marché de nuit
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Un marché de nuit dans l’informel

Le marché de Gbodjo abrite une diversité de vendeuses spécialisées dans le petit commerce. Ce qui facilite la tâche aux noctambules et autres amoureux des emplettes du soir.

Il est 16 h 34 minutes à Gbodjo, un quartier de l’arrondissement d’Abomey-Calavi , situé au bord de la voie inter-état Godomey – Allada à dix kilomètres environ de l’échangeur. Déjà des vendeuses s’activent à installer leurs étalages avec diverses marchandises. Pendant que d’autres débarquent avec des cartons sur la tête pour procéder au même exercice. Certains étalages bien achalandés offrent déjà à la clientèle divers condiments et épices, exposés au soleil en attendant la tombée de la nuit. Les vendeuses de poisson arrivent de plus en plus. A 17h30, des étalages de poisson encombrent l’entrée principale du marché. A la joie des bonnes dames venues se ravitailler en poisson frais. Les plus nanties se ruent les premières sur les étalages pour faire le tri afin d’obtenir des poissons de bonne taille pour le repas du soir. Les coûts varient d’une vendeuse à l’autre, selon la grosseur et la quantité. Bien que certaines trouvent les poissons un peu chers, cela ne les empêche pas d’en acheter pour la bonne marmite du soir. Pour Francine, « il y a un peu de tout dans ce marché. La seule chose est que les poissons coûtent plus chers ici, mais je suis obligée d’en prendre puisque j’en ai besoin ».  Quelques heures plus tard, à vingt-deux heures une les vendeuses commencent par ranger leurs étalages. L’affluence diminue. L’éclairage des lampions baisse. Tour à tour, les vendeuses prennent le chemin de leur maison quitte à revenir le lendemain liquider le reste de leurs marchandises.

Un marché de bouffe

A en croire dame Ahmdath, « le marché commence à partir de 14 h. On y trouve du poisson frais d’excellente qualité, des fruits et légumes, des épices, en tout cas tout ce qu’il faut pour faire de la cuisine. Ce marché existe il y dix sept ans déjà ». Un marché informel ancré dans les habitudes des riverains qui en ont fait leur source d’approvisionnements. L’absence d’infrastructures en matériaux définitifs à l’intérieur du marché en dit long sur le manque de volonté politique des autorités locales, pour conférer à ce centre, tous ses attributs. Ainsi, l’exposition aux aléas climatiques de l’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit est révélatrice de la souffrance des bonnes dames qui tirent leur sources de revenus dudit marché. « Les autorités sont conscientes de l’existence de ce marché pourtant nous avons des difficultés », déplore dame Ahmdath. La diversité de la clientèle de ce marché fait que les vendeuses trouvent leur compte en dépit son statut informel. L’idée de sa formalisation se précise de plus en plus.  « C’est ici que plusieurs personnes viennent faire les emplettes à la fin de la journée. L’endroit n’est pas définitif, nous l’occupons à défaut du mieux. Depuis que le marché existe nous faisons notre possible pour rencontrer les autorités, mais les problèmes persistent. Le manque de hangar et l’exiguïté de l’emplacement constituent les difficultés de l’heure que nous subissons » confie une vendeuse au cœur meurtrie. L’ouverture d’esprit du maire donne un peu plus d’espoir à cette couche de la population désireuse de faire du marché, un patrimoine de la commune. « Nous avons discuté plusieurs fois avec le Maire qui a promis faire quelque chose. Mais il nous demande un peu plus de patience », ajoute une vendeuse de condiments. Pour maman Dosso, « je suis ici, il y a longtemps et je vends les condiments. Ce marché est un marché ancien et plusieurs personnes viennent y faire leurs emplettes. On y trouve un peu de tout pour le garde à manger. Nous  avons des difficultés pour la construction des abris, certes. Nous sommes exposées au soleil et à la pluie. Mais nous ne désespérons pas que les autorités locales nous aident à mieux installer, un jour ».Surtout que nous avons mis en place un syndicat pour la défense de nos intérêts. La naissance du syndicalisme est la base des démarches avec les autorités locales. La mise à disposition des agents collecteurs des impôts et taxes donne un sens au marché. « Avec la création de notre syndicat,  les rencontres avec le maire se multiplient dans l’optique de trouver des solutions adéquates à nos problèmes. C’est au vue de cela que nous avons bénéficié de la présence des collecteurs de taxes. Ils ont commencé le travail, il y a deux mois environ. Par jour ils sont à plus de quatre mille francs  Cfa, environ 8 euros».

Une installation à polémique

marché de nuit

Une vendeuse devant son étalage

Marché de nuit

Marché de nuit de Gbodjo à Abomey-Calavi

Le marché de nuit de Gbodjo que d’aucuns qualifient ‘’d’un regroupement de femmes faisant leur commerce au bord d’une route principale’’, est loin de faire l’unanimité au sein de l’arrondissement de Calavi. Pour ceux et celles qui y trouvent les revenus pour la  subsistance de leurs familles, la mairie devrait régulariser cette occupation anarchique du domaine public. Tandis que d’autres espèrent qu’il s’agit d’une violation des lois de la république qu’il faudra sanctionner. A en croire l’un des tenants de cette thèse, « il ne s’agit pas d’un marché mais d’une installation anarchique puisque dans un marché, il faut des hangars. Cette situation n’honore guère les riverains ». Pour ce dernier, le marché de Gbodjo est localisé dans un bas fond et les femmes ne pouvant s’installer sur ce lieu insalubre et impropre à l’occupation, se sont refugiées à cet endroit au vu et au su de tous. Selon Razak Kaffo, le responsable du marché, « les femmes trouvent beaucoup plus de clientèle à cet endroit à cause de son accessibilité. Alors que si elles étaient restées au niveau du bas fond, difficile d’accès et insalubre, elles verraient de rares acheteurs ».

