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Un mariage difficile

Voici l’extraordinaire histoire d’Ali, que m’a raconté un ami et qu’à mon tour, je partage avec vous, comme le recommande la tradition africaine, qui veut que les contes, les histoires ne meurent  pas, mais vivent en circulant de bouche à oreille, de génération en génération…

Ali s’était finalement trouvé une copine. Cela faisait bien longtemps que ses parents désespéraient de le voir prendre femme et fonder un foyer, un jour. Et pour cause ! A 40 ans, le bonhomme continuait à entretenir, des relations compliquées avec les femmes et sa timidité lui rendait la vie difficile. Mais, un samedi, au cours d’une fête dans le village voisin, il fit la connaissance de Fatima, une jeune fille de 32 ans. Ce fut le coup de foudre et le soir même, ils couchaient ensemble, et ne se quittèrent plus. C’était l’amour fou. Leur complicité était évidente et en une semaine, des projets de vie commune naissaient déjà. Ali fit la promotion de cette fille auprès de sa famille, et ses parents étaient enfin rassurés sur le sort de leur rejeton. Mais avant tout, il fallait doter leur future bru et organiser le mariage. C’est ainsi que trois mois après leur rencontre, les deux jeunes tourtereaux décidèrent de convoler en justes noces.

« Qui est cette fille qui veut épouser notre frère ? », se demandèrent les frères et sœurs d’Ali. Ils se mirent en quête de renseignements. A trois jours de la grande réunion dont l’ordre du jour était connu de tous et qui devait rassembler toute la famille, le pot aux roses fut découvert : Fatima, la future épouse de leur frère était une fille de joie, une prostituée…

Les parents sont immédiatement informés de la sulfureuse et déshonorante réputation de Fatima et très rapidement toute la grande famille fut informée. Tout le monde était au courant sauf le principal intéressé : Ali ! Personne n’osait lui rapporter les bruits qui circulaient sur sa dulcinée. Les parents n’osaient pas en parler de peur de briser le tout nouveau bonheur de leur fils. Tous les autres évitaient soigneusement le sujet. Personne ne voulant prendre le risque de déclencher un scandale. Est-ce par manque de courage, ou par hypocrisie ? On ne saurait le dire avec certitude ! Surtout que les parents, sensés tenir un langage de vérité à leur enfant alors que ce dernier voulait s’engager dans une relation durable, ont pris l’option de s’inscrire aux abonnés absents, également.

Une chose est certaine, personne n’avait osé affronter Ali jusqu’au fameux jour de la grande réunion où l’organisation des festivités du mariage devraient être débattue.
Ce samedi était une belle journée ensoleillée. Il était 17h et chez ses parents, c’était la grande effervescence. Tout le monde était là. C’était les retrouvailles pour ceux qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps. On se saluait chaleureusement. Des éclats de rire par ci des tapes amicales par là. La réunion allait commencer, mais il manquait le grand oncle d’Ali qui devrait présider la séance. Il vint finalement avec un léger retard. Quand il prit la parole, il rappela les valeurs de la famille et souhaita longue vie au couple. A sa suite, deux autres orateurs parlèrent et insistèrent sur les responsabilités des futurs époux. Vint alors le tour du père du futur marié, le père d’Ali.

« Mon fils, cela faisait bien longtemps que nous attendions tous ce moment, mais avant toute chose, j’aimerais que tu sois conscient du chemin que tu veux emprunter. Je n’ai pas eu le courage de te dire certaine choses, mais nous sommes pratiquement à la porte du non-retour et je dois de te dire ce que tout le monde sait mais que personne n’ose te dire. » A ces mots les visages se détendirent, comme soulagés que le secret sorte enfin. Il y eut quelques murmures d’approbation et le père reprit son discours. « Tes frères et sœurs t’aiment beaucoup et c’est cet amour qui les a poussés à chercher à savoir qui était cette fille ? Et bien évidemment, on a découvert qu’elle était de moralité douteuse, qu’elle se prostituait, qu’elle pourrait te déshonorer et détruire ta vie. Je suis désolé de n’avoir pas eu plus tôt ce courage pour te le dire». La mère d’Ali hocha la tête en signe d’approbation du message de son mari. Tout le monde attendait la réaction d’Ali qui depuis le début du discours de son père avait la tête baissée. Il ose enfin la relever. C’était le silence total. Tous les regards étaient braqués sur lui. Il prit la parole :

« Je vous remercie tous pour votre présence. Je remercie tous ceux qui m’ont déjà souhaité un heureux ménage et à toi, grand oncle venu de très loin pour la circonstance, toute ma gratitude. Je remercie aussi mes frères et sœurs qui, grâce à leur soit disant amour ont su quel genre de fille était ma future épouse. » Il s’interrompit un instant et, regardant ses frères et sœurs droit dans les yeux, il balance :

«Que les choses soient claires une fois pour toutes : Cette fille, je l’aime et je vais l’épouser contre vents et marrées » Ses parents et ses frères ouvrirent de grands yeux. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles. Ali continue sur la même lancée :

« Mes frères et sœurs dont j’ignorais les dons de détectives ont tout juste oublié que j’aime ce genre de femme !!! Ils ont oublié que je dépense beaucoup pour être avec des prostituées et que pour une fois que je vais en avoir une gratuitement et à plein temps, où est le problème ? Ou alors ils veulent jouer les vertueux. Puisse que vous voulez que le linge sale se lave en famille, finissons-en ! ». En pointant son index sur sa sœur, il dit :

