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Le Bénin peut-il reconquérir sa place d’antan au niveau du palmier à huile ?

Par le passé, le Bénin, à travers la filière palmier à huile, avait pour vision de produire suffisamment de matières premières pour les usines créées dans les blocs agro-industriels pour se maintenir dans le cercle fermé des producteurs d’huile de palme. A l’époque, il était question surtout d’assurer une croissance économique.  Mais hélas, la donne a changé…

(Crédit image google)

Un palmier à huile portant un régime de noix de palme mûr

Hisser, à partir de l’agriculture, l’économie béninoise au rang des économies prospères. Telle était la logique à laquelle répondaient les efforts de financement et de modernisation du secteur agricole dans l’ex-Dahomey l’actuelle république du Bénin, dès les années 1960, selon Barnabé Hounkanrin, auditeur et doctorant en géographie à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), « à l’époque, cette logique s’appuyait sur la coopérative agricole, modèle jugé le plus apte pour mener le pays au développement socio-économique. C’est ainsi qu’ont été créées, par l’Etat, les Coopératives d’aménagement rural (Car), autour du palmier à huile dans plusieurs localités du sud-Bénin telles que Houin-Agamè, Grand Agonvy, Hinvi… Le palmier à huile était à la base de la première filière d’exportation du pays. En s’appuyant sur cet arbre, l’Etat avait fait des coopératives, son outil de développement économique pendant plusieurs décennies, sans réussir à atteindre les objectifs de départ ». Les résultats obtenus par ces coopératives sous le contrôle de l’Etat sont en deçà des attentes. Les quantités de régimes de palme récoltées n’ont jamais permis aux usines de tourner à plein régime ni aux coopératives de prospérer. L’autonomie de gestion, obtenue en janvier 1998, n’a pas amélioré pour autant la situation financière et sociale de ces coopératives. Bien au contraire, la mauvaise gestion et les conflits entre coopérateurs ont «tué» la filière qui a du mal à retrouver ses lettres de noblesse.

(Crédit image: Wikipédia)

Des noix de palme mûrs

Histoire d’une intervention inachevée

A l’indépendance, les Etats africains francophones ont manifesté le souci de se créer des instruments modernes de développement économique. Au Bénin, le secteur rural et principalement le palmier à huile a été celui qui bénéficia le plus des attentions de l’Etat. Les dérivés du palmier à huile contribuaient à plus de 70% aux recettes commerciales du pays. C’est  donc dans le but d’en faire une culture économiquement rentable pour le pays que le sous-secteur du palmier à huile, déjà organisée en filière sous la colonisation, a connu de grands investissements, avec la création des coopératives d’aménagement rural. La politique de développement agricole par les coopératives agricoles a amené à la création d’un ministère de l’agriculture chargé, par arrêtés, de mettre à exécution les différentes décisions prises par le gouvernement dans le secteur agricole. Mais la pertinence d’une telle politique de développement tarde à s’imposer. Les années de fonctionnement des coopératives agricoles sous le contrôle de l’Etat n’ont pas empêché la croissance du niveau de pauvreté monétaire des communautés rurales agricoles et la détérioration de leurs conditions sociales. Dans sa marche vers la rentabilité économique et sociale, le milieu rural béninois a connu des transformations structurelles et socio-économiques qui ont largement modifié les rapports de production, faisant du Sud-Bénin une zone économiquement tournée vers l’extérieur. La production, presque stable de 1960 à 1966 autour de 100 000 tonnes de régimes de palme, croît de façon spectaculaire entre 1966 et 1968 avant d’amorcer de 1970 à 1972 une descente en escalier jusqu’en 1973 où on observe une nouvelle remontée de la production. La filière du palmier à huile entama sa descente aux enfers avec les contre-performances de la Société nationale des industries de corps gras (Sonicog). Le déficit en matières premières était donc énorme quant à l’approvisionnement des huileries de Houin-Agamé, Hinvi et Grand Agonvy. De 31 957 tonnes en 1970, la production commercialisée de l’huile de palme n’était que de 15000 tonnes en 1980. Les coopératives d’aménagement rural étaient dans l’impasse économique et sociale, avec la résurgence de conflits et d’actes d’incivisme. Le Bénin a disparu de la liste des pays exportateurs d’huile de palme la décennie qui a suivi. C’est dans cette situation chaotique que le Bénin, au regard des exigences du Programme d’ajustement structurel(Pas), s’est désengagé en 1997 de la filière palmier à huile, laissant la gestion aux coopératives.

La récolte du vin de palme

Récolte de vin de palme

Les organisations paysannes autour du palmier à huile

Le désengagement de l’Etat a laissé le champ à d’autres acteurs locaux qui ont pris le contrôle des coopératives. Plusieurs organisations paysannes se partagent le secteur du palmier à huile. Mais les plus connues sont celles qui sont issues des coopératives jadis contrôlées par l’Etat. Les coopérateurs, avec l’assistance des partenaires au développement, ont créé les Unions régionales des coopératives d’aménagement rural (Urcar) qui sont des organisations faîtières de premier niveau. Ce désengagement de l’Etat a permis de rénover une partie des palmeraies et a remis en selle la production sur toutes les coopératives. Mais cette réhabilitation s’est effectuée sur des prêts avec intérêts accordés aux coopératives par la Banque mondiale, la Coopération suisse et les Japonais. Le désengagement en 1997 est intervenu sur cette relance de la production certes, mais aussi avec le démembrement de la structure de production : alors que les palmeraies reviennent aux coopérateurs, les unités industrielles sont cédées aux repreneurs privés qui ne partagent pas les mêmes intérêts qu’eux. Les milliers de paysans sont désormais livrés à leur capacité de production, aux textes et aux hommes chargés de les appliquer. S’adapter au nouveau contexte national, s’insérer dans le nouvel ordre mondial qu’impose la globalisation et, en retour, assurer le bien-être social et économique des sociétaires, sont les défis que devraient relever les organes de gestion des Car. Surtout que le retrait de l’Etat a favorisé l’émergence de groupes de pression qui contrôlent l’essentiel des activités des coopératives.

