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Des efforts pour combattre en vain un trafic illicite

Février 2009. Une série d’incendies occasionnés coup sur coup par des transporteurs en vrac de l’essence frelatée ou ‘‘kpayo’’ fait beaucoup de morts à Cotonou. Pour un Etat qui se respecte, on ne saurait tolérer cette activité informelle, qui plus est, constitue une menace constante d’insécurité pour la population.

Le gouvernement profite alors de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. Mais de l’autre côté, les revendeurs du ‘‘kpayo’’ font passer également le litre à la table à 325 francs CFA, voire 300, le marché nigérian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimé à la tendance baissière du marché international. Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer les ‘‘Koweït ci­ties’’ (dépôts clandestins d’essence).

Pour montrer leur force de frappe, les acteurs du ‘‘kpayo’’ déclenchent une grève générale d’une semaine. Les conséquences sont apparues tout de suite : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du ‘‘kpayo’’, la situation est encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un verre d’eau. Mais, en lançant son opération coup de poing, le gouvernement savait pertinemment qu’il n’avait pas les moyens de sa politique. Car, il n’est pas à son premier coup. En 2006, la même opération s’est soldée par un fiasco. L’Etat avait été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour créer des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quand aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station. La suite, on la connaît.

Le salut viendra-t-il du Nigeria ?

Les spécialistes du secteur sont unanimes à reconnaître que la solution au problème du ‘‘kpayo’’ viendra sans aucun doute du Nigeria. La thèse s’est confirmée, il y a seulement quelques mois. Le 1er janvier dernier, le gouvernement fédéral nigérian a annoncé la fin des subventions sur le carburant. «Les fournisseurs du secteur pétrolier devront désormais fournir des produits et les vendre en accord avec le prix de référence qui sera publié dans les deux semaines sur le site Internet de l’Agence de régulation des prix des produits pétroliers du Nigeria (PPPRA) », indique dans un communiqué de cette agence gouvernementale. Le souci de l’Etat fédéral de mettre fin à ces subventions qui existent depuis des décennies est de dégager des fonds sur les revenus pour améliorer les infrastructures du pays. En 2011, la mesure de subvention lui a coûté plus de 8 milliards de dollars, soit environ 400 milliards de francs CFA. Du coup, le litre d’essence à la pompe a été livré à 140 naïra (environ 500 francs CFA), contre 65 naïra (environ 230 francs CFA), le prix subventionné.

La nouvelle qui a déclenché déjà la fronde sociale du côté de Lagos n’a pas épargné le marché illicite de l’essence au Bénin. Une inflation galopante s’est emparée du prix du ‘‘kpayo’’ qui est passé de 300 à 800 voire 900 francs le litre à Cotonou. Mais après une semaine de grève générale ponctuée de manifestations de rue d’une violence inouïe dans les principales villes du pays, l’Etat fédéral nigé­rian annonce sa décision de réduire de 30% le prix de l’essence à la pompe. Au Bénin, le ‘‘kpayo’’ reprend un léger souffle avec un niveau de prix un peu plus proche de la livraison à la pompe. Mais ce sursis du ‘‘kpayo’’, aux dires des spécialistes ne saurait perdurer d’autant que le Nigeria tient à préserver sa côte auprès des agences de notation qui lui ont relevé sa perspective, au travers des réformes hardies engagées par le président Goodluck Jonathan. Le processus d’assainissement du secteur pétrolier nigérian va donc induire deux conséquences sociales graves au niveau du Bénin. Au-delà de la pression qui va s’exercer sur le prix de l’essence, il s’agira d’abord de compenser, à court terme, le vide que laisserait le commerce du ‘‘kpayo’’ au cas où l’importation frauduleuse à partir du géant de l’Est ne serait pas rentable. Aujourd’hui, le taux de pénétration des stations services dans le pays reste encore faible. L’autre défi, c’est la reconversion des milliers de personnes qui s’adonnent à la vente de l’essence frelatée. Pour l’instant, on n’en est pas encore là. Mais la réflexion mérite d’être engagée.

 

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

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