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BÉNIN/TOURISME/Sur la route de l’esclave

Dans ce nouveau billet, j’invite à une promenade sur la route de l’esclave, le sentier original emprunté par des milliers d’esclaves, en partant de la place Chacha au centre ville de Ouidah au Bénin jusqu’à la côte, sur un trajet de 4 kilomètres pour embarquer à bord de navires en partance pour les Amériques…

C’est avec beaucoup de plaisir que je refais, cette fois-ci à pied, en compagnie d’un vieil ami natif de Ouidah comme moi, guide touristique à ses heures perdues, la promenade sur la route de l’esclave pour mieux en cerner le sens et la portée sur un itinéraire traversant trois grands villages. Et débouchant à la plage de Ouidah, où se trouve la porte du non retour,  monument dédié par l’Unesco à la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ont quitté leurs différents pays à partir de cet endroit. Morceaux choisis.

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Place Chacha à Ouidah au Bénin

La place des enchères

Selon plusieurs sources orales concordantes, c’est le lieu par excellence du négoce d’esclaves par troc. Situé devant l’ancienne maison du négrier brésilien don Francisco Félix de Souza alias Chacha, mon ancêtre, la place des enchères est la première étape de la route des esclaves. Une place qui a vu le jour en 1717 à la suite de la défaite du royaume Houéda (Ouidah) face à celui de Danxomè (Abomey). Devenu un territoire sous protectorat, le roi Guézo, roi d’Abomey d’alors, confia à son ami, le négrier don Francisco Félix de Souza alias Chacha, l’administration et la gestion de cette nouvelle contrée annexée. Ainsi, au lieu de tuer les prisonniers de guerre, les victimes de razzias, ou ceux ayant commis l’adultère au sein de la communauté sont vendus comme esclaves aux Européens, aux Américains sur cette place dénommée place des enchères. Avec l’essor prodigieux de la traite, le grand négrier en vint à élargir son entonnoir d’esclaves. Des bras valides furent troqués contre des marchandises de peu de valeur, tels que canons, alcools, fusils, miroirs, chapeaux, pacotilles…

L’arbre de l’oubli

« Pour empêcher les esclaves d’avoir leurs regards, leurs pensées toujours tournés vers l’Afrique », aux dires de mon guide touristique. Aussi, à une partie du parcours se trouve un arbre qui revêt un sens particulier dans la culture des populations du sud Bénin, l’arbre de l’oubli. Cet arbre matérialise la deuxième station après celle de la place des enchères. A cette étape, les esclaves sont contraints de se livrer à un rituel. Les femmes, considérées comme ayant sept côtes selon la tradition, font sept fois le tour de l’arbre de l’oubli et les hommes, neuf fois le tour puisque la tradition leur attribue neuf côtes.

L’importance de ce rituel, c’est d’amener les esclaves à oublier leur passé, leur culture, leur origine, leur identité. Derrière ce mystère, difficile à élucider, pointe la main de quelques gardiens du temple, au sein de la chefferie traditionnelle locale connaissant la vertu de cet arbre, qui ont pactisé avec l’envahisseur pour mener à bien ce honteux trafic. Une fois le rituel accompli, les esclaves sont conduits à Zoungbodji, village situé non loin du quartier Brésil pour être parqués dans des concessions de fortune en attendant l’arrivée des cales.

La case de Zomaï

Cette case représente tout un symbole. C’est à cet endroit que, tard dans la nuit, les esclaves sont ramenés en attendant l’arrivée des cales de l’Europe et parqués dans des petites cases de fortune hermétiquement closes, où régnait une obscurité totale dès leurs arrivées. Afin de les désorienter en coupant court à toute velléité de fuite ou de rébellion. Zomaï veut dire « là où ne va pas ». Le mémorial de Zougbodji représente aujourd’hui le cimetière des esclaves. Sous l’égide de l’UNESCO, en 1992, il a été opéré une fouille archéologique où beaucoup d’ossements et d’instruments authentiques ont été découverts. Actuellement, tous ces instruments (chaînes…), sont exposés au musée de Ouidah Quant aux ossements trouvés, ils ont été enterrés de nouveau et sur ceux-ci se dresse aujourd’hui le mémorial de Zoungbodji ayant une profondeur de 4 mètres et 6 mètres de hauteur. Ce mémorial en dit long sur la tragédie qu’il y a eu en ce lieu. Après avoir enterré ceux qui ont rendu l’âme, le reste des esclaves s’ébranle en direction de l’arbre de retour. Cap sur l’arbre de retour