Car, ayant une histoire particulière parce qu’issues des entrailles de l’Etat avec des conflits originels, elles ne veulent accepter en leur sein d’autres membres.  Ces difficultés congénitales sont d’ailleurs doublées de situations socio-économiques complexes. Le secteur du palmier à huile s’est alors enrichi d’autres organisations paysannes, qui sont nées de la multiplication des plantations familiales. En effet, deux ans avant le désengagement de l’Etat, la filière du palmier à huile se trouvait dans une situation critique. Les coopératives accumulaient des arriérés de salaire, les palmeraies étaient envahies par des jachères, les récoltes volées par les sociétaires, une partie du patrimoine foncier vendue illégalement et certains palmiers abattus pour l’extraction du vin de palme. Le premier programme de réhabilitation est venu éviter, en 1995, la détérioration complète de la situation des Car.

Récolte d'un régime mûr sur un palmier à huile

Récolte d’un régime mûr sur un palmier à huile

L’économie du palmier à huile

La gestion de la production des palmeraies et sa commercialisation avaient conduit l’Etat à la création de la Société nationale des huileries du Dahomey (Snahda). Société d’économie mixte, dotée de la personnalité civile et de l’autonomie financière, elle a été créée en décembre 1961 pour la gestion des anciennes huileries. A partir de 1965, elle a assuré la commercialisation des produits du palmier à huile, à l’exception des palmistes non concernés par l’industrialisation. Il faut noter que les produits industriels que l’on tire du palmier sont multiples. Mais de tous les produits tirés du palmier à huile, l’huile de palme est la plus demandée. Le volume d’huile de palme destinée à l’exportation passa de 2 519 tonnes en 1946 à 16 015 tonnes en 1960, soit une augmentation de 486,04%. Le palmier à huile est devenu le pilier d’une économie de traite qui perdure encore. Il a révolutionné le système économique de tout le golfe de Guinée et a marqué de son empreinte les échanges commerciaux entre les souverains de la côte et les premiers comptoirs. Sa production et sa commercialisation ont enrichi des groupes de paysans qui en tirent encore des revenus substantiels. Selon une enquête de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) sur la consommation en huile au Bénin, il est noté une consommation nationale progressive passant d’environ 72 960 tonnes en 1992, à 80 200 tonnes en 1995 puis à 110 000 tonnes en 2005. Cette consommation est dominée par l’huile de palme qui représente au moins 44% des huiles alimentaires.

Les perspectives 

Les défis de développement auxquels était confronté le jeune Etat dahoméen étaient nombreux et il fallait des mesures hardies pour impulser, très vite, un développement agricole capable de soutenir durablement l’économie du pays. Les coopératives agricoles répondaient bien à cette ambition de bâtir un pays économiquement sûre et stable. Mais les résultats, trois décennies plus tard, ont été décevants. Il paraît alors évident que la logique d’Etat, au lieu de protéger les paysans et de favoriser leur bien-être à travers les coopératives agricoles, les a plutôt livrés aux contraintes de l’économie de marché, faites d’expropriation des terres et d’exploitation des forces de travail. Ces confits sont exacerbés par la mauvaise gouvernance économique et sociale, surtout après le retrait de l’Etat de la gestion directe des coopératives.

Une issue de sortie peut être un retour momentané à la gestion directe par l’Etat, le temps de mettre tous les acteurs sur le même pied d’égalité et de créer une nouvelle synergie autour des coopératives. Il n’y a peut-être pas de doute que les coopératives sont encore capables d’apporter le développement socio économique dans les zones rurales où elles sont implantées. Il faudra les aider à réorganiser la filière et leur faciliter l’accès aux services financiers pour leur permettre de replanter les milliers d’hectares qui sont présentement laissés à la jachère.

En 2006, à son arrivée au pouvoir le président Boni Yayi avait  déclaré que le palmier à huile ferait l’objet d’une grande attention autant que le coton. Il l’a annoncé au moment où le tout nouveau régime du changement investissait 14 milliards dans la filière coton pour son relèvement. Comme action pour matérialiser cette volonté du président Yayi, l’implication d’un expert malaisien. Cet expert qui aurait une bonne connaissance du palmier à huile. Quelques mois après son arrivée, il est reparti du Bénin sans que la filière ne décolle. A l’époque, on avait appris dans les coulisses que le Malaisien avait affirmé avant son départ que «le sol béninois n’est pas propice à la culture du palmier à huile». Argument à prendre avec des pincettes. Pour cause, dans les années 60, le Bénin était premier pays producteur de palmier à huile dans la sous-région.  Avec le palmier à huile, le rêve est toujours permis.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

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