« Le marché de nuit de Gbodjo existe il y a dix sept ans déjà. Entre temps les vendeuses ont été transférées dans le bas fond successivement à trois reprises et cela n’a pas marché. C’est parce que, « rien ne marche dans le bas-fond que les gens se sont refugiées ici et à chaque fois qu’elles s’installent en ce lieu, l’affluence est remarquée ». Le marché de Gbodjo s’anime dans la soirée et c’est ce qui fait sa spécificité. « C’est le marché même qui se crée », lance le responsable du marché. Pour celui-ci, « il y a des marchés à Calavi qui ne s’animent pas parce que l’emplacement choisi n’est pas adéquat. Il faut donc revoir la stratégie de mise en place des marchés locaux ». Conscient de l’exiguïté du lieu les riverains ne pensent pas accepter d’autres vendeuses pour ne pas encombrer la voie et le trottoir. « Les femmes viennent demander des places mais compte tenu du caractère restreint et du manque d’emplacement, elles ne peuvent être installées. Nous avons souhaité que le maire achète une parcelle au bord de la route pour nous installer. Ce qui nous  permettrait de garder leur clientèle », se lamente Razak.  Qui déplore « la cherté des parcelles à Calavi et surtout aux abords de l’axe de la route inter-état ». Ce qui ne facilite pas la tache aux autorités communales dans leur volonté manifeste de trouver une solution aux problèmes des femmes du marché de Gbodjo.

cybercafé
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L’arnaque en ligne : un crime transfrontalier bien installé au Bénin

‟ Gaïman » : l’appellation est bien connue du commun des Béninois. Elle désigne les arnaqueurs du Net, des escrocs utilisant des moyens virtuels pour appâter leurs proies. De la première arnaque en ligne en 1997 à nos jours, la pratique a fait du chemin. Pour s’installer et se manifester à travers des actes répréhensibles jetant le discrédit sur l’éthique et la morale nationales. Nonobstant des préjudices financiers à l’endroit des victimes et des finances du pays. Incursion dans un milieu de haut vol.

Lundi soir. Godson[1] se prépare fébrilement. « Je ne dois pas être en retard », pense-t-il. Près de un million huit cent mille nouveaux francs CFA (un peu moins de trois mille euros) agrémentent son compte bancaire : le reste des dépenses en boîte le week-end, après un « coup » qui lui a rapporté la bagatelle de deux millions de francs, près de 3080 euros, le mercredi dernier. Le jeune homme, 21 ans à peine, connu comme le meilleur client d’un night club huppé de la ville, a rendez-vous. Il ne s’agit pas d’une quelconque galanterie inspirée par une St Valentin « maladroite », mais quelque chose de plus sérieux. Godson va rencontrer un de ses complices pour préparer un autre coup. Cette fois-ci, ils veulent « frapper fort. » Ils prévoient des annonces qui proposeront à la vente des villas sur la côte française et à Milan en Italie. « Pour nous, dit-il, pas question de sang humain, juste de la technique. » En comparaison à certains de ceux qu’il appelle « ses collègues ». Il s’agit, à l’en croire, de ‟ gaïmen » qui invoquent des vodous pour réussir leurs arnaques, vodous avides de sang…

De quoi vous donner froid dans le dos… Godson explique : « La preuve c’est que depuis que mon pote a commencé, ses affaires marchent fort ! Il s’est tapé 5 gros pigeons en moins de trois mois. Avec un minimum de 8000 euros à chaque coup. Il n’y a pas meilleure business…Mais moi je n’ai pas besoin de tous ces artifices, je procède autrement,  je suis un véritable stratège. » A l’évocation des 3000 euros récoltés récemment par Godson, il se rétracte, avant de résumer : « Une affaire d’importation…sacré rêveur, je l’ai eu».

Pour qui jette l’opprobre sur Godson, il n’en a cure. Le « gaï », ça rapporte. « Et puis ça évite à plusieurs jeunes de devenir des braqueurs courant le risque de se faire trouer la peau un jour par les forces de l’ordre.  En devenant des « gaïmen », ils gagnent bien leur vie, et sont peinards en rendant aux Blancs ce qu’ils nous ont fait pendant l’esclavage et la colonisation». Godson ne laisse rien transparaître de ses sentiments en menant cette réflexion. Il a le visage impassible. D’ailleurs, il ajoute, l’air serein, « je ne suis pas le seul à le faire, et il y a plus grand que moi dans ce business». Q on lui demande si cela ne lui pose pas des problèmes de conscience, il hésite puis glisse, les dents serrées : « Nous péchons tous».

Avant de démarrer en trombe au volant d’une 4X4 Acura,  il lâche : « On devrait nous décorer. Nous faisons entrer l’argent dans le pays. Beaucoup d’entre nous créent des emplois. Et nous n’arnaquons pas des Béninois».

Le cas de Godson n’est pas isolé. Ils sont aujourd’hui « des dizaines, sinon des centaines », d’après des statistiques officielles confirmées par ces escrocs de l’Internet.

A ce rythme, si l’on multiplie la somme perçue par Godson par le nombre d’arnaques à succès par mois, multiplié par le nombre de « gaïmen » au Bénin, on peut se faire une idée vague des sommes considérables que ces gens, des jeunes pour la plupart, font entrer au Bénin mensuellement. Au nez et à  la barbe de tous. Avec parfois la complicité de personnes indélicates en service dans les milieux financiers.

