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Profession garde-vélos

Le garde-vélos

Un garde-vélos au travail

Au Bénin, le garde-vélos, un des métiers de la débrouillardise, est né à la faveur de l’essor des centres urbains. De nos jours, il constitue de nos jours une source de revenus pour les personnes qui s’y adonnent, eu égard aux multiples services rendus par cette corporation aux usagers de la route.

Pour 50, 100 ou parfois même 200 francs Cfa (soit moins de un, deux ou trois euros), les propriétaires d’engins à deux roues peuvent laisser leur moto en toute sécurité chez les gardes-vélos pour vaquer à leurs occupations. Le garde-vélos, une activité née de la débrouille, est très rependue dans la ville de Cotonou, notamment aux abords des services publics et autres endroits fréquentés par des usagers.

Très tôt le matin, les agents faisant office de gardes-vélos se rendent sur leurs lieux de travail. « Nous sommes là à partir de sept heures du matin, et dès que les clients viennent, ils déposent leur moto contre un reçu, quitte à revenir à la fin de leurs activités retirer leur moto avec le ticket », explique Daniel.

Cette organisation est spécifique pour chaque service selon l’heure d’ouverture. Au niveau des centres de santé ou hôpitaux, il s’agit d’une rotation selon un planning. « Nous sommes au nombre de quatre et on fait la supervision deux par deux soit le matin, soit le soir », dira Pascal.  « Je suis dans ce métier il y a une dizaine d’années. Je suis mécanicien de formation et puisque le travail ne marche pas je me suis reconverti dans le métier de gardes-vélos. A notre niveau nous sommes là à sept heures du matin au plus tard pour rentrer après dix neuf heures trente », confie de son côté Mathieu. Julien Dansou dira qu’il est entré dans le métier à cause du chômage, mais ne se plaint pas avec sa petite famille :

« J’ai cherché du travail et je n’en ai pas trouvé. C’est comme cela que je suis venu négocier ici avec la structure qui n’a pas trouvé d’objection à cela. J’ai commencé il y environ cinq ans ».

Selon Luc, chacun organise son activité à sa manière et selon parfois les consignes des structures. En ce qui concerne une organisation faîtière, tous n’ont pas cette vision. « Je ne pense pas qu’on puisse s’organiser en syndicat puisque nous ne faisons que payer les frais de l’emplacement. Souvent c’est des frais d’entretien » explique Franc. « En ce qui concerne la structuration, c’est un contrat avec la structure. Nous avons un quota à payer à la fin de chaque mois. Chez nous par exemple c’est la structure qui nous aide à travers ce qu’on donne pour nous fournir les tickets. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres structures », avoue Lucien. L’organisation n’est pas partout la même selon Benoît : « Nous nous chargeons nous même des tickets. C’est seulement le contrat qui nous lie avec les responsables ».

Le rendement journalier

« Le tarif de la garde d’un engin à deux roues était à 25 francs avant de  passer à 50 francs aujourd’hui. Maintenant, on ne sait pas s’ils se sont entendus pour mettre cela à 100 f. Voilà que tu es obligé de laisser ta moto. Sois tu l’exposes aux voleurs pour souffrir après en cas de vol, soit tu paies les 100 francs pour être en paix. Malgré les difficultés financières, tu dois te conformer à cela», dira un client d’un ton indigné.

Mais en ce qui concerne le rendement journalier les gardes-vélos ne se plaignent pas. A en croire Pascal, « il faut avouer que depuis que je suis dedans, je m’en sors mieux. J’arrive à joindre les deux bouts. A la fin d’une journée je rentre parfois avec dix mille francs (près de 16 euros) ». «  Je suis à environ quatre à cinq mille francs par jour », confie Lucien, qui ajoute que les recettes peuvent parfois aller « jusqu’à sept ou quinze mille francs », ajoute celui-ci.

Sur le campus d’Abomey-calavi, le garde-vélos se retrouve devant chaque faculté. Parfois, ils sont même deux par faculté. Selon Benoît, le rendement est élevé, surtout lorsqu’il y a session au niveau des facultés ou lorsqu’il y a des travaux de soutenance de mémoires ou de thèses. Dans ces cas, on fait parfois des recettes jusqu’à dix mille francs alors que sur le campus le gardes-vélos est à 50 francs : le métier n’est pas mauvais. La gestion sur le campus se fait avec les bureaux d’union d’entité de chaque faculté.

Risques du métier

« Certains laissent leur moto pour revenir après dix neuf heures trente. D’autre par contre disent qu’ils n’ont pas de sous pour payer. Chez nous sur le campus, nous avons plus les motos des membres de l’administration, les gens du Bureau d’union d’entité (Bue). Pour les cas de vol de motos, nous n’avions jamais eu un tel cas », dira Benoît. Cette difficulté n’entrave pas les activités des agents puisque selon celui-ci, « nous essayons de ranger les motos à un endroit en attendant qu’ils reviennent ». Parfois ajoute-t-il « certains laissent leurs engins aux alentours. C’est peut-être ceux là qui font état de vol, mais on décline notre responsabilité puisque ces motos n’ont pas été confiées aux gardes-vélos ».

Dans certains cas, c’est par manque de visibilité que les motos se perdent. « Il m’est arrivé une fois de perdre une moto, et j’ai payé. Ce qui a été une lourde charge pour moi. J’ai failli laisser mais puisque c’est ma seule source de revenus, je m’arrange autrement », explique Lucien. Chez Mathieu par contre, les cas de vol ne sont jamais enregistrés mais certains perdent leur ticket. Dans ce cas, ils sont obligés d’aller chercher les papiers de la moto et vont chercher leur moto au commissariat. « C’est des cas qu’on enregistre souvent ».

Julien Dansou pense « qu’il faut être éveillé avant de se lancer dans le métier. Nous sommes parfois informés des cas de vol de moto au niveau des gardes-vélos ». Les stratégies de vol de moto varient parfois. Certains font des échanges de moto avec celle appartenant à d’autres personnes. « Ils viennent avec une autre moto et quand tu n’es pas habile, ils font semblant de prendre d’autres motos avec lesquelles ils partent. Dans ces situations il faut bien vérifier les tickets. Puisque celui qui prend la moto d’une autre personne peut revenir dire qu’il a perdu son ticket et facilement amener les papiers de sa vraie moto qu’il retire », explique Julien.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

4 réflexions au sujet de « Profession garde-vélos »

  1. Emmanuel dit :

    Assurer la sécurité des motos, c’est certes une chose utile. Mais les frais sont partis de 25fcfa à 100fcfa. C’est plutôt difficile quand vous devez faire des courses et que vous êtes obligés de payer 100f chaque fois que vous garez votre moto. Il faut carrément prévoir un budget pour ça. Non seulement vous payez de l’essence mais vous devez vous acquitter de cette obligation aussi. on risquerait de dépenser autant d’argent qu’un citoyen qui ne possède pas de moto et qui se contente de prendre des taxis pour ses déplacements. C’est souvent difficile.

    • Très souvent, les usagers s’arrangent pour confier leur engin à un garde-vélos pour aller faire leurs courses. A la fin des courses, ils reprennent leur engin pour retourner chez eux. Dans ce cas de figure, ils ne dépensent pas grand’ chose pour la garde de leurs engins

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