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BENIN/Recyclage des rebuts de fer : une activité pour la jeunesse en quête d’emploi

Le recyclage des rebuts de fer est une activité florissante qui occupe les jeunes désœuvrés de la ville de Cotonou et ses environs.

A destination de la Chine, de l’Inde, de Singapour et dans une moindre mesure de la Hollande, le commerce de la ferraille devient une activité de plus en plus florissante même si des doutes subsistent sur son organisation en tant que filière, dans l’optique d’une formalisation. Il est difficile de sillonner les villes de Cotonou, Abomey-Calavi et bien d’autres du pays sans croiser des jeunes traînant des pousse-pousse pour acheter de la ferraille. « Gankpo gblégblé »,  en langue locale fon, ce qui littéralement traduit signifie dans la langue de Molière « fer gâté, ferraille… » : C’est à ce cri de ralliement qu’il faut identifier ces acheteurs de ferraille à la criée qui sillonnent les rues et les ruelles des grandes agglomérations en quête de ferraille à acheter.

Au départ, ils n’étaient pas nombreux, mais aujourd’hui ils dépassent plusieurs milliers. Difficile de comprendre comment une pareille activité a pu réunir tant de jeunes d’horizons divers. Selon Marwane Salou, un Nigérien résidant à Cotonou depuis une dizaine décennie, «une activité qui fleurit, quelles que soient sa provenance et sa nature, attire du monde. Et ceci explique aujourd’hui l’incursion de plus en plus de Béninois dans ce secteur ». Responsable d’un centre de gestion de rebuts de fer, Marwane Salou emploie différentes catégories de jeunes dynamiques et acquis à la cause. « Il y a des élèves qui viennent pendant les week ends, les congés et les vacances. Sur la vingtaine d’employés qui exercent avec moi, la bonne partie est constituée d’élèves encore sur les bancs. Il y en a qui sont en fin de formation et qui viennent tirer un peu de gain pour leur diplôme de fin de formation ». Un secteur peu rentable mais qui nourrit un tant soit peu cette couche de jeunes scolarisées et d’apprentis en quête de gains.

Une activité peu rentable

Pour Marwane, le kilogramme de ferraille est acheté auprès des jeunes traîneurs de pousse-pousse qui font la collecte des morceaux de fer dans les concessions et ménages, ainsi que sur divers lieux de stockage d’accessoires en fer. Si ces derniers sont censés acquérir le kilo de ferraille à un prix raisonnable, à moins de cent francs Cfa (quelques centimes d’Euros, parfois même à cinquante francs, ils le revendent à cent vingt cinq franc au prix élevé. Les responsables participent pour la plupart des cas aux besoins financiers de ces jeunes qu’ils managent. « Nous leur remettons un pousse-pousse et de l’argent. Par jour dans leur randonnée, ils gagnent entre 50 et 75 francs Cfa sur le kilo de ferraille sur des acheteurs », explique Marwane. Certains jeunes, par contre, exercent sur les lieux de regroupement de la ferraille de façon permanente. « Au nombre de trois au total, ceux que nous avons en permanence ici sont rémunérés à 4500 francs (environ 7 euros) par jour », confie-t-il. Ezéchiel Kottin, un jeune collégien, exerce à temps partiel et pense que c’est une activité qui le soulage dans les moments difficiles. « J’exerce cette activité de façon temporaire pour joindre les deux bouts. Grâce à elle, j’ai pu payer ma contribution scolaire.  Je me débrouille pas mal avec l’argent bien que ce ne soit pas beaucoup. Je me plais dans cette activité, et je ne compte pas la laisser de si tôt si je ne trouve pas d’autres opportunités », indique le jeune élève en classe de quatrième.

ferraille

rebuts de ferrailles

ferraille

rebuts de ferraille

Le volet assainissement

Outre le fait que cette activité permette aux jeunes ou à d’autres personnes sans emploi ou désœuvrées  d’assurer leur subsistance, elle contribue à également à l’assainissement de la ville en la débarrassant des déchets et débris de ferraille. Sans que les autorités de la mairie de Cotonou ne leur reconnaissent cette œuvre de salubrité publique en continuant à harceler les opérateurs de ce secteur informel avec à des taxes et des impôts.  « On nous impose des taxes et des impôts que nous peinons à payer. Pis, quand bien même l’activité n’est pas reconnue, on nous taxe fortement, et bien que nous payons ils reviennent toujours à la charge pour nous rançonner », confie avec amertume un opérateur ayant pignon sur rue à Cotonou. Pourtant, relève-t-il, « parce que ce nous faisons, est salutaire pour la ville, la mairie devrait nous décorer parce que nous rendons la ville propre ». Le commerce des ferrailles qui encombrent les ménages et autres lieux publics, assainit la ville qui regorge de déchets néfastes à l’environnement. « C’est des rebuts de fer, des objets usagés que les gens abandonnent au bord des rues que nous achetons. A ce titre, nous devrions avoir notre place et notre mot à dire », défend Marwane.

En dehors de la pression fiscale ceux qui s’adonnent à cette activité courent bien d’autres risques. « C’est vraiment un métier à risques. Pour une pièce achetée à un apprenti à cent ou à deux cent francs, vous vous retrouvez au commissariat en train de payer 250.000 francs», confie Abdou Mahamane, un vendeur. Aussi, la formalisation d’une telle activité n’est-elle pas pour aujourd’hui, bien que diverses taxes soient perçues par les autorités municipales. « L’activité est formelle mais elle garde toujours son caractère informel, malgré les taxes perçues auprès de nous par la mairie de Cotonou ».

Pour la défense de leurs intérêts, une association, portée sur les fonts baptismaux, est à pied d’œuvre. Le secteur regroupe environ trois cent centres de collecte autour desquels s’activent plus de cinq mille jeunes.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

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