Effroyable évolution

Si aujourd’hui le sujet émeut moins qu’il y a deux ou trois ans, c’est du au fait que la population s’est quelque peu résignée à cette cohabitation malaisée avec les acteurs de cette activité illégale. Pierre Dovonou Lokossou, gestionnaire de projets technologiques, dévoile la genèse du phénomène au Bénin : « La première arnaque via le net a eu lieu en 1997, deux ans après l’implantation du web au Bénin. Il s’agissait d’un Nigérian qui avait escroqué un pasteur américain, en se faisant livrer des ordinateurs, des imprimantes et des bibles, en échange d’un chèque délivré par une banque qui n’existait pas, une banque fictive donc».  De 1997 à aujourd’hui, ce qui était alors un cas isolé à l’époque est devenu un cas d’école. Dans la période de 2005 à 2010 notamment, le nombre de jeunes vidant les classes au profit des cybercafés a considérablement crû. Aujourd’hui encore, le phénomène est palpable. Les multiples descentes de la police n’ont pas découragé les malfaiteurs. A la sous-direction des crimes économiques et financiers (ex-Brigade économique et financière(Bef)), la cellule de lutte contre la cybercriminalité a déjà eu à effectuer plusieurs arrestations. De source proche de ce service de police, quelques-uns des auteurs de ces forfaits via le web croupissent en prison. En effet, la loi portant lutte contre la corruption, en ses articles 121 et 124 du chapitre XV dispose : « Des infractions cybernétiques, informatiques et de leur répression », condamne fermement ces pratiques.

Cependant, comme dans plusieurs pays du monde, les victimes ont parfois honte de porter plainte, se jugeant naïves. En outre, au Bénin, les proies se trouvent toutes ou presque…à l’extérieur du Bénin, notamment en Europe, ce qui rend les poursuites encore plus difficiles. L’appui en 2011 de l’ambassade de France à Cotonou pour un séminaire qui réunissait les policiers et gendarmes de pays africains autour de la question, suivie de formations sur le terrain en France pour certains d’entre eux, est une initiative isolée dans l’univers de cette lutte.

Au Bénin, outre l’arnaque sur Internet, les attaques de comptes bancaires sont un aspect récent des financiers. Plusieurs clients des banques de la place se découvrent parfois leur compte vide, en voulant effectuer une opération bancaire. Des informations qui sont confirmées de source policière reconnaissant néanmoins des avancées dans le domaine technologique au niveau de la cellule de lutte contre la cybercriminalité. Cependant, il est à noter que si les policiers s’activent, les arnaqueurs en font autant. Les cybercafés se vident des « experts » et des « parrains » pour laisser la place à de nouvelles pousses. Les plus aguerris eux, ayant engrangé plusieurs millions de francs au cours de leur parcours, se paient tranquillement des connexions à domicile pour travailler en toute tranquillité, à l’abri des regards indiscrets.

Des falsifications de documents aux relations haut placées, les‟ gaïmen »  assurent avoir les moyens techniques qu’il faut et des entrées partout où besoin est, pour mener à bien leur sale besogne. L’on serait tenté de les croire, quand on voit certains hommes à peine sortis de la puberté venir avec des véhicules de luxe et gardes du corps chercher des « partenaires » venus de pays lointains. De source,  bien informée, il s’agit là bien souvent de futures victimes.

L’arnaque en ligne est donc une réalité. Un ancien cadre du ministère des Finances français parlant sous l’anonymat a fait état de plus de 10.000 tentatives d’intrusion par jour dans les fichiers dudit ministère. Des tentatives de hacking, d’hameçonnage dit-il, en provenance pour la majorité du Nigeria et d’autres pays d’Afrique de l’ouest.

Pour l’heure, il est difficile d’avoir des chiffres exacts sur les conséquences économiques de ce fléau, même au niveau de la cellule de répression mentionnée supra, tant le réseau des arnaqueurs agit dans une nébuleuse.


[1] Nom d’emprunt.

Le vétérinaire fermier
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Entretien avec un fermier atypique: ‟La Maison du paysan travaille à restaurer l’économie villageoise …”

A travers  le concept révolutionnaire de ‟la maison du paysan”, Michel Babadjidé, fermier vétérinaire atypique est en train de provoquer une véritable révolution dans le secteur agricole national. En bouleversant des habitudes séculières, des règles immuables et des tabous pour proposer un modèle singulier qui pourrait assurer l’autosuffisance alimentaire à chaque ménage et à la nation toute entière, grâce à la généralisation de l’agriculture familiale.

 

Le vétérinaire fermier

Le vétérinaire fermier dans sa basse-cour

vétérinaire fermier2 vétérinaire fermier 3Monsieur Michel Babadjidé, en tant que fermier vétérinaire, quel regard portez-vous sur la politique agricole nationale ?

Dr Michel Babadjidé :

Un regard d’observateur. La politique nationale en matière d’agriculture a été initiée par des cadres béninois. La dernière en date, est le plan stratégique pour la relance du secteur agricole. Avant d’en arriver là, il fallait disposer d’une politique agricole nationale qui fixe des objectifs qualitatifs et quantitatifs. Par rapport à la taille de notre population et des performances existantes. Par exemple, on pouvait dire le taux d’exploitation du cheptel est de tel ordre. Puisque que nos vaches, ne donnent que 3 litres de lait par jour. D’ici à l’horizon 2015, il faut qu’elles en produisent 15 litres quotidiennement. Au regard de cela, quelles stratégies mettre en place ? On pouvait aussi dire par rapport à la taille de la population, nous avons tels indicateurs dans tels domaines, il faut qu’ils soient améliorés pour attendre tel niveau à telle période. Idem pour l’exploitation agricole et les acteurs. En disant par exemple il y a actuellement 100 exploitants de niveau moyen, à l’horizon 2015 ou 2020, il faut passer à 10.000 acteurs. C’est autour de pareils objectifs qu’on pouvait asseoir une stratégie au plan national et l’affiner pour booster le secteur agricole. Mais, hélas, on a procédé autrement. Pourvu que cela marche.

D’après vous, que faut-il faire pour rendre l’agriculture performante et compétitive afin qu’elle devienne véritablement le moteur de la croissance économique, et partant, du développement durable ?

Dans un pays comme le nôtre, nous avons un potentiel inexploré : une climatologie complice, des terres, des bras valides et une volonté manifeste d’une certaine frange de la population qui veut encore aller à la terre. Tous ces éléments réunis, devraient constituer une force pour l’agriculture. Mais nous ne sommes pas organisés et n’arrivons pas à tirer  le meilleur profit de cette situation.

Dans un pays comme le nôtre, l’agriculture devrait être de type familial comme c’est le cas ici à la maison du paysan.