L’arbre de retour, le souffle y demeure

Ici, s’annonce un autre rituel résultant d’une multitude de questions que les esclaves se posaient. Où allons-nous ? Que feront-ils de nous ? A quel destin nous vouent-ils ? Ainsi, fort convaincus de leurs croyances et des cultes des divinités, ils font alors trois fois le tour de l’arbre pour marquer le retour effectif de leur âme après leur mort sur la terre de leurs aïeux. Ce retour dont il s’agit n’est pas le retour physique mais le retour mystique. C’est de là qu’est partie l’idée de la réincarnation. Cet arbre est demeuré tel depuis le 16 ème siècle et n’a pas disparu. Communément appelé dans la langue fon « Hountin », les gens le nomment vulgairement le kolatier sauvage. Il porte des fruits assez symboliques aidant à la préparation d’infusion qui servent à guérir l’éléphantiasis. Aussi, c’est une place sur laquelle s’organisent régulièrement la danse des «Egungun», danse des revenants ou cluito. Car l’adage demeure « les morts ne sont pas morts ». Après ce rituel, les esclaves prenaient la route de la plage qui traversaient les marais et acheminés par la lagune de Djègbadji pour être embarqués sur les navires négriers. Ainsi, l’embarcadère de Djègbadji était le lieu de départ des esclaves pour les Amériques, il est situé sur la pelouse littorale.

La porte du non retour, l’embouchure de la route du retour

C’est la dernière étape de la route, la dernière marche vers l’ailleurs. C’est l’étape de la désespérance et de la désolation. Arrivés au bord de la mer, les esclaves qui n’en pouvaient plus, prenaient du sable et en mangeaient. D’autres s’égorgeaient au moyen de leurs chaînes, préférant ainsi la mort sur la terre de leurs aïeux à l’esclavage. Pour atteindre les bateaux qui les attendaient, la traversée se faisait grâce à de petites pirogues. Dans les bateaux, ils sont parqués et alignés en position sardine.

De nos jours, cette étape est symbolisée par un monument appelée « la porte du non retour ». C’est un monument érigé sur la plage de Ouidah  en mémoire des Africains qui ont pris départ de ce lieu pour les travaux forcés en Amériques. Ce monument est tourné vers la ville de Ouidah, ce qui traduit le dernier regard jeté par les esclaves avant l’embarquement sur les bateaux. Au Bénin et précisément à Ouidah, le concept du retour est très fort.

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Porte-du-non-retour à Ouidah au Bénin

La case de Zomatchi, la case de la réconciliation

Étymologiquement, Zomatchi dérive de deux mots « Zo » qui veut dire feu, lumière et « matchi » qui signifie ne s’éteint pas. Donc, Zomatchi veut dire le feu qui ne s’éteindra jamais. Ainsi, Zomatchi est le nouveau monde des retrouvailles ; étape de soulagement pour que le passé reste gravé dans l’esprit de la génération montante. Afin qu’elle ait l’esprit de solidarité, de la coopération internationale. Zomatchi est situé à la nuque de la case Zomaï (où étaient parqués les esclaves, où le feu, la lumière n’atteignait pas). Le b as relief de la case Zomatchi retrace toute la route de l’esclave et présente les sept sénateurs noirs américains puis les diverses inventions des noirs aux différents stades de la lumière. Un mémorial du repentir a été également construit. Il fait face à l’entrée de la case de Zomatchi.

Un  mémorial du repentir, demander pardon

Le mémorial du repentir est le lieu de recueillement après la longue marche du repentir qui a lieu le troisième dimanche du mois de janvier. En effet, c’est en 1998 plus précisément le 18 janvier que les notables de la ville de Ouidah, se sont agenouillés pour demander pardon à Dieu et à leurs frères et sœurs de la diaspora pour les péchés de leurs ancêtres qui ont collaboré avec les acheteurs d’esclaves. Ceci a eu lieu après une longue marche de 3 kilomètres.

La porte du retour, le retour sur la terre des aïeux

Elle représente le retour de très nombreux afro-américains sur la terre de leurs aïeux. Située sur la piste à droite du mémorial, cette porte d’une composition simple est un passage symbolique pour ceux qui veulent faire un retour aux sources.

L’escale du retour

Elle est localisée sur la route de l’esclave à Ouidah . C’est un complexe de 50 chambres, un maquis, un musée, une galerie, une salle de conférence et un restaurant. C’est un chef-d’œuvre qui redynamise la route des esclaves.