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L’économie béninoise aux abois suite aux coupures intempestives d’électricité

Le Bénin a renoué  avec les délestages en électricité, ce qui n’est pas sans conséquence sur les activités économiques et financières.

Le personnel de « B », une entreprise privée spécialisée dans les prestations de service est oisif. D’aucuns devisant tranquillement entre eux, d’autres somnolant, tête sur le bureau. Depuis plus de trois heures, une bonne partie de la ville de Cotonou n’a pas d’électricité. Non par défaut de paiement des factures de consommation, mais à cause du délestage tout simplement. Depuis plusieurs mois, la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), coupe sans aucune forme d’explication la distribution du courant électrique. Et à défaut de l’énergie électrique, combien indispensable dans le fonctionnement des administrations, tout tourne au ralenti.

Jean François, administrateur d’une entreprise privée de la place, déplore cette situation qui «est la résultante du non-respect de ses engagements vis-à-vis de ses clients ».         « Vous constatez vous-même qu’il n’y a pas d’énergie pour traiter les dossiers. Chaque fois que la Sbee prend le courant, c’est pour au moins trois heures. On attend le rétablissement du courant pour travailler. Au départ, cela durait quelques minutes mais, depuis quelques jours, ces coupures deviennent de plus en plus fréquentes et plus longues ». À quand le retour à la normale ? « Je ne saurais le dire. Or nous avons des délais contractuels pour livrer des travaux. Comment perdre presque tous les jours, la moitié du temps de travail ? Quand allons-nous finir nos commandes et les livrer ? Depuis que cela a commencé, mes recettes baissent et plus les coupures durent, plus je cumule des manques à gagner », raconte-t-il d’un ton amer.

Calvaire du délestage

A l’instar de ce jeune chef d’entreprise, tous les patrons d’entreprises que ce soit dans le secteur privé ou dans l’administration publique déplorent les coupures d’électricité. Outre les administrations, les ménages vivent le calvaire des délestages qui en disent long sur les capacités du Bénin à accueillir des investissements privés. Dans les sociétés d’État, on accuse la Sbee d’être à l’origine de la lourdeur ou de l’impossibilité de répondre à temps aux sollicitations des usagers. À en croire certains agents, «l’absence de l’énergie électrique contraint à surseoir le travail jusqu’au rétablissement du courant ». Ainsi, depuis le retour des délestages, les rendements ont drastiquement baissé dans les services.

Une lampe tempête

La Lampe- tempête refait surface

Le délestage est omni présent sur toute l’étendue du territoire national. À Parakou la situation n’est guère enviable. Les sorties nocturnes tournent au drame. Par ces temps de forte chaleur, les abonnés de la Sbee ne savent plus où donner de la  tête. Promoteurs de cybercafés, de bar-restaurants, imprimeurs et gestionnaires de centres de photocopies, etc. n’ont plus de voix pour dénoncer une situation qui met à mal leurs affaires.

Si ici, la coupure dure quelques heures, ailleurs, c’est parfois toute une nuit et la moitié de la journée suivante qu’il dure de l’autre côté de la rue.  On peut citer le troisième arrondissement de Cotonou où après vingt-trois heures le dimanche 24 février dernier, après plusieurs coupures dans la journée, les habitants ont été définitivement privés de l’énergie électrique jusqu’au lundi après midi. Un gérant de débit de boissons confia alors : «Un dimanche nuit, je peux faire un chiffre de plus de deux-cent mille francs (un peu plus de 300 euros), mais je me suis retrouvé avec moins de quarante mille francs (60 euros)». À l’instar de ce gérant de buvette, c’est la grande désolation chez les résidents de cet arrondissement populeux de Cotonou.

Déception dans les rangs des abonnés

« Concerts de groupes électrogènes dans mon quartier cette nuit. J’en ai eu le sommeil coupé. Tu rentres chez toi après une grosse journée de travail et tu es accueilli par l’obscurité totale. La chaleur et les moustiques en prime. L’enfer sur terre ! Et je n’exagère pas, croyez-moi. C’est comme cela que je le vis ». Ainsi s’exprimait Gabin, la trentaine, le 1er mars denier pour déplorer la situation.  «C’est comme cela que nous vivons la plupart du temps depuis quelque temps. Le Bénin est devenu l’ante chambre de l’enfer », enfonce  étudiant en gestion.

Malgré la volonté affichée par le fournisseur national de l’électricité pour augmenter sa production, les abonnés continuent de subir des coupures intempestives. Jérôme, un abonné de la Sbee s’interroge sur les capacités réelles de la société à satisfaire ses clients. « Mais à ce que je sache la Ceb a accepté de nous donner quelles quantités d’électricité dès la mise en service de la turbine à gaz de Maria-Gléta ? » s’interroge-t-il. Il note que  les dirigeants ne semblent pas comprendre la souffrance du peuple. « Tout ce qui ce passe ne leur dit rien. Le mieux est que chacun s’achète un groupe électrogène de secours et un régulateur pour protéger ses appareils».