Nous n’avons pas les machines, les outils, la technologie européenne n’est pas adaptée. Donc, il faudrait centrer l’agriculture sur la famille. Surtout que nous avons cette chance que les 80% de notre population sont des analphabètes travaillant la terre, deux heures à peine par jour. Si on pouvait les amener à travailler cette terre quatre à six heures au quotidien, comme dans le cadre de la maison du paysan. Nous aurions atteint l’autosuffisance alimentaire. En produisant abondamment pour chaque ménage, pour toute la nation. Grâce à des ‟maisons du paysan” qui se regrouperont en ‟village des paysans”. La production excédentaire pourra être ainsi exportée.

Sinon une petite minorité va continuer à s’échiner sur la production industrielle, sans pour autant réussir à assurer la survie de la masse. Or nous devons atteindre l’autosuffisance alimentaire pour réduire le chômage des jeunes et réduire la misère, la pauvreté en milieu rural.

Justement, depuis quelque temps, vous développez un concept : celui ‟la maison du paysan”. Qu’est-ce à dire concrètement ?

‟La maison du paysan” n’est rien d’autre que ce que devrait être la maison d’un vrai paysan.

Tout est parti d’une inspiration. Pendant mes études universitaires, le mélange des espèces animales en élevage, m’a été interdit. Alors que de son vivant, mon grand père maternel avait une maison dans laquelle, il élevait plusieurs espèces animales ensemble, avec succès. Suite à des difficultés financières personnelles dans le temps, je me suis mis à m’interroger sur ce qu’il fallait faire pour relever le défi et aider les paysans à sortir de leur pauvreté. C’est ainsi que l’idée de procéder autrement m’a inspiré.

La maison du paysan a été créée dans les années 2000 à Lokossa et a fait et continue de  faire son petit bonhomme de chemin. La maison du paysan a une superficie de 700 mètres carrés sur laquelle sont élevés ensemble, des lapins, des poulets, des pintades, des dindons, des cabris, des porcs, des canards, des aulacodes, des pigeons. Et ce, dans une synergie parfaite. D’autant que cette maison produit chaque année 230 à 300 lapins à partir de 56 lapines mères ; 65 à 70 porcelets à partir de 3 truies locales qui n’ont rien à envier aux truies importées de race améliorée telle que la large white et le land race ; 200 à 210 aulacodes à partir de 20 femelles ; 2200 à 2300 poulets, pintades et dindons à partir de 20 poules locales, 50 pintades et 6 dindes. Sans oublier de nombreux pigeons qui par leur envol, jouent le rôle de ventilateurs naturels de la lapinière, de l’aulacoderie et de toute la maison du paysan.

Quels sont les tenants et les aboutissants de ce nouveau concept ?

La maison du paysan se positionne aujourd’hui comme l’épicentre de l’économie villageoise. Aussi, ambitionne –telle de devenir l’institution de formation par excellence qui forme le paysan à la valorisation des valeurs traditionnelles.

Le principe de base repose sur les synergies, les équilibres biologique et microbiologique créés au sein de tout un ensemble pour générer de la valeur ajoutée dans le monde rural. Contrairement aux idées reçues dans les écoles et facultés d’agriculture à travers le monde. Les poules locales et les dindes sont utilisées comme incubateur biologique pour couver des œufs de pintades. Les porcs consomment les intestins des lapins abattus et les peaux des lapins sont utilisées pour produire des asticots. Lesquels sont utilisés pour renforcer l’alimentation des volailles. Ces dernières bénéficient aussi du gaspillage occasionné par les lapins et les aulacodes. Nous faisons appel à des techniques d’élevage simples basées sur les lois universelles, le comportement et la physiologie animale pour produire 3000 poulets vivants en 6 mois à partir de 10 poules. Ce qui tient aujourd’hui du rêve de tout paysan. Et c’est un savoir que nous devons promouvoir.

A ‟la maison du paysan”, nous avons développé des savoirs adaptés, des savoirs améliorés qui amènent le traditionnel à un niveau de rentabilité. Ce que l’université n’a pas réussi à faire.

Une véritable révolution au niveau de l’agriculture familiale?

Avec la mise en œuvre de ce nouveau concept, c’est une véritable révolution qui a commencé au niveau de l’agriculture familiale et les spéculations agro pastorales. Et cela pourrait assurer à terme l’autosuffisance alimentaire des ménages et sortir les producteurs de la misère et de la pauvreté.

‟La maison du paysan” reçoit par ailleurs des stagiaires, des universitaires, des élèves des lycées techniques agricoles, des formateurs, des encadreurs pour le secteur rural et des éleveurs de toutes catégories. En effet, depuis 17 ans, le promoteur de la maison du paysan a opéré des remises en cause pour adapter les connaissances académiques à la réalité villageoise. En découlent, un savoir et un savoir-faire utilisant les synergies et exploitant l’équilibre d’un microbisme auto-entretenu entre les différentes espèces animales d’élevage. Ce qui permet de maximiser les produits de l’élevage tout en garantissant la rentabilité des spéculations agro pastorales pour faire de ces dernières, des activités génératrices de bénéfices qui doivent renforcer les revenus des populations rurales et non des activités génératrices de revenus tout court.

Du temps de nos grands parents, les poules locales pondaient jusqu’à 20 œufs et les couvaient bien. Alors qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, ces mêmes poules arrivent difficilement à pondre 10 œufs. D’où la proposition d’une nouvelle alternative pour la lutte contre la pauvreté monétaire et organisationnelle en milieu rural dénommée purement et simplement la maison du paysan.

Depuis la validation du concept en février 2012, le cap est mis sur le village des paysans qui s’établirait sur deux ou trois hectares et regrouperait des maisons du paysan avec des variantes. Dans ce village, on rencontrerait des paysans heureux vivant mieux que des ingénieurs agronomes, à la faveur de leurs activités génératrices de bénéfices. Car, nous restons persuadé que le village est à la

Quelle crédibilité accorder au concept de ‟la maison du paysan”?