« Toi, Aïcha, je fais partie de la délégation qui est allée supplier ton mari afin qu’il te reprenne sous son toit après t’avoir surprise dans le lit d’un autre homme dans un hôtel. Et c’est toi qui traite ma fiancée de pute ? »
Aïcha, la sœur cadette d’Ali se leva et quitta la salle. Ali continua sa plaidoirie :

« Toi Mohamed, tu as 3 femmes sous prétexte que c’est la religion qui l’autorise. Est-ce que c’est cette même religion qui te permet de courir derrière des petites filles au point de délaisser tes épouses qui ont fini par avoir des amants parmi lesquels tes propres amis ? »

Mohamed, le frère ainé d’Ali se leva et quitta la salle. Ali poursuivit :

« Maman, tu es un modèle de femme que je respecte beaucoup. Pas seulement parce que tu m’as donné la vie, mais parce que tu as toujours été là comme mère nourrissante, assistante et surtout protectrice ! Mais je ne crois pas que mes oncles n’aient jamais enquêté sur toi pour savoir le genre de femme que tu étais avant que mon père ne t’épouse. Et pourtant tu n’étais pas si vertueuse… Je ne me permettrai pas de rappeler ton passé que toi-même tu nous as raconté. Mais ne crois-tu pas que Fatima ma future épouse, aussi volage soit-elle, puisse changer comme toi maman ? Ou alors crois-tu qu’une femme puisse se prostituer par plaisir? »

La maman se leva et sortit aussi de la salle.

Ali voulu continuer son argumentaire en apostrophant son père, mais le grand oncle l’interrompit :

« Ecoute fiston, A cette allure tu risques de vider la salle. Je crois que tout le monde ici pense désormais que c’est toi qui a raison ! Je ne repars plus, je reste jusqu’à la cérémonie de ton mariage. Tu es un grand garçon,  je respecte ton choix et j’invite tous ceux qui sont ici présents à faire de même».

La cérémonie eut lieu le jour d’après et le couple s’installa dans une grande maison où il vécut heureux et eu de nombreux enfants.

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babylas25
Amateur de voyages, de grands reportages, inconditionnel des réseaux sociaux, le continent africain m'inspire tout particulièrement dans ma démarche journalistique. J'aspire à mieux comprendre les hommes et les structures qui les portent. Installé depuis quelques années à Johannesburg en Afrique du Sud, je me bats aux côtés de la diaspora africaine pour des lendemains meilleurs...

2 réflexions au sujet de « Un mariage difficile »

  1. etiennebilly etiennebilly dit :

    Quelle histoire!
    Ouah.

    Ce que je voudrai dire, c’est que Dieu donne la capacité aux hommes et femmes de changer. Et Jésus-Christ nous a donné l’exemple, il a pris sur lui nos péchés et nous pouvons donc de ce pas, commencer une nouvelle vie.

    La morale que je retire de cette histoire, apprenons à nous dire la vérité et à ne pas faire semblant. Si les frères et les Du 18 au 24 Juillet 2011, j’ai eu le plaisir de prendre part à la 4e Ecole d’Eté de la Francophonie à Nouakchott. Ensuite, j’ai eu le privilège d’échanger avec un des responsables de la Direction du Numérique sur plusieurs thèmes. J’ignorais alors que les liens que j’avais tissés avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) allaient encore se renforcer dans les mois qui suivirent, au travers de plusieurs sélections dont celle du Forum préparatoire francophone Rio +20 de Lyon, et du 1er Forum Mondial de la Langue Française (FMLF) à Québec au Canada.
    Dans le cadre d’une tradition bien encrée, et qui a été reprise dans la nouvelle stratégie numérique horizon 2020. La Direction de la Francophonie du Numérique me fit l’honneur d’assurer ma participation au 7e FGI à Bakou en Azerbaïdjan, sur une problématique qui attire mon attention, la gouvernance d’Internet.
    Après ma petite expérience du forum au niveau national et sous régional, j’ai découvert le forum à son dernier niveau, ce qui a été pour moi une aventure très enrichissante. Quand bien même, elle ne fut pas aisée car elle m’a mis en face de mes lacunes en anglais et m’a conduit à réellement me remettre à son apprentissage pour en avoir un parlé courant et une lecture courante.
    Je tiens à témoigner tout particulièrement ma gratitude devant la formidable énergie déployée par la Direction de la Francophonie du Numérique de la Francophonie à travers Madame Françoise PAUL-PIQUET, Monsieur Emmanuel ADJOVI et leur directeur, Monsieur Pierre OUEDRAOGO afin de nous assurer un voyage et un séjour agréable.
    d’Ali pratiquaient les vertueux qu’ils prônaient, je crois que la décision d’Ali aurait été différente.

  2. etiennebilly etiennebilly dit :

    Quelle histoire!
    Ouah.

    Ce que je voudrai dire, c’est que Dieu donne la capacité aux hommes et femmes de changer. Et Jésus-Christ nous a donné l’exemple, il a pris sur lui nos péchés et nous pouvons donc de ce pas, commencer une nouvelle vie.

    La morale que je retire de cette histoire, apprenons à nous dire la vérité et à ne pas faire semblant. Si les frères et les soeurs d’Ali pratiquaient les vertueux qu’ils prônaient, je crois que la décision d’Ali aurait été différente.

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