Quant à Jeanne, une opératrice économique suggère pour sa part que l’entreprise qui installe l’énergie solaire fasse preuve de célérité dans ses réalisations, multiplie les zones d’intervention et révise le coût de ses prestations à la baisse ainsi que la qualité du matériel installé.  Espérant ainsi qu’une partie de la population pourrait commencer à quérir leur indépendance énergétique vis-à-vis du fournisseur national. Et comme pour dire que la nature est prête à accompagner cette politique, Jeanne souligne que « le soleil devient de plus en plus brûlant ».

Jacques plus vindicatif appelle à l’action : « à chacun son panneau solaire ou son groupe électrogène pour contourner et la Sbee serait morte et nous serons libres… ». Plus sceptique, Jean Marie s’exclame : « En tout cas, on doit subir. Il n’y a pas de solution. Sinon achetez des torches et piles ». Et il rappelle la grande publicité faite autour de quelques actions de saupoudrage. « Mais vous nous aviez dit a grand renfort médiatique en 2007 que le Nigeria nous a donné du courant et que les délestages sont un lointain souvenir non? », se moque-t-il.

Anicet  enfonce le clou. « Il faut se remettre à Dieu puisque le directeur général de la Sbee est fier des résultats de sa structure et n’en fait que des éloges à travers les médias », souligne-t-il au passage. Gérard D. plus moqueur fait allusion à la médiatisation de la société et affirme : « c’est quand même difficile à comprendre… Nous avons vu et entendu des hauts responsables dire que des pays nous ont donné des mégawatts… mais le constat reste amer… ». Tout en déplorant cette attitude il attire l’attention sur la méprise du prestataire de services. « C’est révoltant! Car au moins, on pouvait informer la population d’un calendrier des coupures… c’est dommage… » Laisse-t-il entendre d’un ton sec.

Malgré l’état fonctionnel des turbines de Maria-Gléta…

Le délestage a fait son retour au moment où le Bénin réceptionnait, la centrale électrique de Maria-Gléta (Banlieu d’Abomey-Clavi). Le profane est alors en droit de penser que le pays dispose désormais de plus de quantité d’énergie électrique que par le passé. Puisque, cette usine de production de l’énergie électrique est censée, selon les propos des responsables de la Sbee, produire quatre-vingt mégawatt. Pour les mêmes sources, les essaies auraient fournis plus de cinquante mégawatt d’électricité. Le gros souci de cette centrale électrique gérée par la Communauté électrique du Bénin, fournitrice de la Sbee, demeure le combustible.

Conçu pour fonctionner avec du gaz devant provenir du Nigeria, les essais ont été faits avec du Jet A1, carburant utilisé par les réacteurs des avions. Les techniciens ont dû recourir à ce combustible, explique-t-on, en l’absence du gaz approprié pourtant négocié à l’avance. L’espoir suscité par l’avènement de cette centrale électrique a disparu.

À la direction générale de la Sbee, on indique que, faire tourner ces turbines avec du jet A1 aurait des implications financières lourdes que la société ne saurait supporter. « Le chef de l’État ayant défendu formellement toute nouvelle augmentation du prix de l’électricité au Bénin », s’écrit un responsable de cette entreprise publique. Des réflexions seraient alors en cours pour pallier au déficit énergétique national, apprend-on de source interne à l’entreprise.

Enfin des explications…

Pendant longtemps, et malgré les récriminations des abonnés les responsables de la société distributrice de l’électricité sont restés muets sur les défaillances de leur société vis-à-vis des abonnés. À la faveur d’un débat provoqué par une télévision privée de la place, le directeur général adjoint a fini par admettre la crise énergétique et l’expliquer en ces termes. « La Société distribue l’énergie électrique disponible aux abonnés. Le Bénin ne produit pas de l’énergie électrique ». C’est ce qu’a laissé entendre Camille Kpogbémabou. En ce qui concerne  les raisons du délestage que subissent les populations, il ressort des explications du Dga Sbee que les besoins en énergie électrique des populations s’accroissent  de façon exponentielle pendant que l’énergie mise à  disposition du Bénin par la  Communauté électrique du Bénin (Ceb), qui réunit le Bénin et le Togo, stagne voire diminue.

Une déclaration confirmée par Barthélémy Kassa,  ministre de l’énergie. À la suite d’une audience avec le président de la République, il a  indiqué que le Bénin produit en ce moment seulement onze pour cent de sa consommation en électricité. Du coup, le pays dépend à quatre-vingt-neuf pour cent de l’extérieur.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

2 réflexions au sujet de « L’économie béninoise aux abois suite aux coupures intempestives d’électricité »

  1. Gain dit :

    La SBEE devrait souscrire un contrat du même type que la CEET qui a obtenu d’un producteur privé l’installation d’une puissance d’une centaine de MW, consommation fuel lourd en attendant le gaz nigérian. Les turbines à jet oil de Maria Gleta ne peuvent être qu’un appoint court aux incertitudes de la livraison électricité Nigeria. Le solaire est une énergie trop chère par kW installé et bien évidemment ne fonctionne pas la nuit. Signé : E. Gain ,Consultant ayant souvent travaillé pour la SBEE depuis 1985

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