Une mission de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab) a validé le concept le 16 février 2012. Suite à la requête des directeurs généraux du Cerpa Mono-Couffo et de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra). Sur la base de l’analyse de la situation, cette mission a proposé à l’Inrab de valider le concept afin de permettre aux autorités chargées du développement agricole du Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche (Maep) de procéder à sa vulgarisation. Toutefois, aucune œuvre humaine n’étant parfaite, la mission recommande que l’Inrab entreprenne des recherches d’accompagnement du système de production de la maison du paysan par des recherches complémentaires d’action et de développement appropriées. Ainsi, l’évaluation des paramètres socio-économiques et de la compétitivité de la maison du paysan doit être entreprise par l’équipe du Programme analyse de la politique agricole (Papa).

Que diriez-vous pour mettre un terme à cet entretien?

A l’étape actuelle, nous n’avons utilisé que nos propres moyens. Il faut que la maison du paysan cesse d’être la chose de Babadjidé pour devenir une réalité nationale et pourquoi pas, africaine.

Le garde-vélos
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Profession garde-vélos

Le garde-vélos

Un garde-vélos au travail

Au Bénin, le garde-vélos, un des métiers de la débrouillardise, est né à la faveur de l’essor des centres urbains. De nos jours, il constitue de nos jours une source de revenus pour les personnes qui s’y adonnent, eu égard aux multiples services rendus par cette corporation aux usagers de la route.

Pour 50, 100 ou parfois même 200 francs Cfa (soit moins de un, deux ou trois euros), les propriétaires d’engins à deux roues peuvent laisser leur moto en toute sécurité chez les gardes-vélos pour vaquer à leurs occupations. Le garde-vélos, une activité née de la débrouille, est très rependue dans la ville de Cotonou, notamment aux abords des services publics et autres endroits fréquentés par des usagers.

Très tôt le matin, les agents faisant office de gardes-vélos se rendent sur leurs lieux de travail. « Nous sommes là à partir de sept heures du matin, et dès que les clients viennent, ils déposent leur moto contre un reçu, quitte à revenir à la fin de leurs activités retirer leur moto avec le ticket », explique Daniel.

Cette organisation est spécifique pour chaque service selon l’heure d’ouverture. Au niveau des centres de santé ou hôpitaux, il s’agit d’une rotation selon un planning. « Nous sommes au nombre de quatre et on fait la supervision deux par deux soit le matin, soit le soir », dira Pascal.  « Je suis dans ce métier il y a une dizaine d’années. Je suis mécanicien de formation et puisque le travail ne marche pas je me suis reconverti dans le métier de gardes-vélos. A notre niveau nous sommes là à sept heures du matin au plus tard pour rentrer après dix neuf heures trente », confie de son côté Mathieu. Julien Dansou dira qu’il est entré dans le métier à cause du chômage, mais ne se plaint pas avec sa petite famille :

« J’ai cherché du travail et je n’en ai pas trouvé. C’est comme cela que je suis venu négocier ici avec la structure qui n’a pas trouvé d’objection à cela. J’ai commencé il y environ cinq ans ».

Selon Luc, chacun organise son activité à sa manière et selon parfois les consignes des structures. En ce qui concerne une organisation faîtière, tous n’ont pas cette vision. « Je ne pense pas qu’on puisse s’organiser en syndicat puisque nous ne faisons que payer les frais de l’emplacement. Souvent c’est des frais d’entretien » explique Franc. « En ce qui concerne la structuration, c’est un contrat avec la structure. Nous avons un quota à payer à la fin de chaque mois. Chez nous par exemple c’est la structure qui nous aide à travers ce qu’on donne pour nous fournir les tickets. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres structures », avoue Lucien. L’organisation n’est pas partout la même selon Benoît : « Nous nous chargeons nous même des tickets. C’est seulement le contrat qui nous lie avec les responsables ».

Le rendement journalier

« Le tarif de la garde d’un engin à deux roues était à 25 francs avant de  passer à 50 francs aujourd’hui. Maintenant, on ne sait pas s’ils se sont entendus pour mettre cela à 100 f. Voilà que tu es obligé de laisser ta moto. Sois tu l’exposes aux voleurs pour souffrir après en cas de vol, soit tu paies les 100 francs pour être en paix. Malgré les difficultés financières, tu dois te conformer à cela», dira un client d’un ton indigné.

Mais en ce qui concerne le rendement journalier les gardes-vélos ne se plaignent pas. A en croire Pascal, « il faut avouer que depuis que je suis dedans, je m’en sors mieux. J’arrive à joindre les deux bouts. A la fin d’une journée je rentre parfois avec dix mille francs (près de 16 euros) ». «  Je suis à environ quatre à cinq mille francs par jour », confie Lucien, qui ajoute que les recettes peuvent parfois aller « jusqu’à sept ou quinze mille francs », ajoute celui-ci.

Sur le campus d’Abomey-calavi, le garde-vélos se retrouve devant chaque faculté. Parfois, ils sont même deux par faculté. Selon Benoît, le rendement est élevé, surtout lorsqu’il y a session au niveau des facultés ou lorsqu’il y a des travaux de soutenance de mémoires ou de thèses. Dans ces cas, on fait parfois des recettes jusqu’à dix mille francs alors que sur le campus le gardes-vélos est à 50 francs : le métier n’est pas mauvais. La gestion sur le campus se fait avec les bureaux d’union d’entité de chaque faculté.

Risques du métier

« Certains laissent leur moto pour revenir après dix neuf heures trente. D’autre par contre disent qu’ils n’ont pas de sous pour payer. Chez nous sur le campus, nous avons plus les motos des membres de l’administration, les gens du Bureau d’union d’entité (Bue). Pour les cas de vol de motos, nous n’avions jamais eu un tel cas », dira Benoît. Cette difficulté n’entrave pas les activités des agents puisque selon celui-ci, « nous essayons de ranger les motos à un endroit en attendant qu’ils reviennent ». Parfois ajoute-t-il « certains laissent leurs engins aux alentours. C’est peut-être ceux là qui font état de vol, mais on décline notre responsabilité puisque ces motos n’ont pas été confiées aux gardes-vélos ».

