. J’en ai eu le sommeil coupé. Tu rentres chez toi après une grosse journée de travail et tu es accueilli par l’obscurité totale. La chaleur et les moustiques en prime. L’enfer sur terre ! Et je n’exagère pas, croyez-moi. C’est comme cela que je le vis ». Ainsi s’exprimait Gabin, la trentaine, le 1er mars denier pour déplorer la situation.  «C’est comme cela que nous vivons la plupart du temps depuis quelque temps. Le Bénin est devenu l’ante chambre de l’enfer », enfonce  étudiant en gestion.

Malgré la volonté affichée par le fournisseur national de l’électricité pour augmenter sa production, les abonnés continuent de subir des coupures intempestives. Jérôme, un abonné de la Sbee s’interroge sur les capacités réelles de la société à satisfaire ses clients. « Mais à ce que je sache la Ceb a accepté de nous donner quelles quantités d’électricité dès la mise en service de la turbine à gaz de Maria-Gléta ? » s’interroge-t-il. Il note que  les dirigeants ne semblent pas comprendre la souffrance du peuple. « Tout ce qui ce passe ne leur dit rien. Le mieux est que chacun s’achète un groupe électrogène de secours et un régulateur pour protéger ses appareils».

Quant à Jeanne, une opératrice économique suggère pour sa part que l’entreprise qui installe l’énergie solaire fasse preuve de célérité dans ses réalisations, multiplie les zones d’intervention et révise le coût de ses prestations à la baisse ainsi que la qualité du matériel installé.  Espérant ainsi qu’une partie de la population pourrait commencer à quérir leur indépendance énergétique vis-à-vis du fournisseur national. Et comme pour dire que la nature est prête à accompagner cette politique, Jeanne souligne que « le soleil devient de plus en plus brûlant ».

Jacques plus vindicatif appelle à l’action : « à chacun son panneau solaire ou son groupe électrogène pour contourner et la Sbee serait morte et nous serons libres… ». Plus sceptique, Jean Marie s’exclame : « En tout cas, on doit subir. Il n’y a pas de solution. Sinon achetez des torches et piles ». Et il rappelle la grande publicité faite autour de quelques actions de saupoudrage. « Mais vous nous aviez dit a grand renfort médiatique en 2007 que le Nigeria nous a donné du courant et que les délestages sont un lointain souvenir non? », se moque-t-il.

Anicet  enfonce le clou. « Il faut se remettre à Dieu puisque le directeur général de la Sbee est fier des résultats de sa structure et n’en fait que des éloges à travers les médias », souligne-t-il au passage. Gérard D. plus moqueur fait allusion à la médiatisation de la société et affirme : « c’est quand même difficile à comprendre… Nous avons vu et entendu des hauts responsables dire que des pays nous ont donné des mégawatts… mais le constat reste amer… ». Tout en déplorant cette attitude il attire l’attention sur la méprise du prestataire de services. « C’est révoltant! Car au moins, on pouvait informer la population d’un calendrier des coupures… c’est dommage… » Laisse-t-il entendre d’un ton sec.

Malgré l’état fonctionnel des turbines de Maria-Gléta…

Le délestage a fait son retour au moment où le Bénin réceptionnait, la centrale électrique de Maria-Gléta (Banlieu d’Abomey-Clavi). Le profane est alors en droit de penser que le pays dispose désormais de plus de quantité d’énergie électrique que par le passé. Puisque, cette usine de production de l’énergie électrique est censée, selon les propos des responsables de la Sbee, produire quatre-vingt mégawatt. Pour les mêmes sources, les essaies auraient fournis plus de cinquante mégawatt d’électricité. Le gros souci de cette centrale électrique gérée par la Communauté électrique du Bénin, fournitrice de la Sbee, demeure le combustible.

Conçu pour fonctionner avec du gaz devant provenir du Nigeria, les essais ont été faits avec du Jet A1, carburant utilisé par les réacteurs des avions. Les techniciens ont dû recourir à ce combustible, explique-t-on, en l’absence du gaz approprié pourtant négocié à l’avance. L’espoir suscité par l’avènement de cette centrale électrique a disparu.

À la direction générale de la Sbee, on indique que, faire tourner ces turbines avec du jet A1 aurait des implications financières lourdes que la société ne saurait supporter. « Le chef de l’État ayant défendu formellement toute nouvelle augmentation du prix de l’électricité au Bénin », s’écrit un responsable de cette entreprise publique. Des réflexions seraient alors en cours pour pallier au déficit énergétique national, apprend-on de source interne à l’entreprise.

Enfin des explications…

Pendant longtemps, et malgré les récriminations des abonnés les responsables de la société distributrice de l’électricité sont restés muets sur les défaillances de leur société vis-à-vis des abonnés. À la faveur d’un débat provoqué par une télévision privée de la place, le directeur général adjoint a fini par admettre la crise énergétique et l’expliquer en ces termes. « La Société distribue l’énergie électrique disponible aux abonnés. Le Bénin ne produit pas de l’énergie électrique ». C’est ce qu’a laissé entendre Camille Kpogbémabou. En ce qui concerne  les raisons du délestage que subissent les populations, il ressort des explications du Dga Sbee que les besoins en énergie électrique des populations s’accroissent  de façon exponentielle pendant que l’énergie mise à  disposition du Bénin par la  Communauté électrique du Bénin (Ceb), qui réunit le Bénin et le Togo, stagne voire diminue.

Une déclaration confirmée par Barthélémy Kassa,  ministre de l’énergie. À la suite d’une audience avec le président de la République, il a  indiqué que le Bénin produit en ce moment seulement onze pour cent de sa consommation en électricité. Du coup, le pays dépend à quatre-vingt-neuf pour cent de l’extérieur.