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Un marché de nuit dans l’informel

Le marché de Gbodjo abrite une diversité de vendeuses spécialisées dans le petit commerce. Ce qui facilite la tâche aux noctambules et autres amoureux des emplettes du soir.

Il est 16 h 34 minutes à Gbodjo, un quartier de l’arrondissement d’Abomey-Calavi , situé au bord de la voie inter-état Godomey – Allada à dix kilomètres environ de l’échangeur. Déjà des vendeuses s’activent à installer leurs étalages avec diverses marchandises. Pendant que d’autres débarquent avec des cartons sur la tête pour procéder au même exercice. Certains étalages bien achalandés offrent déjà à la clientèle divers condiments et épices, exposés au soleil en attendant la tombée de la nuit. Les vendeuses de poisson arrivent de plus en plus. A 17h30, des étalages de poisson encombrent l’entrée principale du marché. A la joie des bonnes dames venues se ravitailler en poisson frais. Les plus nanties se ruent les premières sur les étalages pour faire le tri afin d’obtenir des poissons de bonne taille pour le repas du soir. Les coûts varient d’une vendeuse à l’autre, selon la grosseur et la quantité. Bien que certaines trouvent les poissons un peu chers, cela ne les empêche pas d’en acheter pour la bonne marmite du soir. Pour Francine, « il y a un peu de tout dans ce marché. La seule chose est que les poissons coûtent plus chers ici, mais je suis obligée d’en prendre puisque j’en ai besoin ».  Quelques heures plus tard, à vingt-deux heures une les vendeuses commencent par ranger leurs étalages. L’affluence diminue. L’éclairage des lampions baisse. Tour à tour, les vendeuses prennent le chemin de leur maison quitte à revenir le lendemain liquider le reste de leurs marchandises.

Un marché de bouffe

A en croire dame Ahmdath, « le marché commence à partir de 14 h. On y trouve du poisson frais d’excellente qualité, des fruits et légumes, des épices, en tout cas tout ce qu’il faut pour faire de la cuisine. Ce marché existe il y dix sept ans déjà ». Un marché informel ancré dans les habitudes des riverains qui en ont fait leur source d’approvisionnements. L’absence d’infrastructures en matériaux définitifs à l’intérieur du marché en dit long sur le manque de volonté politique des autorités locales, pour conférer à ce centre, tous ses attributs. Ainsi, l’exposition aux aléas climatiques de l’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit est révélatrice de la souffrance des bonnes dames qui tirent leur sources de revenus dudit marché. « Les autorités sont conscientes de l’existence de ce marché pourtant nous avons des difficultés », déplore dame Ahmdath. La diversité de la clientèle de ce marché fait que les vendeuses trouvent leur compte en dépit son statut informel. L’idée de sa formalisation se précise de plus en plus.  « C’est ici que plusieurs personnes viennent faire les emplettes à la fin de la journée. L’endroit n’est pas définitif, nous l’occupons à défaut du mieux. Depuis que le marché existe nous faisons notre possible pour rencontrer les autorités, mais les problèmes persistent. Le manque de hangar et l’exiguïté de l’emplacement constituent les difficultés de l’heure que nous subissons » confie une vendeuse au cœur meurtrie. L’ouverture d’esprit du maire donne un peu plus d’espoir à cette couche de la population désireuse de faire du marché, un patrimoine de la commune. « Nous avons discuté plusieurs fois avec le Maire qui a promis faire quelque chose. Mais il nous demande un peu plus de patience », ajoute une vendeuse de condiments. Pour maman Dosso, « je suis ici, il y a longtemps et je vends les condiments. Ce marché est un marché ancien et plusieurs personnes viennent y faire leurs emplettes. On y trouve un peu de tout pour le garde à manger. Nous  avons des difficultés pour la construction des abris, certes. Nous sommes exposées au soleil et à la pluie. Mais nous ne désespérons pas que les autorités locales nous aident à mieux installer, un jour ».Surtout que nous avons mis en place un syndicat pour la défense de nos intérêts. La naissance du syndicalisme est la base des démarches avec les autorités locales. La mise à disposition des agents collecteurs des impôts et taxes donne un sens au marché. « Avec la création de notre syndicat,  les rencontres avec le maire se multiplient dans l’optique de trouver des solutions adéquates à nos problèmes. C’est au vue de cela que nous avons bénéficié de la présence des collecteurs de taxes. Ils ont commencé le travail, il y a deux mois environ. Par jour ils sont à plus de quatre mille francs  Cfa, environ 8 euros».

Une installation à polémique

marché de nuit

Une vendeuse devant son étalage

Marché de nuit

Marché de nuit de Gbodjo à Abomey-Calavi

Le marché de nuit de Gbodjo que d’aucuns qualifient ‘’d’un regroupement de femmes faisant leur commerce au bord d’une route principale’’, est loin de faire l’unanimité au sein de l’arrondissement de Calavi. Pour ceux et celles qui y trouvent les revenus pour la  subsistance de leurs familles, la mairie devrait régulariser cette occupation anarchique du domaine public. Tandis que d’autres espèrent qu’il s’agit d’une violation des lois de la république qu’il faudra sanctionner. A en croire l’un des tenants de cette thèse, « il ne s’agit pas d’un marché mais d’une installation anarchique puisque dans un marché, il faut des hangars. Cette situation n’honore guère les riverains ». Pour ce dernier, le marché de Gbodjo est localisé dans un bas fond et les femmes ne pouvant s’installer sur ce lieu insalubre et impropre à l’occupation, se sont refugiées à cet endroit au vu et au su de tous. Selon Razak Kaffo, le responsable du marché, « les femmes trouvent beaucoup plus de clientèle à cet endroit à cause de son accessibilité. Alors que si elles étaient restées au niveau du bas fond, difficile d’accès et insalubre, elles verraient de rares acheteurs ».

« Le marché de nuit de Gbodjo existe il y a dix sept ans déjà. Entre temps les vendeuses ont été transférées dans le bas fond successivement à trois reprises et cela n’a pas marché. C’est parce que, « rien ne marche dans le bas-fond que les gens se sont refugiées ici et à chaque fois qu’elles s’installent en ce lieu, l’affluence est remarquée ». Le marché de Gbodjo s’anime dans la soirée et c’est ce qui fait sa spécificité. « C’est le marché même qui se crée », lance le responsable du marché. Pour celui-ci, « il y a des marchés à Calavi qui ne s’animent pas parce que l’emplacement choisi n’est pas adéquat. Il faut donc revoir la stratégie de mise en place des marchés locaux ». Conscient de l’exiguïté du lieu les riverains ne pensent pas accepter d’autres vendeuses pour ne pas encombrer la voie et le trottoir. « Les femmes viennent demander des places mais compte tenu du caractère restreint et du manque d’emplacement, elles ne peuvent être installées. Nous avons souhaité que le maire achète une parcelle au bord de la route pour nous installer. Ce qui nous  permettrait de garder leur clientèle », se lamente Razak.  Qui déplore « la cherté des parcelles à Calavi et surtout aux abords de l’axe de la route inter-état ». Ce qui ne facilite pas la tache aux autorités communales dans leur volonté manifeste de trouver une solution aux problèmes des femmes du marché de Gbodjo.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

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