Dans certains cas, c’est par manque de visibilité que les motos se perdent. « Il m’est arrivé une fois de perdre une moto, et j’ai payé. Ce qui a été une lourde charge pour moi. J’ai failli laisser mais puisque c’est ma seule source de revenus, je m’arrange autrement », explique Lucien. Chez Mathieu par contre, les cas de vol ne sont jamais enregistrés mais certains perdent leur ticket. Dans ce cas, ils sont obligés d’aller chercher les papiers de la moto et vont chercher leur moto au commissariat. « C’est des cas qu’on enregistre souvent ».

Julien Dansou pense « qu’il faut être éveillé avant de se lancer dans le métier. Nous sommes parfois informés des cas de vol de moto au niveau des gardes-vélos ». Les stratégies de vol de moto varient parfois. Certains font des échanges de moto avec celle appartenant à d’autres personnes. « Ils viennent avec une autre moto et quand tu n’es pas habile, ils font semblant de prendre d’autres motos avec lesquelles ils partent. Dans ces situations il faut bien vérifier les tickets. Puisque celui qui prend la moto d’une autre personne peut revenir dire qu’il a perdu son ticket et facilement amener les papiers de sa vraie moto qu’il retire », explique Julien.

occasions venues d'Europe
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Les « occasions venues d’Europe’ ont le vent en poupe au Bénin

Après l’essor de la vente des véhicules d’occasion dits « venus de France » et autres accessoires, c’est le tour des objets usagés pompeusement baptisés « occasions venues d’Europe » de bénéficier de l’engouement d’un public friand des occasions. 

Le marché de l’occase a pignon sur rue dans les villes et campagnes du Bénin. Le brocanteur européen le plus avisé, se perdrait facilement dans le bric à bac du vendeur d’objets d’occasion sous nos cieux. Et pourtant, c’est de ce fourre tout d’articles usagés, hors d’âges, que d’importantes ressources sont dégagées après des transactions avec des clients, satisfaits de leurs acquisitions. C’est à y perdre son latin. Mais à  l’instar de ce jeune entrepreneur adepte des occasions, Yves-Lambert., qui«avoue ne s’habiller qu’avec de la friperie, de premier choix. Sa voiture est venue de France, tout comme sa télé, son réfrigérateur et son four à micro onde… ». Il faut savoir raison garder. Car, tout comme lui, ils sont des milliers à ne jurer que par les occasions, la friperie, morosité économique oblige.

Bousculade autour du « premier choix »

Dans une maison située non loin du stade de l’Amitié de Cotonou, aux abords du Ceg Zogbo, est ouvert un grand magasin qui occupe une place de choix dans la vente de l’électroménager, du matériel informatique, des vélos et autres objets d’occasion. Le maître des lieux, un  Tchadien d’une quarantaine d’années a lancé ce commerce avec de petits moyens il y a quelque temps. Mais aujourd’hui, il paraît satisfait et affiche la sérénité de l’homme d’affaires prospère. Aujourd’hui, le magasin s’étend à toute la maison, des centaines de vélos tout terrain sans roue avant ainsi que d’autres objets, sont exposés à sa devanture. . A l’intérieur, le magasin tout aussi bien achalandés d’articles d’occasion divers, estampillés de l’inscription « prix abordable », atteste de la santé financière du propriétaire.

A l’arrivé de chaque conteneur d’articles, ce magasin est pris d’assaut par d’autres vendeurs de moindre importance. Le spectacle est étonnant, chacun veut avoir le meilleur article « premier choix » sorti du conteneur. Ce qui donne lieu à des bousculades, empêchant parfois les manœuvres de décharge des articles impatiemment attendue par la foule nombreuse qui s’est déplacée.

C’est dans les années 2000 que le marché de l’occasion a connu un boom prodigieux et le nombre des acteurs intervenant dans ce secteur d’activités jusque-là peu connu du grand public, a pratiquement doublé du jour au lendemain. Ainsi, à tous les coins de rue, on rencontre désormais un vendeur de des articles d’occasion à des « prix imbattables », comme ils se plaisent tous à le dire.. « Le   problème avec ce commerce, affirme un employé travaillant dans l’équipement immobilier, c’est que dès que les gens sentent un bon créneau, ils s’y jettent tous. Créant l’embouteillage ».  Surtout qu’il faut peu de choses pour s’établir dans ce secteur : un capital de départ, un magasin ou une boutique en location, un petit personnel, une dénomination pour l’entreprise – le plus souvent quelques initiales – et bien évidemment un registre de commerce et des fournisseurs en Europe…

Université d'Abomey-Calavi
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Regards croisés sur la bourse des étudiants de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin

Pour surmonter les difficultés liées à leur formation, les étudiants de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) perçoivent divers types d’allocations financières variant entre 29.000  et 33.000 francs Cfa mensuellement (entre 48 et 60 euros environ)

Dans les années 86, pendant que j’effectuais mes études supérieures à l’Université nationale du Bénin (Unb) d’alors, le montant de la bourse était de 22.500 francs(environ 40 euros) par mois en faculté et 30.000 francs (environ 49 euros) dans les écoles Selon Pierre Adéchi, chef du service des bourses et secours universitaires, « la bourse est un accompagnement pour permettre aux étudiants de faire face àet instituts de formations professionnelles. A l’époque, les élèves professeurs étaient considérés comme des privilégiés parce qu’ils percevaient au second cycle, une bourse mensuelle .de 39.000 francs (environ 65 euros). Vingt cinq ans après, la situation n’a pas pour autant changé, en dépit d’une légère augmentation des allocations. Et pour cause.

Autrefois, jusqu’à une époque donnée, la bourse se payait aux étudiants mensuellement. Tel n’est pas le cas aujourd’hui où cette allocation financière est en passe de devenir une économie forcée pour l’étudiant, mieux, une tontine. A cause des arriérés dus au retard qui avoisine parfois quatre, cinq mois. Pour le chef du service, des bourses et secours universitaires, « l’idéal aurait été de payer la bourse mensuellement. Mais au regard du circuit des dossiers, des formalités à effectuer, cela ne saurait être possible. D’où l’objectif de départ n’est pas atteint. » A l’en croire la chaîne que constitue la direction des bourses, les universités, la Commission nationale des bourses, le Centre des œuvres universitaires et sociales (Cous) ne fonctionne pas de façon harmonieuse. Ce qui engendre des retards. « Tout commence par les résultats académiques. Une fois que les résultats sont donnés à temps, on se met au travail parce que les critères d’attribution des bourses sont des critères de moyenne et d’âge », confie-t-il.

Comment les étudiants gèrent-t-il leurs allocations ?

« Moi j’ai pris ma bourse pour m’acheter une moto puisque je dois quitter  Akpakpa pour le campus tous les jours. Parfois même je rate les bus », confie Didier, étudiant en géographie. Dans la plupart des cas, la gestion des allocations permet aux étudiants de faire face aux difficultés quotidiennes de leur formation.  Pour Juste Fadonougbo « j’ai eu le secours en première année mais je ne sais comment je l’ai géré. Avec le recul, je pense que tout est allé dans la documentation. En deuxième année, j’ai  tout fait pour avoir la bourse, ce qui m’a permis d’acheter un ordinateur portatif pour mes travaux de recherches ». Certains étudiants gèrent autrement leurs allocations. C’est le cas de Francis qui a pris sa bourse pour payer son loyer. « J’ai ouvert un compte sur lequel j’ai versé ma bourse. Ce qui m’a permis de louer une chambre aux environ du campus. J’ai payé un an de loyer au propriétaire pour ne pas avoir de problème par la suite. Je pense procéder ainsi jusqu’à  la fin de mes études. J’espère que je trouverai un job par la suite ». Henri Houénou quant à lui estime que la bourse est nécessaire pour l’étudiant surtout ceux qui sont loin de leurs parents. Néanmoins celui-ci n’a pas eu l’occasion d’en avoir puisque son âge avancé ne le lui permettait pas.  « J’ai eu mon baccalauréat à vingt sept ans, ce qui ne m’a pas permis de bénéficier d’une bourse,  bien que je réunisse chaque fois plus de douze de moyenne », déplore-t-il. En ajoutant néanmoins que sa seule chance consiste à bénéficier de temps à autre de l’aide précieuse de ses parents. « Heureusement pour moi, j’ai mes parents qui m’apportent leur soutien ». Sur le campus, il n’est pas rare de rencontrer des étudiants qui se sont servis de leurs allocations à d’autres fins. Comme par exemple payer la dot de leur épouse, se marier….

D’après le Dr Afanuh, « les étudiants prennent leurs bourses pour aller payer la dot à leur femme ». Jean-Marc témoin de deux cas affirme « je connais deux amis qui ont économisé deux années de leur bourse pour payer la dot à leur femme puisqu’ils ont peur de la perdre à la fin de leurs études par manque de moyens ». C’est des cas fréquents à l’université, soutien Raoul. « Pour certains, ce sont les seuls revenus dont ils disposent, alors qu’ils doivent se marier. Ils sont obligés de le faire bien que la bourse ne suffise pas dans la plupart des cas selon la liste de la dot dans certaines familles ».

Système de bancarisation des allocations

Les choses se normalisent et il y a un peu d’accalmie, dira Pierre Adéchi. La preuve, « c’est que depuis plus de trois ans, la première liste des bénéficiaires sort courant janvier ». Et la bancarisation, ajoute-t-il, permet à l’étudiant de ne plus faire la queue avant de percevoir ses allocations. Il suffit d’avoir sa carte bancaire et il passe au guichet électronique pour tirer l’argent de son compte ». Ce système ne permet pas à l’étudiant de recevoir intégralement sa bourse en une seule tranche, compte tenu du retard accusé par l’affichage des listes. « Du moment où la liste n’est pas venue à temps, il faut faire le rappel des arriérés ; ce qui fait qu’on paie trois mois, quatre et parfois les douze mois », ajoute le chef du service des bourses et secours universitaires. A charge au récipiendaire d’en faire bon usage.

 

 

Président Boni Yayi du Bénin
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Lettre ouverte du journaliste Maurice Chabi à son frère Boni Yayi

Maurice Chabi, journaliste émérite et témoin de l’avènement du pluralisme médiatique au Bénin, a récemment envoyé une lettre ouverte au président de la République du Bénin, pour attirer son attention sur des entraves à liberté d’expression et d’opinion, dont voici la teneur…

Lettre ouverte,

A mon frère Yayi Boni,

Tu permets que je continue de t’appeler  » mon frère  » ; même si, entre toi et moi, il y a désormais un grand fossé que les liens fraternels, aussi forts soient-ils ne sauraient combler. Et puis, au-delà de nos divergences profondes connues, je me dois de toujours te considérer comme un frère, ainsi qu’il est convenu d’appeler trivialement tous ceux et celles qui ont en commun le partage de la langue nagot et la culture Tchabè dont nous sommes tous les deux issus.

Je me dois d’insister sur ces détails d’apparence anodine, pour souligner la nature singulière de ma démarche qui s’adresse, non pas au chef de l’état que tu es et que je respecte, mais à l’homme, au natif de tchabè que tu es et que tu resteras. C’est me semble-t-il, le seul moyen de me mettre à l’abri de la foudre présidentielle que tu es toujours prompt à activer pour abattre tous ceux et celles qui, à ton endroit, osent une phrase critique ou simplement un mot contrariant.

Pour en venir à l’objet de ma lettre, je viens d’apprendre avec amertume, je dois l’avouer, la grâce présidentielle dont tu viens de gratifier Lionel Agbo, et par ricochet, ma consœur, Berthe Cakpossa de la chaîne de télévision Canal 3. En d’autres temps, j’aurais applaudi cet acte de générosité toute présidentielle, si j’y avais relevé ne serait-ce qu’une once d’intégrité intellectuelle. Hélas, Hélas ! Ce geste ridicule et ubuesque vient noircir le tableau d’une démarche judiciaire aussi revancharde qu’indécente, digne d’une république bananière.

En effet, ta grâce présidentielle vient absoudre un délit qui n’en est pas un ; du moins dans un Etat de droit, et je m’explique. Ton ancien conseiller technique, en l’occurrence Maître Lionel Agbo tient une conférence de presse et accuse ton entourage et proches collaborateurs de corruption. Face à de telles accusations au demeurant graves, la réaction d’un homme d’Etat serait, à mon humble avis, d’inviter l’intéressé à apporter la preuve de ses allégations pour permettre à l’autorité que tu incarnes de sévir. Dans le cas contraire, le faux accusateur en aurait eu pour son grade, et sa crédibilité mise à rude épreuve. Les Béninois sont, me semble-t-il, assez mûrs pour se forger une opinion et, le cas échéant dire s’il y a diffamation ou pas.

En portant plainte contre Maître Lionel Agbo, tu t’inscris ipso facto en faux contre ses allégations, alors même que, quelques mois plus tôt, dans ton interview du 1er Août 2012, tu reconnaissais implicitement que toutes les institutions de l’Etat étaient gangrénées par la corruption perpétrée par des hommes d’affaires peu scrupuleux.

Et comme le ridicule ne tue pas, tu as assorti ta généreuse grâce présidentielle du retrait de ta plainte. Ce retrait de plainte pour être cohérent aurait dû intervenir avant le procès. Je suis déçu et même chagriné que l’on t’ait laissé commettre cette bourde juridique monumentale et impardonnable, compte tenu de la qualité des juristes qui t’entourent et dont on peut désormais douter de la compétence.

En définitive, ton geste au demeurant salutaire pour les suppliciés, apparait comme de la poudre aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à la manœuvre sordide du pyromane qui, après avoir mis le feu à la maison, prend un malin plaisir à jouer les pompiers. Les Béninois n’ont pas oublié l’épisode du dossier de l’empoisonnement du chef de l’Etat béninois qui n’a pas fini de défrayer la chronique. Il a été fait état récemment des démarches entreprises par des hommes de l’ombre auprès des présumés coupables pour, de leurs prisons, les contraindre à signer des lettres d’audience et solliciter ton pardon.

Et ce sans l’autorisation des autorités judiciaires compétentes. Je ne serais pas étonné que, faute de preuves formelles, cette affaire d’empoisonnement tourne court pour voir demain les présumés coupables jugés, condamnés puis graciés, selon la bonne vieille méthode du bâton et de la carotte. Je me trompe ?

Très fraternellement,

Maurice CHABI

 

 

 

CAN 2013
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CAN 2013 : l’arbitrage n’a pas été à la hauteur de l’événement

carton rouge

carton rouge à l’arbitrage

L’arbitrage d’un évènement aussi important que la Coupe d’Afrique des Nations (Can) 2013, n’a pas su combler toutes les attentes du public. Et à étaler à la face du monde, des incohérences contre productives attestant d’une baisse de forme générale, d’un malaise évident, au sein du football africain. Et pour cause. 

Au cours de la grande messe du football africain en Afrique du Sud, les dispositions les mieux connues du grand public ont été différemment interprétées par les arbitres. Ce qui a profondément déteint sur la qualité du spectacle. Sur le hors-jeu par exemple, beaucoup d’arbitres sont passés à côté de la plaque. En sifflant des fautes imaginaires qui n’étaient pas du tout évidentes au départ des actions. Au cours des rencontres, trop de hors-jeux, ont été sifflés pour enrayer des actions offensives des équipes qui ont pris part à la Can 2013.

Autre couac d’importance, certains arbitres ont simplement décidé de fermer les yeux sur certains cas de penalty sans équivoque. Empêchant des équipes de jouir de leurs droits en toute légitimité. Idem pour des cas d’anti-jeux notoires, de contacts physiques rugueux et méchants qui en principe devraient être sanctionnés.

Autre irrégularité, la prise de balle des gardiens en dehors de leur zone. Une règle qui a été interprétée à la tête du client par l’arbitrage. En effet, pendant que le gardien des buts ghanéen écopait du carton jaune, la même faute a valu à son homologue burkinabè un carton rouge.

Un arbitre approximatif

Une hirondelle ne fait pas le printemps dit-on souvent, certes. Mais il n’empêche que le renvoi d’un arbitrage pour incompétence par la Caf, en l’occurrence l’arbitre égyptien Jehad Gerisha qui a sifflé un penalty controversé lors de la rencontre Nigeria -Zambie (1-1), disputée au stade Mbombela à Nelspruit, pour le compte de la deuxième journée de la CAN- 2013 en Afrique du Sud, apporte suffisamment de l’eau au moulin de ceux qui font des reproches à l’arbitrage.

En effet, Gerisha avait accordé un penalty à la Zambie dans les dernières minutes de la rencontre alors que la faute sur le joueur zambien a été commise à l’extérieur des 18 mètres, permettant ainsi aux champions d’Afrique d’égaliser (1-1).

La Fédération nigériane de football (Nff) avait envoyé une lettre de protestation officielle à la Caf pour dénoncer l’arbitrage de l’Egyptien. Un officiel de l’instance africaine a confirmé dans la presse sud-africaine l’exclusion de l’arbitre égyptien de la Can-2013. La suite, on la connaît.

N’ayons pas peur des mots, l’arbitrage africain est mal en point et la Confédération africaine de football (Caf) gagnerait à appliquer le remède qui s’impose dans une situation pareille. En procédant une remise à niveau des arbitres africains pour les rendre beaucoup plus aguerris, vigilants, opérationnels et professionnels. Il y va de la crédibilité de la Caf et du football africain.